k

■4-2', L'APOGÉE DE LA PUISSANCE ASSYRIENNE, ASSOURBANABAL.

cienne. Le même respect religieux, qui avait désarmé tant de ses prédéces- seurs, l'empêcha probablement de mener jusqu'à l'extrême les effets de son ressentiment, et. faute d'oser agir comme Sennachérîb, il en revint à l'expé- dient de Tiglatplialasar III et de Sargon : il admit leur conception des deux capitales pour deux États distincts, et il essaya de concilier en sa personne les deux rovautés irréconciliables de Mardouk et d'Assour. Il délégua l'admi- nistration à l'un de ses grands officiers Shamashdanàni ', et il rentra à ?sinive avec un butin presque comparable à celui qu'il avait tiré d'Egypte après le sac de Thèbes. Les vassales de Babvlone, kouta, Sippara, Borsippa, qui avaient partagé l'infortune de leur reine, furent déblayées, rebâties, repeuplées comme elle, et rangées sous l'autorité du même préfet : leur vitalité était telle que dix ou douze aminées leur suffirent à réparer leurs pertes et à regagner leur prospérité habituelle. 11 ne leur resta bientôt de leur désastre qu'un motif nouveau de haïr Ninive, et une volonté plus âpre de ne pas l'épargner le jour elles la tiendraient renversée devant elles2.

Une crise aussi violente et aussi longue n'avait pas été sans ébranler quelque peu le prestige de l'empire. Les sujets et les alliés de vieille date n'avaient pas bronché, mais ceux que la conquête avait asservis récemment et les nations étrangères du premier plan n'avaient pas hésité à se libérer de la domination ou de l'amitié obligatoire qui pesait sur eux. L'Egypte avait secoué son joug dès que les symptômes de la guerre d'Ëlam s'étaient manifestés, et c'était l'un des princes les plus favorisés de la cour ninivite, le fils de Néchao, Psamtné- tique de Sais1, qui avait entamé la campagne contre son patron de naguères. Il avait expulsé les garnisons asiatiques, assujetti les petits princes indigènes, restauré le royaume des Pharaons d'Eléphantine au désert de Syrie, sans qu'Assourbanabal pût distraire un seul soldat pour prévenir son action ou pour le ramener au devoir. Le détail de ses opérations ne nous est pas connu : on constate seulement qu'il dut ses succès à des mercenaires débarqués d'Asie Mineure, et les chroniqueurs assyriens, peu habitués à distinguer entre les peuples différents qui se pressaient autour de la mer Egée, crurent que ces auxiliaires de Pharaon lui étaient prêtés par le seul souverain avec lequel ils avaient îles rapports, Gvgès de Lydie3. Que (iygès ait négocié avec Psammé-

1. Ce Shamashdanâni, qui fut limmou eu 644 (G. Smith, the Assyrian Eponym Canon, p. 97, Tiele, Babylouisck-assyi'iscke Geschichte, p. 368-369), s'intitule a cette date préfet d'Akkad, c'est-à-dire de Babylone {Cylindre A du British Muséum, dans G. Smmh. History <»/' Assurbanipal, p. 316). Il était probablement entré eu Fonctions ausssitôt après la prise de la ville

2. Cf. ce qui est dit de Psaumiétique I" plus haut, au t. 111, p. 386, de cette Histoire.

3. Pour ce que nous savons de ces auxiliaires de Psammétique, cf. ce qui est dit au t III,

fa«»H

br.i. *■'

-

ï

^-m

LA RÉVOLTE DE PSAMMÉTIQUE ET LA RUPTURE AVEC GYGÈS. 42S

tique et lui ait procuré de l'aide, rien ne le prouve jusqu'à présent, mais qu'il fût incapable de concevoir un pareil dessein et de l'exécuter, c'est une autre affaire. Tout ce que nous savons de son règne nous le montre au contraire hardi dans ses combinaisons politiques et empressé à briguer les alliances les plus lointaines : l'homme qui avait essayé d'englober Assourbanabal dans une entreprise commune contre les Cimmériens ne devait pas hésiter à se lier avec Psammétique s'il espérait en récolter le moindre profit. Les voyages étaient perpétuels entre l'Ionie ou la Carie et l'Afrique, et nul événement d'impor- tance ne pouvait surgir dans le Delta que l'écho n'en retentit promptement à Ephèse ou à Milet1. Déjà les derniers Héraclides avaient vécu en termes excellents avec la plupart des colonies éoliennes et ionien- nes : Gygès était allé au delà pendant les années anxieuses qui avaient suivi son avè- nement, et il avait noué des relations avec les nations de la Grèce propre. Ce n'était plus aux dieux de l'Asie, au Zens de Tel- missos, qu'il s'était adressé afin d'obtenir la légitimation de sa royauté naissante, c'était, comme Midas de l'hrvgie, au grand dieu prophétique de la Hellade, à l'Apollon de Delphes et à ses prêtres3. Il les avait récompensés sans marchander du jugement prononcé en sa faveur : outre des offrandes en argent qu'il consacra au fond du sanctuaire, il avait voué nombre de vases d'or, et, entre autres, six cratères du poids de trente talents qu'on admirait encore du temps d'Hérodote

p. 487-498, de cette Histoire. Les textes assyriens relatifs à l'intervention de Gygès dans les affaires d'Egypte sont réunis dans G. Smith, Hislory <>/' Assurbanipal, p. 66-07, S. Alden Smith, die Keilschrift- texte Asurbanipals, I. I. p. 18-21, Jensen, Inschriften Aschtirbanipal's, dans Schbader, Keilin-

silin jlililir Bibliotheh . I. II. |i 1 7 1-177. Les orthographes diverses du nom ipie Siuilli avait identifié

avec relui de Psi ïtique, Pishamilki, Toushamilki, oui soulevé an débul les objections d'Opperl

[Journal Asiatique, IS72. i. \l\. p, lli) : les doutes qu'on pouvait avoir au sujei de ce person- nage paraissent être écartés aujourd'hui (Steihdorff, die Keilschriflliche Wiedergabe aguptischer Eigennamen, dans les Beilrâge :»/ Assyriologie, l I, p. 360-361).

I. Sur les rapports de l'Asie Mineure avec les otes du Delta, cf. ce qui est dil au t. in. p. (96-497, de cette Histoire.

■'. Dessin de Boudier, d'après mu- photographie.

:s. Cf. ce qui esl dit à ce sujet plu- haut, au I. III. p. 339, île celte Histoire.

PSAMMÉnQt I. 1'-'

:,l

1

*

-

-

L1BRA-RY

UN1VERSJTY

TORONTO

«A U

'..

Â^K

X

»

V)

*

HISTOIRE ANCIENNE

DES PEUPLES

DE L'ORIENT CLASSIQUE

PARIS

IMPRIMERIE GENERALE LAHURE

9. RUE DE FLE URUS , 9

- //<-?///{ ff ' t,JtJ<//'/ //'/ \/ >//////

*

RO

ANCIENNE

r*?\-

M

W":

DEL

^

G. MASPERO

HISTOIRE ANCIENNE

DES PEUPLES

DE L'ORIENT CLASSIQUE

LES EMPIRES

V

I"

PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET C

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 70 1899

Droits -le lrn.lu.1 1 reproduction réMi ■■

cA/c

'Ct

'sicut&cutceJ aMurienneJ e/z. ta Suffc^

'S?

Jn

ont

/a QJi/ri'eJ.

t_dt/joumauraoal (oo5-ôffOj et Axlma/uxjar- 'S (SffO-S25J. oLeJ rouaumeJ d LAirartou et ôeaJ roinJ conauérantaJ : CJ/CàiauajzJ

et ^^LryijAfiscJ

<da ïérieJ deaJ roue' alHirienaJ aurèjtJ ^/tf^ourtria. et le.c' dunaj/teu ' oaoulojiiennestJ : la auerreJ deJ , diammânnirârt 3 airec cViamaMi/iioudaru/iita, MstJ PtctùnretzJ nur^ tJjairuloneJ; Voulcouuutiiuo second (8<JO-o85J. - .<. emoire' à £ avènement, cl \_/lpoiir/ia'iraoal : l armée' af.u/rtenneJ et letc? proarèizJ de la tactiaue', la cavalerie', lesc' macnùtettJ deJ auerre; la condition devzJ mu.uitrcJ deJ l <_/tjlnirieJ, teaJ irrocédèscJ de.' la co/iauète a/jt/rie/i/ie.

<d*eaJ -vremLcre.t' camoaa/teaJ et •_d.J.HUinia~traoat an idCaïrt et. Mir* IcJ A "Jiaooiit^-"1 (SSj-SS'J) : le' JÇamaua réduit en •fmrvinceJ af.'urie/me ' (SS/J. - aba auatrième' camvairne' au ,A\'airi et la atcerreJ àar^ l Gufmnxte (ôSoj; la

/fre/ntère^' eo/iiiucteJ du •JJit-t^/Lclini. - ^-la C'/ne,' du %JLont au droit t du neuvième.' ôiècleJ : J.i cit'ilijifion, t>eaJ artc '. j.;c> arnveeaJ, au reliaio/i. - .~ia jounii^uon deaJ GtataJ aittitea ' et du dtaUno-u : leaJ ^/l/jurie/trc) a/teianent la td/LéditerraneeJ.

oi OmoireJ cyrèa.' 1ère' auerretcJ d <_dll>our/ia-iraoixl. - Co/i.y/ri/c/io/i du

jiKiuuaJ deJ> J/LaïaÂn : l as-c/ii/ectureJ et. la acuurtureJ afatrienneaJ au neuvième

IllSr. ANC. DE L0R1ENT.

siècle.'1. - ^d.e? tunnel de' JLe'aouo et. le tr.uaùxJ de? tdOcuau'âj.. - *JJatJ der- nière-n.? tm/ie'eftJ a ^/Z/sour/iaziraoal : Sti camoaaneJ de? 86/ contre? leJ •Jtairi. - ^-ia mort d ^d/sour/ia:iratuil (86û) ; son caractère:

C'a/oianas.ir-' 3 (860-825) : t état, de? l OmvireJ à son airènanew.. - c-C CJurartou : sa constitution frAi/siirue?, sestJ jreuirt&tJ, sescJ inlù&tJ, sesc? temvlescJ, sestJ dieu.v. - &La. 4rrentu>re? camisayne? de? Ôatmanas.ir 3 contreJ t C/urartou : il i^e'/iètre '/'u.tyu au lac deJ J^an (86û). - ^Àa conyuèfeJ du ii/Dit- ^dtdi/U ci. du isùalri (850-855).

^Xâ/taaueJ contre' *J)ama*tJ: ni bataille.' de? ^efaraar (854) et. ta auerre? contre ' ibaAu/one? (852-851). - ai alliance? de? ^/"da et. d^Jsrael, /a mon. d J^itA/ial (853); la résistance' mctorieuse.' de? aDamcuzJ au.v enfreorisenj '*/■"/- rie/i/icc' (840-846). - J/Coaù- délivre' d^/srael, ^'/lés/ia : la mon. dj^udididri et. t avènement deJ <JÙazael; la c/iutc? deJ la maison d LAnri, jeAiu (845). - cXa de/âiteJ deJ ^/Ùatac/ et. /Aommaye? de? ^/éAiu (842-83$).

CuierreaJ en Ci/icie? et au ^Ha/nri (838-835) : nvc? dernièren.' batuulerfj de ' C\i/ma/iasa/^ 3 et. se,c? consfru ctio/isc?, la réootteJ r/<_ d/sourdaninatal. - cVia/ns/iirammàn 4 (825-812), se<c' troiscJ jsremièreitJ eavéditionrc?, senJ cam- l'aiincn,' contre'* é/C>aAt/lone.,. - ^/laniinà/inirân 4 (812-/83). - JeAiu, ^?Zt/iatie', Joasc? : la suorématieJ de,' ^/l'azacl sur-* ^Israël et. sur^ Juda. - L. ietoirc' de? ^/lammà/miràrt sur-' *~J/Lart, et Stu/mi/sion de? ta ÇJurïeJ enfcèrsJ au.v ^2,/sti riens (8o3).

c£ertJ it/varèrtJ de? t L'urarfou : Ce/cJ conauétettJ de.' J/CéhouarfJ et.

d ^dtraisAti.c ' l, leurre? victoiresc ' sur^l <J>Z/> //rie '. - C\itmanasa/^ 4 f/83-//2).

^2/sourdàn 3 (//2-/54). - J'd/sourniràri 5 (/. >/-//.»/.

c~la ij )i ■c/ieance 'de?/ \yZ/stinc? et le? trio midi e?

de? I LAirartou.

-'/' .L-'*3§r

7TT

«H

y/.^

V,

}

X

"W

km

l'N RAID DE CAVALERIE ASSYRIENNE PAR LA PLALNE ET PAR LV MONTAGNE1

CHAPITRE PREMIER

LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE

ASSOURNAZIRABAl (885-860) KT SALMANASAB III (860-825). LE ROYAUME d'ûURARTOU

ET SES ROIS CONQUÉRANTS : MÉNODAS ET ARG1SHIIS.

'Assyrie repairut la première. Moins vieille que l'Egypte el

que la Chaldée, il lui fallait inoins de temps pour recouvrer

ses forces après chaque crise d'affaissement, et pour assumer

'M l'offensive sur toutes ses frontières. Une nuit d'oubli l'enveloppe

l'abord, elle et ses souverains, pendant les années qui suivirent

les victoires éphémères et les désastres d'Assourirba*. (In y

entrevoit, vers une date incertaine, un Irbarainmàn et un As-

sournadinakhé II occupés vaguement à édifier une nécropole et des palais3;

puis, aux environs de 9S0, un Tiglatphalasar II surgit et retcmbe sans rien

nous laisser que son nom'. Un Asspurdân II le remplace vers 035, et semble

1. Dessin de Faucher-Gudin, d'après un bas-relief de Koyoundjik, du Irvi/is de Sennachérib ; cf. Layard, Monuments of Ninevek, t II, pi. 38. La lettrine, qui est également de Faucher-Gudin, représente l'Obélisque brisé d'Assournazirabal, don! 1rs bas-reliefs n'ont pas été publics encore; «•r. Rorhuzd Rassab, Asshur and the Land of Nimrod, p. 8, ''. '-t pi- 111.

i. Cf. re qui est dil ii ce sujet plus liant, au t. Il, p. 664-665, 'le cette Histoire.

:\ Inscription de l'Obélisque brisé, ml. II. I. 4-6; cf. Peiser, Inschriften Aschur-mâsir-abaïs. dans Schrader, Keilinschriftliché Bibliothek, l. I, p. l-2i;-l'2T.

i. V>us oc connaissons Tiglatphalasar 11 que par une brique, sur laquelle il est indiqué comme étant le grand-père île Rammânniràri II (Pinches, h Guide lu the Nimroud Central Saloon, p. 9, n°72; cf. Winckler, Sludien und Beilrâge zu der Babylonisch [ssyrischen Geschichte, ilans la Zeitschrift fur Assyriologie, t. Il, p. 3H-312).

LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

concentrer son activité sur les travaux publics : il creuse un canal pour amener l'eau dans la capitale', il répare des temples, il fortifie des villes2. Rammân- nirâri 111. qui lui succéda en 912, se dessine d'un contour moins indécis sur le fond nébuleux de cette histoire : il restaura dans A.ssour la porte du Tigre et la portion attenante de la muraille3, il élargit le sanctuaire principal1, il ramena plusieurs des provinces rebelles à l'obéissance5, et il guerroya heureusement contre ses voisins du Kardouniash. Babylone était en proie aux discordes civiles et aux invasions étrangères, depuis que la race de Naboukodorosor Ier s'y était éteinte6. Les tribus araméennes, mêlées ou juxtaposées aux débris des Cos- séens qui bordaient le golfe Persique, y formaient déjà peut-être la nation puissante des Kaldou'. On a supposé, non sans vraisemblance, qu'un certain Simashshikhou, régent des pays de la mer, qu'on rencontre aussitôt après le dernier prince de la lignée de Pashés, était un de ses chefs. 11 s'efforça de pacifier la cité, il releva la ziggourat du Soleil que les nomades avaient détruite à Sippar', puis il fut assassiné au bout de dix-huit ans; son fils Eàmoukinshou- ninii demeura trois ou six mois aux affaires, Kashshounadînakhé domina trois ou six ans, enfin un homme de la maison de Bàzi, Eoulbarshâkinshoumou s'em- para du sceptre10. Sa dynastie compta trois membres, lui compris, et elle fut dépossédée, après vingt ans, par un Elamite qui exerça sept ans l'autorité".

1. Inscription de l'Obélisque brisé, col. 11, 1. 20; cf. Peiser, Inschriften Aschur-nâsir-abaT s, dans Schrader, Kcilinschriftliclie Bibliolhek, t. 1. p. 128-129.

2. Annales a" [ssournazirabal, col. 1. 1. 30-31 : cf. Keilinschriftliche Bibliothek, t. II, p. 56-57.

3. Inscription de l'Obélisque brisé, col. II, 1. 21-2G.

i. Winckler, Studien und Beitrâge, dans la Zeitschrift fur Assyriologie, t. Il, p. 311-312.

5 Annales d'Assournazirabal, col. I. 1. 29-30; cf, Keilinschriftliche Bibliothek, t. II, p. 3G-37.

G. Voir ce qui esl dil plus haut à ce sujet au 1. II, p. 665, de cette Histoire.

~. Les noms de Chaldéens et de Chaldëe étant employés dans l'usage courant pour désigner !<■ peuple et le pays de Babylone, je conserverai le terme de Kaldou, Kaldi, lorsqu'il s'agira des tribus araméennes qui formèrent le peuple des Chaldéens véritables.

s Voir ce qui est dit à ce sujet au t. II, p. G69, de cette Histoire. Le nom de ce prince a été lu Simbarshikhou par Peiser, ei cette lecture adoptée par Rost, Vntersuchungen zur Altorientalischen Geschichte, p. 2t.. Simbarshikhou se serait abrégé en Zibir, <-t nous aurions à l'identifier avec !<■ Zibir qu'Assournazirabal mentionne dans ses Annales, col. 11. I. si. comme un roi de Kardouniasb antérieur a son époque "(cf. la mention en question plus bas, au t III. p. 26, de cette Histoire

9. Inscription de Naboubaliddîn, col. I, 1. 1-23, dans Rawmnson, Cun. lus. II". As., I. V, pi. tilt; ri. Pinches, Bemarks upon the récent Discoveries of M. Bassam >il Aboo-Habba, dans les Proceedings de la Société d'Archéologie biblique, 1880-1881, I. 111, p. 1 10-1 1 1, cl ///.• [ntiquities found by .1/. //. Bas- sa»! "' Ibu-Habbah [Sippara . dans les Transactions, l VIII, p, l *;.".. 169, Scheil. Inscription de SabÛ-abil-iddin, dans la Zeitschrift fin- Assyriologic, t. IV. p. 323-32(1, Jeremias, die Cultuslafel von Sippar, dans les Beitrâge :»/■ Assyriologic, t. I, p. 269-270, et Peiser, Inschrift des Nabû-abal-iddin dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliolhek, t. III. I™ partie, p 174-183.

10. I" nom de ce mi peut se lire Édoubarshakinshoumi iltusr, Vntersuchungen zur Altorienta- lischen Geschichte, p. 27; cf. p. 19, note 3). La maison de Bàzi tire sou nom d'un ancêtre qui l'au- rait ! lée a h ipoque in< me. mais qui n'aurait point régné sur la Chaldée. Winckler a

conjecturé avec quelque raison que le mu. de ce nom se perdit par la suite à Babylone, et que l'on y confondit la maison chaldéenne de lîàzi avec le pays arabe lia/ou : cela expliquerait pourquoi Bérose attribua une origine arabe a celle de m's dynasties qui comprend la dynastie

plié' rr 'le Bit-Bàzi (Winckler, Untersuchungen zur Altorientalischen Geschichte, p. 3-0; cl. Umst.

Untersiichungen :«/• Altorientalischen Geschichte, p. 19-20).

Il Ces événements ne nous sont connus que grâce aux textes du canon babylonien publiés el Ira-

LES VICTOIRES DE RAMMÂNNIRÂRI III SUR BABYLONE.

Ce furent des temps de pauvreté et de disette, pendant lesquels les Arabes ou les Araméens ravagèrent les campagnes et pillèrent les biens des dieux sans plus de respect que ceux des particuliers. L'Elamite mort vers 1030, un Baby- lonien de noble extraction chassa les intrus, et il réussit à réunir la meil- leure partie du royaume sous sa tutelle1. Cinq à six de ses descendants s'étaient déjà éclipsés dans l'oubli, et un certain Shamashmoudammiq languissait sur le trône, lorsque les entreprises de Rammânnirâri III précipitèrent derechef Assour contre Babel. Les armées se choquèrent une fois de plus dans la lice de leurs joutes anciennes, entre le Zab inférieur et la Tournât. Shamashmoudam- miq, battu à plates coutures au mont Ialmàn2, survécut peu à son échec, et Naboshoumishkoun, qui ceignit la couronne après lui, ne montra ni plus d'habileté ni plus d'énergie. Les Assvriens lui enlevèrent les forteresses de Bambala et de Bagdadou, le délogèrent des positions il s'était retranché, le prirent lui-même dans la débâcle et le condamnèrent à une captivité per- pétuelle3. Son successeur leur abandonna la plupart des districts silués sur

duits par G. Smith [on Fragments of Inscriptions, dans les Transactions de la Société d'Archéologie biblique, t. III, p. 374-376), par Pinches (//"■ Babylonian Kings of the second Period, dans 1rs /'/<»- ceedings, 1883-1881, t. VI, p. 196-197), par Sayce {the Dynastie Tablets, dans 1rs Records of II,,' Past, 2°d ser., l. I, p. 17, 21). L'inscription de Naboubaliddin (col. I. I. 24-30, col. II. I. 1-11 nous apprend (jue ttashshounadlnakhé et Éoulbarshàkinshoumou continuèrent les travaux que Simashshikhou avait entrepris dans le temple du Soleil a Sippar.

I . Les noms des premiers rois de cette dynastie sont détruits dans les exemplaires qui s restent

du canon royal. Les trois dynasties précédentes se rétablissent connue il suit :

Simashshikhou 18 ans 3 mois var. 17 ans 3 mois.

ÉÀMOURisSBOUMOU ;i mois » 3 mois.

KashshounadInakhé 3 ans o 6 ans.

Total pour la dynastie de la mer. -il ans ;; mois » 23 ans 6 mois.

ÉOULBARSHÂKINSHOt MOI 17 ails r> 13 ails.

Nimi'koi [mu uni soi r :; an, , 2 ans.

ShilanImskoukamouna 3 mois « :i mois.

Total pour la dynastie de Bàzi.. "2(1 ans 3 mois

Sur les différences qu'on remarque dans les années de règne, outre ce qui est dit au l I, p. 593-594 de celte Histoire, cf. Fr. Delitzsch, Assyriologische Miscellen, dans les Berichte de l'Académie des Sciences de Saxe, II, 1894, p. 189, el Rost, Untersuchungen ;»/■ Altorientalischen Geschichle, p. 26, note 1 Une borne publiée par Belser, Babylonische Kudurru Inschriflen, dans les Beitrâge zur Assyriologie, t. II, p. 171-18:;. ci traduite par Peiser, Texte jurislischen uni geschâftlichen Inhalts,

dans la Keilinschriftliche Bibliothek, t IV, p, 82-93, porte le m. m de Ninipk lourousour, avec la

date de l'an III, et la mention d'un roi Nalioukinalial qui aurait régné vingt-quatre ans. D'après Rost (Untersuchungen zur Altorientalischen Geschichte, p. 67-68), eo s. -rail le premier roi de la dynastie babylonienne qui suivit la dynastie de Bàzi; un certain Irbamardouk, cité dans une inscription de Mérodachbaladan II (Peiser-Winckler, Inschriften Merodach-Baladan's II. dans Schrader, Keilin- schriftliche Bibliothek, I. III, p. 186-187, col. II. I. 13-44), devrail être rangé parmi les cinq ou si\ princes inconnus qui auraienl succédé a ce Nabouklnabal.

ï. Sur les variantes de ce nom qu'on rencontre dans les inscriptions, cf. Fr. Delitzsch, Wo lag das Parodies? p. 204-205. Ainsi que je lai dil ailleurs il u, p. nu. note 3, de cette Histoire), Winckler

identifie le site des pays qui s,, trouvaient aul de l'Ialmân avec le canl le l'HoIwàn actuelle

(Geschichte Babyloniens und Assyriens, p, 81-82).

:i Shamashmoudammiq parait être ri vers 900 Naboshoumishk i ne régna lie, probablement

qu'un an ou deux, de 900 a niiii eu a 898. la- nom de s,,n successeur est détruit dans ['Histoire Synchronique : ce pourrait cire Naboubaliddin, dont la vie semble avoir été longue, mais il cl prudenl d'admettre jusqu'à nouvel ordre que ce lut un souverain différent de Naboubaliddin, el dont le nom est encore inconnu (ttosT, Untersuchungen sur Ulorientalischen Geschichte, p 69)

6 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

la rive gauche du Zab inférieur entre le mont Zagros et le Tigre1, et la paix, scellée bientôt par un double mariage, ne fut plus troublée pendant près d'un demi-siècle. Toukoultininip II aimait la bataille; « il culbuta ses adversaires et « il exposa leurs tètes sur des pieux5 », mais il porta son effort au Naîri contre les peuples du Nord et de l'Ouest. Le détail de ses expéditions est inconnu: on devine seulement qu'en six ans, de 890 à 88o5, il assujettit la vallée du Haut-Tigre et les cantons montagneux qui la divisent de la Méso- potamie. Arrivé à la source du fleuve, il y écrivit, à côté de l'image de Tiglat- phalasar Ier, une légende qui subsiste encore sur le rocher'. On y lit qu' « à « l'aide d'Assour, de Shamash et de Rammàn, les dieux de son culte, il « poussa jusque-là. Les montagnes puissantes, il les subjugua du lever du « soleil à son coucher; victorieux, irrésistible, il parvint ici, et, semblable

à l'éclair, il franchit les rivières furieuses5. »

11 n rut pas longtemps à iouir de son triomphe, mais sa mort ne ralentit pas l'impulsion imprimée aux affaires publiques. Le royaume qu'il léguait à l'ainé de ses fils, Assournazirabal, ne conservait presque plus rien des contrées qui payaient le tribut aux souverains d'autrefois6. Il embrassait seulement, en dehors de l'Assyrie propre, les portions du Naîri annexées depuis une généra- tion: le reste avait regagné graduellement la liberté, d'abord les dépendances excentriques, la Cilicie, la Mélitène, la Syrie septentrionale, puis les provinces plus proches de la capitale, les vallées du Masios et du Zagros, les steppes du Khabour, même certains cantons tels que le Loubdi ou le Shoupria, qui avaient été répartis entre des colons assyriens à diverses époques, après des campagnes heureuses7. C'était la conquête à recommencer presque entière, dans les mêmes conditions à peu près elle s'était accomplie pour la pre-

1. Histoire synchronique, col. HI, 1. 1-21; cl'. Sayce, the Synchronous Hislory of Assyrin and ISaby- Imiin. dans les Records of the Past, 2"d ser., t. IV, p. 32, et Peiser-Winckler, die sogenannte Synchro- nistiche Geschichte, dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliotkek, t. I. p. 200-201. Voir la restitution de ce passage de {'Histoire synchronique dans Winc.ki.er, Altorientalische Forschungen, l I. p. 246.

■2. Annales d' Assournazirabal, col. 1. I. 28-29.

3. Les portions conservées du canon des limmou (cf. t. 11. p. 620-621) commencent en 893, vers la fin du règne de Rammânnirâri II La ligne qui distingue les deux régnes l'un de l'autre est Urée entre le nom du personnage qui répond à l'année 890, et celui de Toukoultininip qui répond à l'année 889 : les débuts de Toukoultininip 11 tombent donc en 890. et sa mort si\ ans plus tard. en 883. Cf. la liste dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliotkek, t. 1. p. 204.

4. Cf. ce qui est est dit de l'inscription de Tiglatphalasar I" au t. II, p. 658-659, de cette Histoire.

5. Schrader, die Keilinschriften am Eingangeder Quellgrotten des Sebeneh-Su, p. 14-19, 28. Cette

inscripti I le lias-relief qu'elle accompagnait sont mentionnés dans les Annules d' Assournazirabal,

col. I, 1. 104-105, cf. ce qui est dit à ce sujet plus bas, au t. III, p. 19, de cette Histoire.

tï. Pour le détail et l'étendue de ces premières conquêtes assyriennes, cf. ce qui est dit plus haut, au t. Il, p. 604 sqq., de cette Histoire.

7. On a vu l'indication de quelques-unes de ces colonies au t. II. p. 608-009, 640, 657, 663, 007. 008, de cette Histoire. Pour le Loubdi et pour le Shoupria, cf. ce que dit Winckler, Altorientalische Forschungen, t. II, p. 46-48.

L'EMPIRE À L'AVÈNEMENT D'ASSOURNAZIRABAL (8S5). 7

mière fois. Le pays, il est vrai, avait retrouvé la fougue et l'élasticité de sa jeunesse. La population en était toujours robuste, énergique, dévouée à ses maîtres, prête à les suivre avec une confiance aveugle dans toutes les voies il leur plairait L'entraîner. Et l'armée comprenait, avec les mêmes organes qu'au temps de Tiglatphalasar, piquiers, archers, frondeurs, sapeurs, un élément nouveau, dont l'apparition sur les champs de bataille allait changer

UN CAVALIER ISSYR1EN ARMÉ DE 1- ÉPÉE '

du tout au tout les procédés de la guerre, la cavalerie réelle à côté de la charrerie. Elle se composait encore d'un petit nombre de soldats, casqués el cuirassés ainsi que les fantassins, mais vêtus d'un pagne collant au lieu du jupon flottant dont les plis longs les auraient embarrassés. Une moitié d'entre eux maniait l'épée et la lance, l'autre moitié l'épée et un arc plus court que celui de l'infanterie. Le cheval avait une bride, un harnachement de Iront, et point de selle; on l'enfourchait à cru, le buste droit et souple sur la hanche, les genoux hauts, les cuisses serrées fortement aux flancs de la bête, les jambes ballantes depuis le genou. (Iliaque gendarme était doublé pour ainsi dire d'un écuyer qui chevauchait de front avec lui pendant l'action et qui lui tenait les guides, de sorte qu'il eut les deux mains libres pour se servir de m's armes.

l. Dessin de Faucher-Gudin, d'après un des bas-reliefs en bronze dr lu porte </•■ Balawdt. L'ar- tiste assyrien a marqué la tète >•! les jambes du sec 1 cheval, qu'on aperçoit eu profil derrière

celles du premier, mais il a oublié d'indiquer le restant 'lu corps et le second cavalier.

8 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LITTE POUR LA SYRIE.

Celte troupe se défiait d'elle-même, et elle ne se séparait guère des autres afin d'opérer seule à distance : elle cheminait de concert avec les chars, et elle les escortait, comme une sorte d'infanterie montée, dans les entreprises qu'il fallait mener vivement, et l'infanterie ordinaire aurait retardé l'allure des charriers'. L'armée ainsi complétée était sinon plus solide, du moins plus

«>BMnwej^j|Pte:

l.N ARCHER ASSYRIEN À CHEVAL KT SUN ACOLYTE, CHARGEANT3.

efficace qu'au début; la discipline y persistait aussi sévère, l'esprit militaire aussi ardent, l'équipement aussi perfectionné, la tactique aussi savante3. Elle commençait même à forcer les villes par science d'ingénieur aussi bien que par la sape ou par l'escalade, et, si elle ne traînait pas encore derrière elle un parc de machines, elle savait improviser à l'occasion et employer des engins dont la puissance avait raison des murailles les plus épaisses1. Elle connaissait

I L'histoire de la cavalerie assyrien ne ;i été esquissée rapidement par G. Rawlinson, Ihr Five Cirai Monarchies, -",t éd., t. I, p. ïti sqq. Les cavaliers isolés ne «levaient pas manquer dans les armées assyriennes plus que dans les égyptiennes (cf., sur les cavaliers égyptiens, ce qui est dit au I. II. p. 218, de eelte Histoire), mais on ne trouve aucune mention d'un corps de cavalerie parmi les inscriptions antérieures à A.ssournazirabal ; l'emploi de cette arme a commencer par conséquent entre Tiglatphalasar [el et Assournazirabal, plus près de celui-ci que de celui-là. Assournazirabal lui- même parle assez rarement de sa cavalerie [Annales a" Assournazirabal, col. Il, 1. 70-71, 72-73, loi', mais il cite à plusieurs reprises les cavaliers des principautés araméennes et syriennes qu'il incorpora à sa propre année [Annales d Assournazirabal, col. III, 1. .'i.s, 00, 63, 69, 77).

i. Dessin île Faucher-Gudin, d'après un des bas-reliefs en bronze île la /mile île Balawât.

3. Sur L'organisation des armées assyriennes et sur leur tactique, antérieurement à l'emploi de la cavalerie, cf. ce qui est dit plus haut, au t. II. p. 626-642, île eelte Histoire.

i. Sur le- machines de guerre assyriennes, voir M. Dieclafoy, l'Acropole île Sus,-, p. U8-158, et Jeremas-Billerbeck, der Vnlergang Nineveh's, dans les Beitrâge zur Assyriologie, t. III, p. 178-184. L lié-

LES PROGRÈS DE LA TACTIQUE, CAVALERIE ET MACHINES DE SIÈGE. 9

toutes les variétés du bélier : le bélier à bras, simple poutre ferrée brandie par une vingtaine d'hommes; le bélier de position, la poutre est suspendue à un échafaudage et se manœuvre au moyen de cordages; le bélier mobile sur quatre ou six roues qui permettent de l'approcher ou de l'éloigner à volonté. Celui-ci revêtait des formes de fantaisie selon l'humeur des ingénieurs mili-

LA TRUIE HOBILE FAISAYI IlitKI IU! l'VNS IN Mil; HK. nu; IKIII *M. '

taires : par exemple, on lui coiffait la pointe d'un bronze massif qui simulait une tête bestiale, et on lui prêtait l'aspect général d'une truie prête à fouiller de son groin les défenses de l'adversaire. Le plus souvent on recouvrait la charpente d'une carapace en cuir verl mi en grosses étoffes de laine super- posées, qui la protégeaient contre le heurt des projectiles; parfois, l'abri se compliquait d'une coupole et même d'une tour, des archers s'installaient afin de nettoyer la courtine en face du point d'attaque. Les hélépoles (''talent construits et mis en batterie à quelque distance, puis on aplanissait le terrain devant eux et l'on traçait une chaussée régulière, pavée de briques dans les

lépole esl -i complel déjà sous \ nazirabal, qu'il devail avoir été inventé assez longtemps avanl

l'exécution des premiers bas-reliefs sur lesquels nous le voyons représenté: les ressemblances qu'il présente avec l'héjépoie grec avaient fourni ;> Elœfei l'un des principaux arguments sur lesquels

il s'appuyail pour rejeter les ments de Khorsabad n de Koyoundjlk jusque forl avanl dans

l'époque per u parthe {Chaldée, Issyrie, \> 318-319).

I Dessin tir Faucher-Gudin, d'après mi des bas-reliefs en bronze tir In porte tir Balaieàl.

10 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA I.l'TTE POUR LA SYRIE.

endroits le sol semblait manquer île consistance; ces préliminaires achevés, des relais d'escouades les poussaient en avant jusqu'à la portée convenable. Le premier effort était rude pour les servants chargés du branle, car la poutre était énorme, et le fer de lance ou le bloc de métal carré qui la garnissait pesait lourd. Les assiégés essayaient de paralyser l'engin ou de le démolir. Ils faisaient pleuvoir sur la toiture les torches, les étoupes embrasées, la poix

L'HÉLÉPOLE À TOURELLE ET À DÔME ATT\yl *\T LES DURS L>1 NE MLLE1.

brûlante, les pots à feu; ils s'efforçaient de capter la tète avec des chaînes ou des crochets, et de l'immobiliser ou de l'attirer à eux; ils réussissaient parfois a l'écraser d'un quartier de roche. Les Assyriens ne se décourageaient pas pour si peu: ils éteignaient les commencements d'incendie, ils débridaient à force de bras les poutres saisies, et si, malgré leur persévérance, l'une d'elles s'en- dommageait, ils avaient des pièces de rechange prêtes, et ils raccordaient le jeu après quelques instants. Les murs en briques, même cuites, ou en petits moellons, ne résistaient guère. Ils tremblaient au premier coup, s'entamaient rapidement et s'écroulaient en quelques jours, souvent en quelques heures : la pédaille n'avait plus qu'à grimpera l'assaut parla brèche que les pionniers lui avaient ouverte.

Toutefois cette discipline et ces vertus que l'armée assyrienne manifestait au plus haut degré, elles lui étaient communes avec les armées de tous les grands

1 Dessin de Faucher-Gudin, d'après un bas-relief de Nimroud, conservé au Brilish Muséum, cf. Latard, Monuments of Nineveh, t. I. pi. 17.

LES CONDITIONS DES VOISINS DE L'ASSYRIE.

Il

États, avec celles de l'ÉIani ou de Damas, du Nairi et des Kliàti, avec celles de la Chaldée; toutes la valaient à compte égal, et leurs forces s'équilibraient si juste à l'ordinaire que nulle n'était capable d'infliger aux autres une de ces défaites qui consomment la ruine d'un empire. Les luttes acharnées qui ensan- glantaient presque périodiquement les marches du Tigre et du Zab, quel résul- tat avaient-elles produit depuis l'origine? Elles avaient abouti le plus souvent,

*^«

-.

^lEUte'"

~s^s

LES ASSIEGES ESSAYENT DE PARALYSER 01/ DE DÉTRUIRE l'hÉLEPOLE1.

soit à consolider les belligérants dans leurs possessions respectives, après beaucoup de dégâts et de vies perdues, soit à livrer au moins battu des deux une dizaine de bourgades ou de forteresses, dont la plupart lui échappaient à l'occasion prochaine pour faire retour à son rival2. La chute même de la capi- tale n'achevait rien, mais elle laissait le vaincu si peu résigné et le vainqueur si endolori par sa victoire, qu'il ne pouvait maintenir son ascendant au delà d'un liés petit nombre d'années. Deux lois au moins en trois siècles un roi d'Assyrie était entré dans Babylone, et deux fois les Babyloniens, expulsant leur maître d'un jour, l'avaient reconduit, trompettes sonnant, au delà de ses frontières. Il en était resté aux dynasties ninivites des prétentions à la suzerai- neté qu'elles étaient incapables le plus souvent de faire prévaloir, niais que

1. Dessin <lr Faucher-Gudin, d'après un bas-relief de Nimroud, conservé au Briiish Muséum; cf. Layard, Monuments of Ninevek, l. 1. pi. 19.

2. Voir le peu qu'on sait jusqu ce jour île ces guerres entre l'Assyrie et la Chaldée, au t. Il, p. 593-593, 595-597, 604-612, 662-661, de cette Histoire.

1-2 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

leurs membres se léguaient de génération en génération, et que rien n'était censé prescrire en théorie : dans la pratique, ils n'arrivaient pas à saisir les mains (h> Bel pour régner eux-mêmes sur Babylone, ni à extorquer au souve- rain indigène l'aveu officiel de sa vassalité. Assournazirabal, instruit sans doute par l'expérience du passé, évita résolument ces conflits directs tant de ses prédécesseurs avaient usé leur existence. S'il ne renonça pas aux pré- tentions héréditaires, du moins il les laissa dormir. Il préféra s'accommoder aux clauses du traité signé quelques années plus tôt par Rammànniràri, même quand Babel ne les observait pas; il ferma les yeux sur tous les actes d'hosti- lité- mal déguisée auxquels il fut en butte", et il dépensa son activité entière contre des adversaires moins redoutables. S'il confinait au kardouniash vers le Sud, partout ailleurs une bande plus ou moins large de tribus ou de cites moindres le séparait des rares Etats assez robustes pour balancer sa fortune, à l'Est et au Nord-Est, les barbares de race obscure dont les châteaux et les villages s'échelonnaient sur les hauts affluents du Tigre ou sur les premiers gradins du plateau iranien, puis, à l'Ouest et au Nord-Ouest, les nomades et les principautés pour la plupart araméennes qui avaient pullulé depuis un siècle dans les montagnes du Tigre et dans les steppes de la Mésopotamie. C'étaient des peuples fiers, belliqueux, patients, jaloux de leur indépendance, prompts à s'armer pour la défendre ou pour la recouvrer, mais chacun d'eux ne possé- dait qu'un domaine de proportions médiocres et ne disposait que d'un chiffre restreint de soldats. Parfois, il est vrai, la nature du sol qu'il habitait lui était un auxiliaire précieux, et elle l'aidait à compenser l'infériorité du nombre par l'avantage d- la position. Il se retranchait derrière un de ces cours d'eau impétueux, le Radanou, les Zab ou la Tournât, dont le régime est d'un torrent plus que d'une rivière et que la berge surplombs, abrupte comme une muraille au-dessus d'un fossé, ou bien il se réfugiait sur une crête de hauteurs boisées et il y attendait l'assaut parmi les rochers et les pins. Non seulement Assour les surpassait tous, sinon par la qualité, du moins par la quantité des hommes, mais, debout au milieu d'eux, il pouvait choisira son gré celui qui bu parais- sait offrir la proie la plus facile, et. se ruant sur lui à l'improviste, l'accabler de son poids. Les voisins n'intervenaient guère, trop heureux le plus souvent d'assister en paix à l'écrasem ait d'un rival dangereux, mais leur tour arrivait

1. On verra plus loin (cf t. III. p. 28-30 de celte Histoire) qu'il ne lit point un casus belli de la présence parmi les alliés des Zoukhi de troupes cosséennes, même commandées par un frère ut par un des principaux officiers du roi de Babylone.

LES PROCÉDÉS DE LA CONQUÊTE ASSYRIENNE.

13

bientôt de succomber, sans que nul autour d'eux songeât plus à 1rs plaindre qu'eux-mêmes n'avaient songé à plaindre les autres. L'Assyrien ravageait leurs campagnes, rançonnait leurs chefs, rasait leurs citadelles, ou, s'il les épargnait, il v logeait des garnisons qui commandaient le pays; il grossissait son trésor de leurs revenus, il incorporait leurs soldats parmi les siens, et, lorsque, après les avoir absorbés successivement, il se heurtait enfin à l'un des grands

LES ESI IRPESJEMTS DU /!AU '.

Etats dont ils lui avaient masqué les abords, l'appoint d'argent el d'hommes qu'il tirai! d'eux l'enhardissait à accepter ou à provoquer la guerre avec une presque certitude de la victoire.

Dés le lendemain même de son avènement, Assournazirabal tàta ceux de ces confins la population était le plus morcelée et devait opposer le moins de résistance efficace à ses desseins'. Il se jeta vers l'angle Nord-Ouest de son

l Dessin <lr Boudier, d'après une photographie de M. Binder, communiquée pur le /'. Scheil.

i. Le principal document pour l'histoire d'Assournazirabal est le Monolithe tir Nimroud, découvert par Layard dans les ruine- du temple de Minip, el qui porte la mâme inscription -ni' les deux laces

C'est une compilation 'le divers docu nts, comprenant : l" un récit suivi des campagnes do- -i\

premières années, qui se terminail par un résumé de. résultats obtenus pendant cette période; -" le récil de la campagne de l'an VI. puis celui de trois campagnes nui datées; dont la dernière esl celle de suie, enfin l'histoire d'une dernière campagne, ipii e-l celle de l'an XVIII, et un second sommaire

L'inscription, dont on connait plusieurs exemplaires, inc plets pour la plupart, a été publiée par

II. Rawlinson, Cun. Ins. II'. As., t. I. pi. 17-26, cf. pi 27. et t. ni. pi. 6; elle a été traduite entière- ment eu français par Oppert, Histoire des Empires tir Chaldée et d'Assyrie, p. 7-2- loi. cl par Menant, Annales des rois d'Assyrie, p 66-93; en anglais par Rodwell, Aimais of Assur-nasir-pal, dan- les

I! LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

territoire, envahit brusquement le Noummi1, enleva au pas de course Goubbé, la capitale, el une demi-douzaine de places secondaires, Sourra, Aboukou, Aroura. Aroubi. Les habitants se concentrèrent sur une chaîne de montagnes qu'ils réputaient inaccessible : la cime en semblait « la pointe d'un poignard de fer », et elle se dressait si ardue que « nul oiseau ailé du ciel ne l'osait affronter ». 11 employa trois jours seulement à en gravir les pentes et à forcer les retranchements qui y avaient été accumulés : deux cents des défenseurs périrent les armes à la main, le reste fut pris. Le Kirrouri5, effrayé par cette exécution, se soumit sans réserve, livra ses chevaux, ses mulets, ses bœufs, ses moutons, du vin, des vases d'airain, accepta des préfets assyriens qui se chargèrent d'y percevoir le tribut. Les cantons voisins imitèrent son exemple, l'Adaoush, le Gilzàn, le khouboushUhia3; ils envoyèrent des cadeaux considé-

Records of the Past, V ser., t. III. p. 37-xu. el par Sayck, the Standard Inscription of Assur-nalsir- pal, dans les Records of the Past, -2"d ser., I. 11. p. 128-177; en allemand par Peiser, Inschriften Ischur-nûsir-abal's, dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliolhek, t. I. p. 50-119; uni' traduction de la première colonne il. 1-99), avec spécimen d'un commentaire détaillé, a été éditée en iss.'i par II. Lhotzkt, die Annalen Asurnazirpals {884-860 a. CJir.) nach der Ausgabe des Londoner Inschriften- werkes verschrieben, ûbersetzt und erklârt. Un monolithe trouvé dans les ruines de Kourkh, à quelque distance de Diarbékir, et publié dans H. Rawlinson, ('.un. Ins. II". .4s., t. III, pi. G, renferme quelques additions importantes au récit des campagnes de la cinquième année (1.42-52), Les antres inscrip- tions, assez nombreuses, qui nous sont parvenues d'Assournazirabal, ne renferment aucun rensei- gnement d'importance qu'on ne trouve dans le texte des Annales; les dédicaces des plaques (Laïard. Inscriptions m the Cuneiform Character, pi. 1-11). dont les fragments sont dispersés dans 1rs divers musées de l'Europe, ont été traduites en anglais par Fox Talbot, Standard Inscription of Ashur-akh- bal, dans les Records of the Past, l" ser., t. VII. p. 9 sqq., et en allemand par Schrader. Inschrift Assur-nasir-habal's Kônigs von Assyrien, 1879. L'inscription de l'Obélisque brisé, dont j'ai employé souvent déjà le- données, contient dans sa seconde colonne quelques notices sur les travaux du roi.

1. Le Noummi ou Nimmi, mentionné déjà dans les Annales de Tiglatphalasar I" (col. IV, I. 71). a été placé par Hommel (Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 'j">i) dans le massif montueux qui sépare le lac de Van du lac d'Ourmiah, par Tiele dans les régions situées au S.-E. de Ninivc (Babylonisch- Assyrische G 'schichte, p. 180); les observa! ion- de Delattre | Encore un mot sur la Géographie assyrienne, p. (3-1-2) m mirent qu'on doit le chercher peut-être au nord de l'Arzania, certainement dans la vallée même de ce fleuve. Il me parait répondre aux cazas de Varto et de Boulanlk, dans le sandjak de Moush. si le ii un de la capitale, lu Libié-Libou depuis Oppert (Histoire des Empire* tir Chaldée et

d'Assyrie, p. 76), doit se lire Goubbi-Goubbé, coi .• le veut Peiser (Inschriften Aschur-ndsir-

abal's, dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliothek, t. I. p. 60-61, 1. 46), on peul l'identifier avec la ville actuelle de Gop, chef-lieu du caza de Boulanlk (Vital Cuimet, la Turquie d'Asie, t 11, p. 588-389); en ce cas Aboukou pourrait être représentée par le village de Biyonkh.

2. Le kirrouri aurait été silué dans le bassin du lac d'Ourmiah el sur la rive occidentale de ce lac, s'il fallait en croire Schrader (Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 163-169), dont les iden- tifications i ce sujet oui été acceptées avec plus ou moins d<- restrictions par Hommel (Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 554), par Tiele (Babylonisch-assyrische Geschichte, p. HiN. 17-2. 180), par Delitzsch-Mûrdter [Geschichte H iby Ioniens und Assyriens, i- éd., p. 161), par Winckler (Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 215); Delattre a indiqué qu'on le devait chercher dan- des parages différents, près des sources du Tigre et non loin du Mourad-sou (Encore un moi sur la Géographie assyrienne, p lu. unie II la manière dont il est cité ici nous oblige à le mettre au voisinage immé- diat du Noummi, et le- rapports qu'il a avec l'Adaoush et le Gilzàn rendent vraisemblable qu'il occupait mu- position à l'ouest et au sud-ouest du lac de Van, dans les cazas de Moush et de Sa-- soun du sandjak de Moush.

3. Sur l'Adaoush, cf. ce qui est dit au t. II, p. 64G, note 2, de cette Histoire. Le Kirzàn, nommé ailleurs Gilzàn et Gouzàn. a été rélégué en Arménie orientale par les premiers assyriologues, et le site fixé plus strictement entre l'ancien Araxes et le lac d'Ourmiah, dans les provinces persanes de Khôl el de Maraud, par Schrader (Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 167-169; cf. Hommel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 554, Tiele, Babylonisch-Assyrische Geschie/ile, p. Ii-s, IS7. Winckler, Geschichte Buto/lumens und Assyriens, p. 197, 200). Les indications de notre texte et des

LA PREMIÈRE CAMPAGNE D'ASSOURNAZIRABAL Al NAÎRI.

LES CAMPAGNES

[D'ASSOURNAZIRABAL en NAÎRI.

Echelle

rables, de l'or et de l'argent, du plomb, du cuivre, et leur empressement à se

racheter les sauva de la présence toujours ruineuse des garnisaires. L'armée se

rabattit ensuite sur le Kirkhi par la passe de Khouloun, débusqua les troupes

qui s'étaient fortifiées

au château de Nishtoun,

pilla les cités de Khatou,

de Khatarou, d'Irbidi,

d'Ar/ania, de ïéla, de

Khaloua ' ; le chef de

Nishtoun !, Boubou, fut

expédié à Arbéles, éeor-

ché vif, et sa peau clouée

sur la muraille. Assour-

nazirabal colonisa, vers

l'une des sources du

Tigre, une bourgade à laquelle il octroya son nom; il y laissa sa statue et il

grava sur la base une inscription il célébrait ses propres exploits, puis il

rentra' à Ninive, avec tout son butin3. Quelques semaines lui avaient suffi pour

compléter de ce côté l'oeuvre paternelle et pour dégager les alentours des pro-

passage.s réunis par Schrader, qui niellent le Gil/àn en rapport direct avec le Kirrouri d'une part, avec le Kourkhi de l'autre, non-- obligent à reporter ce pays dans le bassin iln Tigre supérieur, et je le trouve auprès du Bitlis-tchat, les différentes formes du mot se rencontrent à plusieurs reprises sur la carie, sous les formes Ghalzan du Ghalzan-da^h. Kharzan nom d'un caza du sandjak de Séert (Cuinet, /'/ Turquie d'Asie, t. II. p. 612-614), hliizan nom d'un caza du sandjak <le liitlis K'.iimt. In Turquie d'Asie, I. II. p. 566-568); Girzàn-Kilzân serait alors la province romaine d'Arzanéné,

en arménien Ardzn, le G-K initial du nom antique aurait été remplacé par une aspirati louce.

I.e Khouboushkhia ou klioutoushkhia a et*'' placé par Fr. I.enormant à l'est du Zab supérieur, au sud 'le l'Arapkha, et Schrader a confirmé cette identification (Keilinsckriften mu/ Geschichlsforschung, p. 163-167) ainsi que Delitzsch [die Sprache der Kossâer, p. 33 sqq.); il faut, d'après les passages même que Schrader a cités, l'étendre \ors le nord jusqu'au Shatakh-sou, au contact du Gilzân, sur une partie de- sandjak de Van et de Hakkiari.

1. Assournazirabal, allant du Kirrouri au Kirkhi dans le bassin du Tigre (cf., sur le Kirkhi. ce qui est ilil au l. II. p. 643, noie 1, de cette Histoire), avait le choix entre la passe de liitlis et celle .le Sassoun; celle de Bitlis est exclue par ce fait qu'elle -r trouvait au Kirrouri. et que le Kirrouri n'est pas mentionné dans ce qui suit. Du moment que la route choisie est celle de Sassoun, Khouloun

occupe nécessaire ni une position à l'entrée de- défilés, i t-ètre au bourg actuel île Khoronkh.

I.e nom de Khal appelle celui de la tribu des Khoith que le- historiens arméniens signalent dans

ce- parages (Tomaschek, Sassoun und das Quellengebiet '1rs Tigris, p. 6-7, s. etc.). Khatarou peut être Matera dans le caza de Lidjé, du sandjak île Diarbékir, cl Arzania l'ancienne Arzan, Arzn, donl on voit le- ruines près de Shéikh-Younous. Tila-Téla est une ville distincte de la Téla de Mésopotamie, dont il sera question plus loin, el elle e-t probablement identique à la TU, Tilléh, qu'on rencontre au confluent du Bohtan-tchal et du Tigre. Enfin, il est possible que le nom de Khaloua se soit con- servé dans celui de Ilalcwi. que I.ayanl donne à un village situé presque à mi-chemin de Roundvan et de TU (Nineveh and Babylon, carte n" 1).

-2, Nishtoun était probablement le point le plus important de la région; par la place qu'il occupe sur la li-te, entre Khouloun et Khatarou d'un côté, Arzania de l'autre, on voit qu'il faut le chercher quelque part dans le Sassoun. ou tout au plus du côté de Mayafarrikin.

3. Annales d Assournazirabal, col. I, I. 43-69; cf. Peiser, Inschriflen Aschur-nâsir-abal's, dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliotheh, t. I, p. 58-63.

16 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

vinces situées au Nord et à l'Est : il repartit bientôt au Nord-Ouest, dans la direction du Taurus'. Il longea rapidement la rive gauche du Tigre, il brûla une vingtaine de bourgades éparses aux pieds du Nipour et du Pazatou*, il passa sur la rive droite, en amont d'Amidi, et, comme il filait vers l'Euphrate, le Koummoukh et les Moushkou lui prêtèrent leur hommage volontaire3. Il se

LE SITE DE SHAD1KANNI \ ARBÀS, SUR I.K KHABOUR*

complaisait à enregistrer la vaisselle de bronze, les taureaux, les brebis, les jarres de vin, lorsqu'un messager de mauvaises nouvelles se présenta devant lui. L'Assyrie était bordée à l'Est par une série de petits Etats, le katna', le

1 . Le texte des Annales déclare que ces faits se sont passés dans ce même limmou (col. I, 1. 69), dans ce que le roi appelait plus haut le commencement de ma royauté, ma première année de règne (col. I. I. 43-44). Il faut admettre en conséquence qu'il monta sur le trône presque au commencement cle

l'a ie, puisqu'il put faire deux campagnes sous le même éponyme (Tiki.k, Babylonisch-Assyrische

Geschichte, p. 179, Hojimel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 552-553).

2. Le Nipour ou Nib esl le Nibaros de Strabon (XI, xn s; -i, p. :;-27), comme l'a vu Finzi (Ricerche

per lu Studio dell' Intichilà Assira, p. 244-246; cf. Delattre, le Peuple cl l'Empire des Mèdes, p. 71). Si l'on considère la direction générale de la campagne, on est porté à mettre le Nipour sur la rive même du Tigre, a l'Est des régions parcourues dans la campagne précédente, et à l'identifier, ainsi que le I'azalou. avec le groupe de hautes collines qu'on appelle aujourd'hui l'Ashit-dagh, entre le Kharzan-sou el le Batman-tchaî (Cuinet, lu Turquie d'Asie, t. II. p. 551).

:t. Cf. ce qui e-t li! du kouiuiiuiukh au l 11. p. :.!iu. noie i;, de eetle Histoire. Les Moushkou men- tionnés iei m' représentent pas le gros de la tribu, établi en Cappadoçe (cf. ce qui esl dil a ce sujel au t. II, p. 591, 643, de cette Histoire) ; ce sonl les descendants de -ceux des Moushkou qui avaient franchi l'Euphrate et disputé les régions du Kashiari aux Assyriens (Hosmel, Geschichte Babyloniens mal Assyriens, p. 557).

i Dessin île Boudier, d'après le croquis relevé par Layard, Nineveh ami Babylon, p -l'Ai

:;. I.e nom a i l <• lu lauldi Katna (Oppert, Histoire îles Empires île Chaldée cl d'Assyrie, p 91,

Hommel, Geschichte Babyloniens ami Issyriens, p. 557), tantôt Shouna (E. Meyer, Geschichte îles

llterthums, t. I, p. 333, Delattre, l'Asie Occidentale dans les Inscriptions assyriennes, p. n-ii,

W'mcKLER, Gesckischte Babyloniens ami Assyriens, p. 183-184, Peiser, die lii.se/iri/leu Aschur-nàsir-

CAMPAGNE D'ASSOURNAZIRABAL SUR LE KHABOUR.

17

Bît-Khaloupi', dont les villes al- ternées en vedette sur le trajel du Khabour, la protégeaient contre les incursions des l>é- douins. C'étaient de vraies cités chaldéennes, saturées depuis longtemps par la civilisation de Babylone, comme la plupart de elles qui florissaient dans les laines de la Mésopotamie; la principale d'entre elles, Sltadi- kanni, commandait le côté droit de la rivière et le gué plongeait la route qui conduit de INinive à kharràn et à Car- chémis. Les chefs habitaient

L'UN DES TAUREAUX AILÉS TROUVÉS \ ARBÂN*.

des palais décorés de taureaux ailés, de lions, de stèles, de bas-reliefs taillés dans le marbre des collines de

abat s, p. 64-65, 96-97). Le pays c prenail les deux villes de Kamani et de

d'Assournazirabal, col. III. I. 1-6), et il confinait vers le sud au llil-khaloupi ; de Margada et de Sheddadiyéh, et, d'après les indications fournies par A.ssour tu- -riait pas impossible que le site de Margada répondit à Dour-Katiimi, celui de Sheddadiyéh à Kamani. On a eu effet signalé des ruines antiques mm- ces points (Layard,

h. mu K.ii l

iVsl il

nazirabal

imi (Annales le territoire lui-même, il

Nineveh and Babylon, p. 254-255, Sachau, Reis

Sy-

rien und Mesopolamien, p. 2m;).

1. Peiser (die înschriften Aschur-nâsir-abais, p. 64-65, 96-97) et Winckler (Geschichte Babyloniens und issyriens, p. 183-186) lisent Bit-Khadippi le nom qu'Opperl avail transcrit Bit-Khaloupi Histoire des Empires de Chaldée ri ,1 issyrie, p. 78, 91, 92). S -nu, la capitale 'lu Bit- Khaloupi, était bâtie sur le fleuve a l'endroil

il est navigable, car Assournazirabal raconte plu-- loin i Innales, col. III. I. 28-29) qu'il \ lit construire -mi bateau royal, lors de la croisière qu'il entrepril sur l'Euphrate, eu l'an \l de son règne. Les itinéraires des voyageurs modernes placent à huit heures d arche de l'embou- chure du Khabour, et mu- la rive limite du fleuve, i

localité es-Saouar ou es-Saour, située au pied d'une coltine haute d'environ 7" mètres; ou \ voil les ruines

d'une enceinte fortifiée et d'une ville ancie (Sachau,

Reise in Syrien und Mesopolamien, p. 2ujj in- même que Tomkins (Noies on lin- Geography front Ihe Nile /<> the Euphrates, dans le Babylonian and Oriental Record,

I- III. p. Il il. j'j placerai Sour le Khaloupi : le Blt-

khaloupi sera le territoire voisin d'es-Sî r.

2. Dessin de Faucker-Gudin, d'après le croquis itr Layard, Nineveh and Babylon, p 242, cl p 235, 237

:). Dessin tir Faucher-Gudin, d'après le croquis de Layard, Nineveh und Babylon, p. 2:i7.

STELE H W.V.W

IUST. ANC. DE L ORIENT.

18 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

Singar1. Leur humeur était capricieuse, et, malgré la surveillance dont ils étaient l'objet, peu de règnes s'écoulaient sans qu'on eût à réprimer quelqu'une de leurs rébellions. Le Bît-Khaloupi et sa capitale Sourou s'étaient mutinés après la mort de Toukoultininip : la populace, travaillée sans doute par des émissaires araméens, avait assassiné l'Hamatéen qui la gouvernait, puis elle avait mande du Bît-Adini8 un certain Akhiababa, de basse extraction, et elle l'avait acclamé roi. Cette défection, si l'on n'y prenait garde, pouvait entraîner les conséquences les plus fâcheuses : comme elle ouvrait la brèche sur l'un des points importants de la frontière, rien n'empêchait plus les gens d'Adini ou leurs alliés de se répandre par à travers le pays d'entre Khabour et Tigre, |iuis de pousser leurs bandes jusque sous les murs de Singar ou d'Assour même. Assournazirabal traversa le Masios sans perdre un instant, descendit le Khabour en ramassant à la hâte le tribut des cités qu'il touchait. Les défen- seurs de Sourou furent déconcertés par sa brusque apparition sous leurs murs, cl leurs chefs vinrent se prosterner à ses pieds : « Le veux-tu? c'est la vie pour nous; le veux-tu? c'est la mort; le veux-tu? ce que préférera ton cœur, fais-le de nous! » Ils eurent beau implorer sa clémence; l'alarme avait été si chaude et le danger si pressant qu'il se montra impitoyable. La ville fut aban- donnée aux soldats, le trésor fut confisqué en entier, les femmes et les enfants des meilleures familles furent réservés pour l'esclavage; une partie des cou- pables expia son crime sur place, le reste fut emmené avec Akhiababa, et écorché vif, qui à Ninive, qui dans d'autres localités. Une garnison assyrienne s'implanta dans le château, et un simple gouverneur Azilou succéda aux princes de race indigène. La terreur de cette répression décida les Laqî3 à solliciter l'aman, et après eux Khaian, roi de Khindanou sur l'Euphrate. 11 se racheta

1. Shadikanni, dont le nom a été lu Gardikanni( Puiser, Inschriften Aschur-nâsir-abal's, dans Schrader, Keilinsckriftliche Bibliotkek, t. I, p. 64-65, 96-97, Winckler, Geschickte Babyloniens unà Assyriens, p. 183-184), est certainement Arbân sur le Khabour, ainsi que G. Rawlinson l'a reconnu déjà (the Five Great Monarchies, 2"d éd. t. I, p. 203, et. t. Il, p. 84; cf. G. Smith, History of Assyria, p. 37, En. Meyer, Geschichte des Altertkums, I. 1, p. 333-334, Hommel, Geschickte Babyloniens unà Assyriens, p. 557-558). Sur les ruines d'Arbân, cf. Layard, tiineveh (nul Babylon, p. 230-2 1-2 ; l'identité possil.le In prince dont

le i se rencontre sur les sculptures de cette localité, avec un personnage mentionné sur un

cylindre trouvé ;i Shérif-Khan, a été indiquée déjà par G. Smith. History of Assyria, p. 37, cl admise par En. Meyer, Geschichte des Altertkums, l. 1. p. 334. Winckler reporte ces monuments aux figes pré-assyriens de la Mésopotamie, avant le temps de l'invasion araméenne (Geschichte Babyloniens und Issyrîens, p. 150, cl Altorientalische Forschungen, t. 1, p. 385, note 2). On ne pourra guère décider s'il a 1-iisnH. huit qu'on n'en possédera que des croquis sommaires, qui ne permettent d'ap- précier ni la technique ni la valeur artistique des morceaux.

2. Pour la position du Blt-Adini dans la courbe de l'Euphrate cl à cheval sur ce fleuve, voir ce qui esl dit plus haut, au I. Il, p. 590, note 9, de cette Histoire.

:t. Les I.aqi sonl situés sur le- deux rives de l'Euphrate, mais surtout sur la rive droite, cuire le Khabour et le Balikh (Delattre, l'Asie Occidentale dans 1rs Inscriptions assyriennes, p. 12-16, Hommel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p 557), intercalés au milieu des Zoukhi, dont ils n'étaient peut-être qu'une fraction dissidente.

LA SECONDE CAMPAGNE D'ASSOURNAZIRABAL AU NAlRI. lit

avec de l'or, de l'argent, du plomb, des pierres précieuses, de la pourpre sombre, des dromadaires; il érigea une statue d'Assoumazirabal au milieu de son palais en signe de vassalité, puis il encastra dans la muraille, aux portes de sa ville, une inscription dédiée aux dieux du vainqueur1. Expéditions du Noummi et du Kirrouri, séjour au Koummoukh, courses à travers les monts et les champs de la Mésopotamie, tous les succès remportés comme à la volée sui' tant d'ennemis, dans vingt endroits différents, avaient exigé six ou huit mois au plus, durant lesquels le maître nouveau avait donné la mesure de son génie : un véritable homme de guerre s'était révélé enfin, un conquérant du type de Tiglatphalasar, et l'Assyrie avait reconquis du coup le rang auquel elle avait droit parmi les nations de l'Asie occidentale.

La seconde année du règne ne fut ni moins heureuse, ni moins bien rem- plie que la première. Dès le début, avant même le retour de la saison favo- rable, les Zoukhi de l'Euphrate tirent un acte public de sujétion : leur chei lloubànî apporta de leur part à Ninive une grosse somme d'or et d'argent. Il s'éloignait à peine que déjà l'annonce d'un événement fâcheux effaçait la bonne impression qu'il avait produite : les descendants des colons que Salmanasar l" avait installés jadis dans le Masios occidental, au canton de Khalzidipkha, avaient répudié leur allégeance, et leur capitaine Khoulai assiégeait la forte- resse royale de Damdamousa*. Assournazirabal piqua droit vers les sources du Tigre, et sa seule présence prévint tout mouvement sur ce point. Il ne manqua pas l'occasion d'y consacrer une stèle auprès de celles de son père Toukoulti- ninip et de son ancêtre Tiglatphalasar3, puis, dès que I'Izala lui eut versé ses redevances*, il appuya vers le Sud et il s'engagea sur les pentes du Kashiari.

I. Annales d'Assoumazirabal, col. I. I. 69-99; cf. Peiser, Inschriften Aschur-nâsir-abal's, p. 62-69.

-2. La position 'lu Khalzidipkha on Khalziloukha, ainsi que de -a forteresse Kinabou, nous est révélée approximativement par la suite 'In récit. Assournazirabal, venant îles sources 'I'- la Soupnat

ri aboutissant a Téla, pouvait pa ' -"il a l'Est, -"il a l'Ouest du Karadjah-dagb : co la lin de

la . . 1 1 1 1 1 . . i - 1 1 < lions le montre à Toushkhàn, au Sud du Tigre, et le ramène au Nalri et an Kirkhi par l'Est 'lu Karadjah-dagh, on doit reconnaître .|ue la première partie le conduit a Téla par l'Ouest, a travers le pays situé ehtre le Karadjah-dagh et l'Euphrate. Si l'on regarde sur la carie, on verra de ce cité ileu\ localités a-sez importantes : l'une, Vrf;liana, <|ui coinuiainle la roule .le lliailiékir à

Kharpout; l'autre, Séverek, sur la route 'le Diarbéklr a Orfah. Arghana parait représenter la cité

royale 'le Damdamousa, qui aurait protégé ainsi laces .le la plaine au N.-O. Séverek répond assez bien aux conditions exigées pour Kinabou par le texte assyrien : le pays 'le Khalzidipkha (Khalzi- loukha) serait alors le canton île Séverek.

:; et, ce qui est 'lit île ces stèles au l II. p. 658-659, '■! au i lll, p. 6, 'le celte Histoire.

i. L'Isalla, l/ala. A/ala, donnait i - revenus 'le- boeufs et 'les moutons, et il produisait un vin

qui demeura célèbre jusque sous Nab iltodorosor II (Fr. Lenorhant, Elude sur quelques parties

des Syllabaires cunéiformes, p. 12-2-12:;. Delattre, l'Asie Occidentale, p. 21-2:. i Le anl el Finzi

[Ricerche /«■<■ /.. Studio deW [nlichilà Assira, p. lll, 358) placent ce pays auprès 'le Nisibe, ou le- écrivains byzantins et syriens citent un canton et une n tagne du même i et cette conjec- ture e-t justifiée par les passages 'le- Annales d'Assoumazirabal 'col. II. I. "21-22, col. lll, I. ;;7-ii<i| qui le mettent au contact du Btt-Adini el 'lu Blt-Bakhiâni Elle ■< 'railleur- été adoptée par la plu- pari des historiens qui mil étudié la question récemment.

20 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

khoiilai avait abandonné le blocus de Damdamousa et s'était retranché dans Kinabou, au premier bruit de son approche, kinabou succomba de haute lutte, et six cents des suidais qui en composaient la garnison moururent pendant l'assaut; les survivants, au nombre de trois mille, furenl jetés dans les flammes avec beaucoup de femmes et d'enfants. Les gens de Marirou se hâtaient à la rescousse1; on en décousit cinquante, puis on brûla vifs trois cents pri- sonniers qu'on leur avait faits, mais on ne s'attarda pas à réduire leur ville. Le pays de Nirbou subit des ravages systématiques, et la moitié des habitants s'enfuit au désert de Mésopotamie, tandis que les autres cherchaient un asile dans Téla, au pied de l'Oukhira*. La place était très forte, entourée de trois enceintes, et elle opposa une résistance opiniâtre. Elle tomba pourtant, après avoir perdu trois mille de ses défenseurs; certains de ses nobles furent condamnes au bûcher, d'autres eurent les mains tranchées, le nez, les oreilles,

d'autres furent aveuglés, écorchés, empalés sur les ruines fumantes. Et coin

si ce n'était pas assez de l'avoir dévastée, le vainqueur lui retira son rang de capitale et ses privilèges pour les attribuer à l'une des cités voisines. Toushkhân avait appartenu aux Assyriens depuis les débuts de la conquête3. Il l'agrandit, la mura solidement, y concentra ceux des colons anciens que la guerre avait dispersés et dont beaucoup s'étaient réfugiés au Shoupria*, com- mença la construction d'un palais, édifia des magasins il entassa le blé de la province; bref, il la transforma en une citadelle de premier ordre, capable

l. Le site de Marirou est inconnu; d'après I'- texte des Annales, il devrait s»' trouver assez près do Séverek-Kinabou, vers le S.-E., puisque, après l'avoir mentionné, Assournazirabal parle îles gens du Nirbou qu'il combattit dans le désert, avant 'le marcher contre Téla.

■2. Tlla-Téla est la Téla-Antoninopolis «les écrivains d'époque romaine, aujourd'hui Véranshehr. Le Nirbou, dont elle était la capitale, occupait le versant méridional du Karadjah-dagh, et le mont Oukhira, aux |>ieils duquel se trouvait le Nirbou, est le massif central «lu Karadjah-dagh; le nom de Kashiari s'appliquait à tout le groupe montagneux qui sépare au S.-U. et au S. le liassin du Tigre de celui «le l'Euphrate (Hohnrl, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 563-565).

3. Toushkhân, nommée aussi Toushkha, était située au débouché du Nirbou, ainsi qu'il résulte de ce passage, sur la rive droite du Tigre ainsi qu'on le déduit de la campagne de l'an V [Annales, col. 11, I. 103-105). De même que II Rawlinson (Assyrian Biscovery, dans the Alhenseum, 1863, t I. p. 228 ; cf. >• Rawlinson, the Vin- Greal Monarchies, t 11. p. xi, note 5), je la place à Kourkh, près du Tigre, a l'Esl de Diarbékir, fut trouvé le monolithe mentionné plus haut (cf l. III. p. 13, note -2, de relie Histoire), la présence ou roi endroit d'uni' inscription d'Assournazirabal parait prouver l'exactitude de cette identification; ou connait en effet la faveur particulière donl ce

prince entourai! Toushkhân, et il parle avec ai des constructions donl il l'embellit (Annales

tl Issournazirabal, col. il. I 7). tlommel (Geschichte Babyloniens und issyriens, p. 572, noir :,i identifie pourtant Karkh avec la ville de Matiàté, donl il s,.n, question t. lit. p. 26, de cette Histoire.

\. Le Shoupria, Shoupri, dont on lisait le nom Rouri, avait été soumis dès l'époque de Sahna- nasar I ' (cf. ce qui esl dil à ce sujet au t. Il, p. mis, de cette Histoire). Il résulte des passages il esl cité que c'était un pays de coteaux, produisant du vin, riche en bestiaux ( innales d'Assour- nazirabal, col. 11. I. 12-1 ii. et situé à laihle distance de Toushkhân . peut-être la Marirou mentionnée plu- haut (cf. I lit. p- 20, note 1. de cette Histoire) est-elle une de -es villes. Je pense qu'on ne se

Ir pera guère en le plaçant sur les versants N.-0. du kashiari, dans le eaza actuel de Tchernik,

qui possède beaucoup de vignobles très estimés (V. Cuinkt, In Turguied' Uie, i H. p 193). Knudtzon, à qui l'on doit la lecture du nom, met le pays un peu plus au Nord, dans l'angle tonné par les dou\ liras supérieurs du Tigre ( Issyrische Gebete <ni den Sonnengolt, t. II. p. 151-152).

LA TROISIÈME CAMPAGNE D'ASSOURNAZIRABAL AU NAlRl. 21

de fournir une base d'opérations à ses armées. Cependant, les princes d'alen- tour se ralliaient à lui l'un après l'autre, Ammibaal «lu Bit-Zamani, celui du Nirdoun, ceux du Shoupria, ceux du Naîri el de l'Ouroumi1; seuls les chefs du Nirbou oriental se tenaient à l'écart, confiants clans l'âpreté île leurs montagnes et dans la profondeur de leurs forêts. 11 les attaqua au retour, les délogea du château d'Ishpilibria ils s'étaient enfermés, gagna la passe de Bouliani, déboucha dans la vallée du Louqia2; il séjourna un moment à Àrdoupa pour accueillir les ambassadeurs d'un des souverains hittites et, des rois du Khanigalbat, puis II rentra à Ninive, il hiverna3. C'étaient en somme de très petites guerres, et les résultats immédiats en semblent assez minces pour qu'on s'explique mal au prime abord l'enthousiasme des contem- porains. On n'en comprend la sincérité que si l'on se figure l'étal misérable du royaume une vingtaine d'années auparavant. Il se composai! alors de <\fu\ groupes de territoires situés, l'un dans les plaines du Tigre moyen, l'autre dans celles du Haut Tigre, tous les deux assez considérables, mais presque suis communications réglées l'un avec l'autre. Les courriers isolés ou les cara- vanes pouvaient circuler avec quelque sécurité d'Assour et de Ninive à Sing.ir, inèino-à .\isibe;-au delà, ils rencontraient dans les bois du Masios des défilés étroits et des sentiers ardus il n'était prudent de se hasarder que l'œil et l'oreille au guet. Les montagnards et leurs chefs reconnaissaient île nom la suzeraineté de l'Assyrie, mais ils ne s'y pliaient que s'ils s'y sentaient con- traints par une main énergique; sinon, ils rançonnaient ou ils massacraient toul ce qui s'aventurait à leur portée, et le roi lui-même ne voyageai! qu'avec une armée de sa ville de Ninive à sa ville d'Amidi. Assournazirabal remédia au mal en moins de trois ans. A force de tuer deux cents hommes par ici, trois cents

1. La position du Bitr-Zamani le l<>n^ de l'Euphrate ;i été déterminée [Kir Delattre, VAsie Occiden- tale dans les inscriptions assyriennes, p. 39-40. L'Our i (cf., sur ce pays, ce qui esl I i I au I- II,

l>. 645, de cette Histoire) étail placé sur la rive droite il ème fleuve, dans l<--. parages de

Souméisat, <■! -mi nom ;i survécu dans celui d'Ourima, qu'une ville située en ces parages portail encore aux temps romains (Ptolemek, v, 15 § 11). Le Nirdoun, donl la capitale étail Madara, couvrait uiir partie des versants orientaux du Kashiari vers Ortavéran, ainsi qu'il résulte des Annales d'As- sournasirabal, col. II. I, 98-101, comparées aux [nnales, r>>l II. I. 13.

■2. Hun -I identifie le Louqia avec l'affluent septentrional de l'Euphrate que les anciens maienl

Lykos, el il transporte le théâtre 'I'1 la guerre en Vrménie (Gcschichte babyloniens und [ssyriens, |> 562 563). Le contexte non- oblige a chercher cette rivière au Sud du Tigre, au N.-E. H a t'Est il" K;i -li i:i ii : le roi venant ilu Nirbou, la passe de Bouliani, il rencontre les villes du Kirkhi, ne peut être que la vallée de Khanéki, dans laquelle circule la route de Hardln a Diarbékir, cl le Louqia esl probablement le cours d'eau le plus important de cette région, le Shéikhàn-Sou, qui arrose Savour,

chet'-lieu du caza d'Avinéh (V. Clinet, /" Turquie il [sie, l II. p. ilsi Ardoupa <l"il .unir été -M

près 'le l'emplacemenl actuel de Mardln, el peut-être est-elle Mardln elle-mê dont nous ignorons

le nom assyrien; c'était eu toul cas une station sur la route de Ninive le roi rentre victorieux avec son butin.

:i. Annales d' Assournazirabal, col. I. I 99-118, col. II. I 1-13; cf. Peiser, Inschnf'len Aschur- nâsir-abal's, dans Scurader, Keilinschriflliche Uibliothek, i II. |i 68-75.

-2~2 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

par là, deux ou trois mille un peu plus loin, d'empaler ou d'écorcher des shéîkhs rétracta ires, de brûler des villages, de démanteler des donjons, il obli- gea les pillards du Nairi et du Kourkhi à ne plus infester ses campagnes et à respecter sa frontière : les deux morceaux de son royaume, appuvés aux colo- nies militaires du Nirbou, se raccordèrent et se soudèrent en une masse com- pacte, des bords du Zab inférieur aux sources du Khabour et de la Soupnat.

Le hasard des événements l'entraîna dans une direction contraire dès la saison suivante (882). On confondait alors sous le nom de Zamoua une quan- tité de petits Etats éparpillés sur le versant occidental du plateau iranien, au Nord de la Cossée1. Plusieurs d'entre eux, le Loulloumé par exemple, avaient été policés par les Chaldéens de temps presque immémorial: les plus méri- dionaux oscillaient sans cesse entre la sphère d'influence de lîabvlone et celle de Ninive, selon que l'une ou l'autre des cités se trouvait dans l'ascendant, mais ils roulaient pour le moment dans l'orbite de l'Assyrie. Furent-ils excités à la rébellion par des émissaires du pouvoir rival, ou pensèrent-ils simple- ment qu'Assournazirabal s'absorberait trop dans les affaires du Nairi pour affir ailleurs avec efficacité? Ils se coalisèrent sous les ordres du shéikh de Dagara, Nourrammân, ils barrèrent la passe de Babiti qui donnait accès chez eux, et ils y réunirent leurs contingents à l'abri de remparts improvisés2. Assournazirabal concentra son armée à Kakzi3, un peu au Sud d'Arbèles, et marcha contre eux en hâte : il balaya tous les obstacles, tua 1460 hommes d'entrée de jeu, mit le Dagara à feu et à sang, défit Nourrammân un peu plus loin, mais sans réussir à s'emparer de lui. Comme la campagne menaçait de se prolonger, il assit dans une bonne position un camp retranché, y cantonna

l. Le Zamoua serait, d'après Hommel (Geschichte Babyloniens mu! Assyriens, p. 565, 599) el Tiele (Babylonisch-Assyrische Geschichte, p. 199), le pas- qui s'étend des sources du Radanou aux rives méridionales du lac d'Ourmiah ; Schrader (die tïamen der Meere, p. 191) lui attribue une moindre extension cl le place à l'Est et au S. -n. du petit Zab. Delattre [Encore nu mot sur lu Géographie Assyrienne, p. 15-18) a montré qu'il Faut distinguer entre le Zamoua qui est sur le lac de Van cl le Zamoua ordinaire sur le Zab. Le Zamoua, tel qu'il est décrit par assournazirabal, répond à peu près à ce qui forme aujourd'hui le sandjak de Souléimaniéh, dans le vilayet de Mossoul.

■2 Hommel (Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 567) pense qu'Assournazirabal franchit le Zab ver- Alliji-keupi ii. et il a certainement raison, niais il me parait résulter d'un passage des Annales (col. 11. I. 51-55), donl on verra le résumé un peu plus loin |d. t. lit. p. ï.i-l i. de celte Histoire), qu'au lieu de prendre la route qui mène à Bagdad par Kerkouk et Touz-Khourmati, il s'avança sur celle qui mène vers l'Est dans la direction île Souléimaniéh. La passe de Babiti devait s'étendre

entre I uardis el Bibàn, en avant du Kissé-tchai qui forme la branche occidentale du Radanou. Le

Dagara représenterait alors le canton situé à l'Esl de Kerkouk. au pied du kara-da^li.

3. kak/i. lue aussi kal/i. devait être située, comme Opperl l'a vu [Expédition ru Mésopotamie, t. I. p. Dis-, cf. G. Sans, History of Sennacherib, p. 165-166, Hommel, Geschichte Babyloniens uud Assyriens, p. .'lia;, note 5 ■> Shemamel ou Shamamîk, près de Hazéh, an S.-O, d'Erbtl, l'ancienne Irbèles, au point oii Jones sigale de- ruines assyriennes importantes i Topography of Nineveh, dans le Journal of the Royal [sialic Society, t. XV. p. 374), fouillées par Layard [Nineveh uml Babylon, p. Ix'.i). Briques pro- venant de kak/i dan- Rawli.vson, C«n. lux. H". As., t. 1. pi. vu cl mu, H: cf. Oppkrt, Expédition de Mésopotamie, i l. p. 226.

ASSOURNAZIRABAL AU ZAMOUA.

23

1s

* \ SCIÉS

r s£J~ \^ ? .îAt"

LES CAMPAGNES <\,

o ASSOURNAZIRABAL p**»*£

AU ZAMOUA.

EdWle

L TEuilW.djT

quelques troupes à la garde du butin et lança le reste à la rapine vers tous les coins de l'horizon. Une première expédition le conduisit au massif du Nizir, au pied de la chaîne que les gens du Loulloumé appellent le Kinipa1. Il y ruina sept bourgades dont les habitants s'étaient barricadés d'urgence, ramassa des troupeaux de valeur assez médiocre, les ramena au camp, fila derechef vers une por- tion du Nizir que per- sonne n'avait entreprise avant lui : la citadelle de Larbousa s'écroula sous le bélier, puis un peu plus tard celle de Bara, et les chefs du Zamoua, convaincus de leur impuissance, négo- cièrent sa retraite par des présents' de che- vaux, d'or, d'argent, de blé8. Nourrammân seul demeurait inexpugnable dans son repaire du Nishpi, et une tentative pour l'en débusquer n'aboutit qu'à la reddition du château de Biroutôu3. La campagne avait été si peu décisive que l'insurrection se propagea pendant l'hiver à des parages nouveaux, au Khoudoun, au Kissirtou, au fief d'Arashtoua', qui se partageaient les hautes vallées du petit Zab, du Hadanou, de la Tournât et de leurs affluents. Le roi partit de Kakzi celle fois encore, traversa le Zab, les gorges de Babiti, le Hadanou ; il tit halte sur les croupes du mont Simaki et réclama bruyamment le tribut du Dagara8, mais ce n'était

1. Sur le Nizir, voir ce qui est dit au t. I, p. 570, note 1 , de cette Histoire : le mont Kinipa est une îles parties du Nizir, le Khalkhalàn-dagh, à en juger d'après la direction que le bulletin de la cam- pagne paraît indiquer.

i Aucune de ces localités ne peu! être notée exactement sur la carte. Le mouvement général du récit semble indiquer seulement que le Bara était situé a l'Est du Dagara et qu'il lui confinait; le

Se trompera pas beaucoup en cherchant tous ces cantons inconnus dans les replis du kara-daiji. au caza de Souléimaniéh. Le mont Nishpi est peut-être le Séguirmé-dagh de nos jouis.

3. Annales d' Assournazirabal, col. 11,1. 23-49;cf. Peisek, Inschriflen Aschur-nûsir-abal's, p. 7 i - 7 ; > Le rédacteur assyrien parait avoir mêlé ensemble deux récits nu peu différents qu'il avait recueillis de celte campagne : il répète deux loi- les mêmes faits sans s'en apercevoir,

4. Le liel' d'Arashtoua, situé au delà de la Tournât, esl probablement le canton de Souléimaniéh

iII'immii, Geschichle Babyloniens und Assyriens, p 566-568); c'est en effet vers ce point seule ni

que le c s supérieur de la Tournât est assez, rapproché d.' celui du Radanou pour que les

marches d'Assournazirabal aient pris la direction indiquée par le scribe assyrien. D'après le récil des Annales d' Assournazirabal (col. II, I. 54-59), il me semble qu'il tant chercher le Khoudoun et le Kissirtou aii Sud de ce liel d'Arashtoua, dans les caza actuels de Goulanbar ou de Shehrizôr.

5. Les Annales d'Assournazirabal disent un peu plus lias (col. Il, I. 8"2-83) que le mont Simaki

n LA RENAISSANCE ASSYRIENNE KT LA LUTTE POUR LA SYRIE.

qu'une feinte destinée à tromper l'adversaire. Il choisit un soir les plus légers de ses chars et les meilleurs de ses cavaliers, galoppa l;i nuit entière sans débri- der, sauta la Tournai à l'aube et, fonçant toujours de l'avant, il déboucha l'après-midi du même jour sous les murs d'Ammali, au centre du fief d'Arash- toua'. La ville essaya vainement de se défendre : la population entière fut réduite en esclavage ou se dispersa dans les bois, les remparts furent démolis, les maisons incendiées. Le Khoudoun et vingl de ses villages, le Kissirtou et dix des siens, le Bara, le kirtiara, Dour-Loulloumé, Bounisa, ne résistèrent guère : l'invasion ne s'arrêta qu'en vue des défilés de Khashmar*. Cependant, le roitelet de Zamroii, Àmika, ne manifestait aucune intention de capituler. Il attendait l'assaut sans effroi, derrière le rideau de forêts et de chaînons sour- cilleux (jui le séparait du domaine de ses alliés. Quelques routes raboteuses, resserrées entre dos roches escarpées et le lit d'un torrent, donnaient accès aux rares vallées sur lesquelles il régnait; difficiles et dangereuses en temps de paix, elles étaient coupées pendant la guerre de barricades temporaires et dominées aux tournants par quelque château haut perché. Assournazirabal, revenu au camp, accorda du repos à ses troupes, puis il se retourna contre le Zamrou, mais il se garda bien d'en aborder de front les lignes formidables. Il découvrit entre deux des cimes du Lara et du Bidirei un sentier l'on n'imaginait pas que des chevaux pussent se risquer, ni des soldats cuirassés pesamment: il s'v enfonça en secret et il dévala sur Zamrou si brusquement qu'Amika eut juste le temps de s'enfuir, abandonnant tout dans son émoi, son palais, ses trésors, son harem, jusqu'à son char*. I n gros d'Assyriens courut à ses trousses par delà 1rs gués du Lallou, le battit en avant de l'Itini, puis, rebroussant chemin jusqu'au quartier général, repiqua aussitôt sur une piste neuve, franchit l'Idir, saccagea les plaines de 1 llaniou et du Souâni*. Assour-

s'étendait jusqu'à la Tournât, cl qu'il riait voisin du montÀzlra. Ce passage, rapproché de celui les débuts de la campagne sont racontés (col. II. I. 52-53), nous oblige a voir dans le mont Simaki et

dans le monl A/ira deux porl - de la chaîne de Shehrizôr, parallèle au Séguirmé-dagh, Le château

île Mizou, noté dans le premier de ces deux textes il. 82), serait peut-être le Gouràn-kaléb actuel.

1 Homme! pense qu'Ammalî es! peut-être la Souléimaniéh de nos jours [Geschichte Babyloniens /util Assyriens, \> 568); c'est, en tout cas, de ce coté qu'il convient d'en chercher le site

2. Je ne sais m l*Azmir-dagh n'a pas retenu le nom du mont Khashmar-Khashmir antique; c'est à ses pieds, probablement dans la vallée de Souléimanabad, qu'on doil placer les passes du Khashraar. Sur l'origine coss< enne de ce cl Fr In Lirzsi h, die Spraclie der Kossàer, p. 37-38.

;-(. Cette razzia, partie du même point que ta précédente, court vers l'Est, dans uni' direction opposée, et elle abouti! au umnl Itini. Quittant le fief d'Arashtoua aux environs de Souléimaniéh, Assournazirabal passe la chaîne «le l'Azmir-dagh vers Pir-Omar et Goudroun, il faut placer les

ni- Lara el Bidirgi, puis il débouche sur Zamrou; les seules place- qui paraissent convenir .i

Zamrou dans celle région sont le site de Kandishin et celui de Souléimanabad. 1-e Lallou es! alors la rivière qui passe a Kandishin et à Souléimanabad, el l'Itini la montagne qui sépare cette rivière du Tchâmi-Kizildjik.

4. Je crois reconnaître le nom de lllanion dans celui d'Alan que porte un district de la frontière

LE /. AMiil A RÉDUIT EN PROVINCE.

25

nazirabal désespérant d'atteindre Ainika le laissa se terrer parmi les halliers ilu iiuinl Saboua, et, faisant halte à Parsindou1, s'occupa d'y organiser sa conquête. Il logea des garnisons dans les villes principales, Parsindou, à Zamrou, a Aiakdi de Loulloumé qu'un de ses prédécesseurs avait surnommée Toukoulti-Ashshour-azbat8. J'ai saisi la -protection d'Assour : il muleta le pays environnant d'un tribut annuel en or, en argent, en plomb, en cuivre,

LE ZAB EN \\\VI DES l'Assis II ALAN, LILAMOL" ANTIQUE3.

in étoffes teintes, en bœufs, en moutons, en vin. Les légats des rois voisins affluèrent, ceux du Khoudoun, ceux du Khouboushkia, ceux du Gilzân, et le Nord entier du Zamoua s'inclina « devant l'éclat de ses armes » ; quelques razzias, poussées résolumenl vers le mont A/ira et vers le mont Simaki jusqu'à

turque et persane, situé entre le Koi kdji-dagh cl la ville de Serdesht. L'expédition, venant du fie,

d'Arashtoua, aurail doiic marché vers le Nord : l'Idir serait <'ii ce cas le Tchàmi-Kizildjik, el le mont Saboua la cha le montagnes qui domine Serdesht.

I Parsindou, nommée entre le mont tlaniou el la \ i 1 1 < de Zamrou, devail se trouver quelque pari dans la vallée du Tchâ mi-ki/ild ji k , vers Muurana.

-. Le site approximatif d'Arakdi esl indiqué par l'itinéraire mèi l'Assournazirabal (Annales,

col. II. I. 76-78); le roi vienl de /.ami'. m. aux environs de Souléimanabad, Franchit le monl Lara qui esl la partie septentrionale de I' Izmtr-dagh, ri arrive a Aiakdi. soil quelque pari dans le Sourtash. Au cours de la campagne précédente l [nnales, col. II. I 18-49), après avoir ravagé le Bara (cf. t. III.

p. 2:i, noie i. de cette Histoire), il était parti de cette me ville | r aller ravager le Nishpi

(cf. I. III, p. -l'A, de relie Histoire), re ijui e unie avec la position que je viens d'indiquer. I.e

site actuel de Bazian correspondrai! a~sr/ bien ii celui d'i ville destinée à > vrir de ce côté la

frontière assyrienne.

3. Dessin de Boudier, d'après une photographie tir M. tir Morgan', cf. .1. de Morgan, Mission ru l'erse, I. IV, pi. xxiv, ci i il, pi. m, le me site est figuré sens le nom de l 'allée du Petit '/.uU

il lié* lui si.

26 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

la Tournât, achevèrent la pacification du Sud. Il remarqua de ce côté une vieille ville d'Atlila' que Zibir2, un souverain antique de Kardouniash, avait bâtie, niais ijui avait été à moitié démolie par les barbares : il l'appela Dour- assour, la forteresse à"Assour, il s'y construisit un palais, des magasins, il y accumula des réserves de blé considérables, et il fit d'elle le boulevard le plus ferme de son autorité sur la marche cosséenne. Ses deux campagnes de 8X2 et de 881 avaient exigé les plus grands efforts et les résultats n'en avaient pas été également heureux. Les deux principaux de ses adversaires, Nourrammàn et Amika, lui avaient échappé et se maintenaient indépendants aux extrémités orientales de leurs anciens Etats. La plupart des tribus de la montagne n'avaient accepté sa suprématie que par provision, pour se débarrasser de sa présence; elles avaient été vaincues cent fois, mais elles n'étaient pas subjuguées, et dès qu'on cessait de les menacer elles reprenaient les armes. Seuls les districts du Zamoua, qui confinaient à la plaine assyrienne et qui avaient été occupés militairement, formèrent une province dont l'épaisseur, s'interposant entre les montagnards et les plaines du Zab, mit celles-ci à l'abri des incursions.

Assournazirabal, se sentant couvert de ce côté, n'insista pas et ramena ses bataillons à la pointe occidentale de sa frontière Nord. Il espérait sans doute y achever l'asservissement des nations qui lui disputaient encore diverses por- tions du Kashiàri, puis, avançant ses grand'gardes jusqu'à l'Euphrate et à l'Arzania, créer autour de la plaine d'Amidi une zone de vassaux ou de sujets aussi tutélaire que celle du Zamoua. 11 franchit donc le Tigre vers la source, aux gués traditionnels, et il chemina pacifiquement dans la boucle de l'Eu- phrate, du palais de Tillouli, le Koummoukh lui consigna les réquisitions accoutumées, à la forteresse d'ishtaràti, puis d'ishtaràti à Kibaki. Matiâté qui lui avait clos ses portes fut mise à sac, et ce châtiment stimula si fort le zèle des chefs du Kourkhi qu'ils s'empressèrent de le venir saluer à la station voi- sine de Zazaboukha; après quoi la promenade recommença, interrompue par des haltes fréquentes aux points les plus favorables pour lever une contribu- tion sur l'habitant '. 11 n'éprouva de difficulté réelle qu'aux versants Nord du

1. Donné sa position aux frontières de la Clialdée, Attila est probablement identique à la Kerkouk de nos jours.

2. Ilommel est porté à croire que Zibir fui le prédécesseur direct 'In Naboubaliddin, qui régnait à Babylone m même temps qu'Assournazirabal à Ninive [Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 570), et dont il sera question plus loin (cf. I. 111, p. 2s. .le cette Histoire), par i séquent un con- temporain île l'.aminàiiuiràri III et île Toukoultininip 11. Peiser el Rosi Tout identifié, connue nous lavons \n. avec Simashshikbou ; cf. t. III, p. 4, note s. de cette Histoire.

3. Aucune de ces localités n'est facile à placer sur la carie : elles devaient se trouver toutes entre le gué du finie c'est-à-dire entre Diarbékir et l'Euphrate, probablement aux pieds du Mihrab-dagh et du Kirouàntchémen-dagh. Matiâté jieut avoir été située à Tchernik (V. Ciivrr, la Turquie d'Asie,

QUATRIÈME CAMPAGNE D'ASSOURNAZIRABAL AU NAlKl. il

Kashiari, mais encore la fortune lui sourit : toutes les positions qu'on lui chicana cédèrent rapidement, même celle de Madara, malgré une quadruple enceinte1. Reposé à Toushkhàn, il en resortit un soir avec ses chars les plus légers et l'élite de ses cavaliers, les jeta de l'autre côté du Tigre sur des radeaux, chevaucha toute la nuit, et le matin démonta à l'improviste, devant Pitoura, la métropole des Dirréens2. Deux murs très épais l'enveloppaient, mais il les rompit en quarante-huit heures de travaux sans relâche : huit cents hommes périrent sur la brèche, sept cents autres furent empalés en avant des portes. Arbaki succomba ensuite à la limite du Ktrkhi, puis les Assy- riens, ayant pillé le Dirra, forcèrent les passes du Matni après un combat san- glant, se répandirent dans le Naîri, y brûlèrent deux cent cinquante villes et villages, et convoyèrent un butin immense à Toushkhàn. Ils y séjournaient depuis quelques jours seulement, lorsqu'on leur manda que le Bit-Zamàni, toujours impatient du joug, avait assassiné son prince Ammibaal et proclamé un certain Bourrammàn. Assournazirabal réprima l'insurrection dans Sina- bou3, cl il y conquit les dépouilles les plus riches, des chars tout parés, 600 chevaux de trait, 60 kilogrammes d'argent et autant d'or, 3000 kilo- gramnîes de plomb et autant de cuivre, 9 000 kilogrammes de fer, des étoffes, (1rs meubles en or et en ivoire, 2 000 taureaux, 500 moutons, le harem entier d'Ammibaal cl une foule de filles nobles avec leur trousseau : il écorcha Bour- rammàn et il bu choisit comme successeur Artianou, son frère. Sinabou et les bourgs de son cercle appartenaient au réseau de colonies que Salmanasar Ier avait tendu jadis pour contrarier les incursions des peuples du Naîri : il y rassembla ce qui subsistait des vieilles familles assyriennes, leur distribua des terres, leur rendit la garde de leurs châteaux. Les résultats de cette mesure ne tardèrent pas se faire sentir : le Shoupria, l'Oulliba, le Nirbou, d'autres cantons

t 11. |> i'i-2- 193), Tillouli vers les environs du lac Gueuldjlk. Rawlinson place Matiâté à Midiâd [the Five Gréai Monarchies, - éd . III. p. ki ; ) . ce qui ni- convient pas aux données du texte assyrien.

1. Madara appartenait à un certain Lapl i. fils de Toubousi, dont il avail été question dans la

campagne de la deuxième ; ie i [nnales, cul il. I 12-13), En réunissant les il iées des deux

passages, dm voit qu'elle étail située sur le liane Est 'lu Kashiari, non loin «le Toushkhàn d'une part ei d'Ardoupa, c'est-à-dire peut-être de Mardtn lit. t Ml, p. 21, note 2, de celle Histoire), 'le l'autre. Le site d'Ortavéran répond assez bien a ces c litions, ou l'un îles tells \oisins d'Ortavéran.

2. D'après les détails que fournissent les Annales d'Assournazirabal, col. II. I 103-110, on doit

placer la ville de Bitoura-Pitoura ; - trentaine 'le kilomètres environ 'le Karkh, au delà du Tigre,

dans la direction du N.-E., et par suite le pays 'le Dirrâ entre le Hazou-tchal et le Batman-tchat.

I.e Matni, donl les passes conduisent au Naîri, 'loi! être eu ce cas le pâté 'le i tagnes situé au

Nord de Mayal'arrikln, le Dordoséh-dagfa ou le Darkôsh-dagh.

3. Hommcl [Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 575) estime que Sinabou est très probable- ment identique a la Kinabou dont il a été question plus liant (cf. t. III, p. 19, note -2, île cette Histoire); niais il résulte du récit même d'Assournazirabal i [nnales, col I, I 102-110) que celle Kinabou étail dans le canton de Khalzidipkha (Khalziloukha), sur le Kashiari, tandis que sinabou était dans lu Bit-Zamani [Monolithe </<■ Kourkh, I. 12-42, complétant Annales, col il, H8-125).

28 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE F.T LA LUTTE POUR LA SYRIE.

encore acquittèrenl leurs redevances, el Shoura du Khamanou1, qui ne se pres- sait poinl de céder au mouvement, y lui prestement contrainte* (880). Si haut qu'où prisât le gain de cette campagne, il fut dépassé par celui de la suivante. Les Araméens «lu Khabour el de l'Euphrate moyen n'avaient pas vu sans inquiétude le réveil des énergies ninivites : ils avaient mendié un appui contre elles auprès du pouvoir rival, et deux de leurs tribus principales, les Zoukfai et les Laqî, s'étaient adressées au souverain qui régnait sur Babylone. C'était un certain Naboubaliddin, ambitieux, remuant, et qui ne demandait pas mieux que de susciter des ennemis à son voisin, pourvu que son intervention ne risquât point de l'impliquer dans la guerre ouverte : il dépêcha au prince de Zoukhi ses meilleures troupes cosséennes, sous les ordres de son frère Zab- dànou et d'un des grands officiers de la couronne, Belabaliddin*. Au printemps de 87!*, Assournazirabal voulut en finir une bonne fois avec ces intrigues. Il inspecta d'abord les citadelles qui flanquaient la ligne du Kharniish'' el du Khabour, Tabiti'. Magarisi6, Shadikanni, Shourou de Bît-Khaloupi, Sirki7. Entre l'embouchure du Khabour et celle du Balîkh, l'Euphrate se promène à travers un vaste plateau rave de collines marneuses. La rive gauche reste stérile et sèche, ombragée à de rares intervalles par des bois clairs de peupliers ou par des bouquets de palmiers; la rive droite est sillonnée de vallées fertiles, arrosées suffisamment pour se prêter à la culture des céréales et à l'élevage des bestiaux. Le lit est large en général, mais semé de roches erratiques el de bas-fonds qui en rendent la navigation périlleuse: il se resserre vers les ruines

1 Shoura est mentionnée au retour du X'aîri [Monolithe tic Kourkh, 1. 52), soit sur la route qui menait d'Amidi et de Toushkhàn à Ninive. Homme! se croit obligé de reconnaître l'Amanos de Cilicie dans le pays de Kham; u, el il admet, à contre-cœur, qu'Àssournazirabal poussa une pointe au- delà de l'Euphrate [Geschichle Babyloniens und Assyriens, p. 575-576). Je cherche Shoura el par conséquent le Khamanou dans le Tour-Abdtn, et je les trouve au site de Saour (Sachau, Reise in Syrien und Mesopotamien, p. 121). malgré la différence des deux articulations initiales.

2 Annales à" Assournazirabal, col. II. I. 86-125, complétées par le texte du Monolithe de Kourkh, I. 42-54; cf. Peisek, Inschriften Aschur-nâsir-abal's, dans la Keilinschriflliche Bibliothek, t. I. p. 84-95.

.; [nnales d' 'Assournazirabal, col. 111. I. 17-20, dans la Keilinschriflliche Bibliothek, t. I. p. 08-99 4. Le Kharniish .i été identifié avec le Hirmâs, la rivière qui passe à Nisibe, aujourd'hui le Nahr- Djaghdjagha (G. Rawlinson, the Five Great Monarchies, t. II. p. st. note -2. Schrader, Keilinschriflen und

Geschichtsforschung, p. 140-532). Nôldeke «Tarte ce rappi bernent, en rappelant que Hirmàs esl

une abréviation de Nahr-Màs [Z. il II M. I',.. t. XXXIII. p. 328); Hommel fait remarquer très juste- ment {Geschichle Babyloniens und [ssyriens, p. .'«77, noie 2), que Sahr-Mâs esl l'interprétation popu- laire du vieux nom de Hirmàs, el il maintient à 1 Iroil l'identité du Hirmàs avec le kharniish.

:;. Tabiti est, ainsi que Hoi I l'a indiqué [Geschichle Babyloniens mol Assyriens, p. 577), la

Thebeta-Thebel des itinéraires r ains et 'h'- écrivains syriens (Nôlheke, zwei Vôlker Vorderasiens,

dans la Z. d. Il- M G . I XXXIII. p. 157-158), située, d'après la Table «le Peutinger, ï 33 milles de Nisibe el à ■'■•2 de Singara, sur le Nahr-Hesaouj ou sur l'un des ouadys voisins.

6. Magarisi doil se trouver sur le Nahr-Djaghdjagha actuel, vers le poinl relie rivière recueille les eaux du Nahr-Djerrâhi el de ses affluents; par malheur, cette partie de la Mésopotamie esl encore presque entièrement inexplorée, et la carte n'en a pas été dressée de façon satisfaisante.

7. Sirki esl Circésium à l'embouchure du Khabour, ainsi «pu- Fox Talbot l'a reconnu le premier [Assyrian Texls, p 31).

CAMPAGNE D'ASSOURNAZIRABAL SUR L'EUPHRATE.

29

de Halébiyèh, il s'enfonce dans les collines d'Arabie, et il y creuse un véri- table défilé, long de trois à quatre cents pas, que les pilotes n'affrontent qu'avec précaution1. Assournazirabal chemina sur la rive gauche en quittant Sirki, et il rançonna plusieurs villages, Zoupri, Naqarabâni; ça et là, il ordonnait la halte en face de quelques villes situées sur la berge opposée, niais les barques <|iii auraient pu l'y conduire avaient été retirées et les gués étaient gardés trop bien

'LES CAMPAGNES

D'ASSOURNAZIRABAL EN MÉSOPOTAMIE.

pour qu'il s'enhardit à les brusquer. L'une d'elles, khindàni, lui fit un cadeau volontaire qu'il affecta de considérer comme un tribut, mais kharidi et Anat ne semblèrent pas soupçonner sa présence, et II continua sa route sans avoir obtenu rien d'elles qui semblât une marque de vasselage*. A Shourou enfin, le

I. Chismv, the Expédition of Ihe Survey of the Rivers Euphrales and Tigris, I. I, |>. 48-49, 117- •ilM, Peters, Piippur or Explorations mut [dventures on the Euphrates, l l. p 108-114, C'esl à ce

défilé d'el-Hi aéh (Homhel, Geschichte Babyloniens und [ssyriens, p. 577) el non pas à celui «le

Biredjtk au débouché du Taurus (ûemtzsch, Wo ln</ das Paradies? p. l~:it qu'il Paul placer les Khinqi s/tu Pourâti les étranglements «le l'Euphrate don! il esi plusieurs fois question dans le récit de la campagne ( \nnales d' Assournazirabal, col. lu, I 29-30, iii. Voir l'aspcd que le pays pré- sente en cel endroit, sur la vignette reproduite au to II. p. 25, <l<- cette Histoire.

i. Le récit détaillé «les Annales (col. III, I. 13-14) nous apprend qu'Assournazirabal campa sur une

montagi ntre Khindânou et Bit-Shabaia, el ce renseignemenl s permel «le placer par ii peu près

sur la carte les localités ntionnées dans cette campagne. La montagne en question ne peut-être

(Tel qu'el-llaninn'li, l;i seule qu'on rencontre sur relie rive «le L'Eupbrate entre les confluents «le

l'Euphrate et «lu Khabour (Homhel, Geschichte Babyloniens mut Assyriens, p. '■>'>'}. Khindâm ~i alors

la ruine «le Tabous, la Dabausa «le Ptolémée (Sachau, fieise in Syrien, p. 267-269, "Peters, Nippur,

l. I. p. 108); Zoupri el Naqabaràni s'échel -ul dpnc entre ce poinl el Sirki, la première vers

Tayébéh, la seconde \<ts el-Hosélniéb. D'autre part, les mines «lu Kabr Abou-Àtîsh (Sachau, lieise in Syrien, p. 255-256, Peters, Nippur, I. I, p. 108) conviendraient fort bien à Bit-Shabaia : le nom d'Abou-Sbé que portent les \rabes du voisinage serait-il un souvenir «le celui «le Shabaia? Kharidi doil alors être cherché sur la berge opposée, vers Abou-Soubàn el Aksoubi, Chesnej [the Expe-

30 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

prince de Zoukhi, Shadoudou, confiant en ses Cosséens, lui offrit la bataille : il le vainquit, prit le frère du roi de Babylone, s'introduisit dans la place après un assaut de deux jours, puis regagna l'Assyrie avec les dépouilles1. C'était presque un échec : les Araméens franchirent l'Euphrate à leur tour, sitôt qu'il ne fut plus là, et ils ravagèrent les plaines du Khabour2. Assournazirabal ne voulut rentrer en campagne qu'après s'être procuré les moyens de pénétrer au cœur du pays ennemi. Il construisit une flottille à Shourou de Bît-Khaloupi et il y embarqua ses troupes. le fleuve était d'une navigation trop difficile, on tirait les bateaux à sec et on les halait sur des rouleaux le long des grèves, jusqu'à ce que l'obstacle tût tourné; moitié flottant, moitié marchant, il remonta les gorges de Halébiéh, atterrit à Kharidi et punit les cités qui avaient bravé sa colère peu de temps auparavant. Il ruina Kln'ndànou, Kharidi, Kipina; il battit les Zoukhi, il battit les Laqi, il les pourchassa le long du mont Bisourou, deux jours durant, jusqu'aux frontières du Bit-Adini '. La soumission fut complète et il en assura la perpétuité en édifiant deux citadelles qui sur- veillaient, l'une, Karassournazirabal, la rive gauche, l'autre, Nibartiassour, la rive droite de l'Euphrate1.

Cette dernière expédition l'avait mis en contact avec le plus considérable des Etats Araméens qui pullulaient dans les régions occidentales de la Mésopotamie. Le Bit-Adini était posé à cheval sur l'Euphrate moyen5. Il possédait à droite,

dition 0/ the Survey, I. 1. carte) signale des débris antiques. Une journée de marche au delà du

Kabr Abou-Âllsh nous mène vers el-Khass, m bien que la ville d'Anat (Mat chez Peiser, Inschriften

{schur-tidsir-abal's, p. 98-99) serait dans l'île de Moglah, comme le suppose Homme] {Geschichte

Babyloniens und Assyriens, p. 57). Shourou serait enfin quelque pari vers l'un des deux Tell-Ména-

khir, en avant du Balikh.

1. Annales d' Assournazirabal, col. III. 1. l-lii; cf. Peiser. Inschriften Aschur-ndsir-abal's, p. 96-99

"2. Les Annales ne donnent pour celte expédition nouvelle ni nom de limmou, ni date d'aimée

(col. lit. 1.26-28). L'ensemble des faits prouve qu'elle est la suite de la précédente et qu'il convient

par conséquent de lu placer en 878 (Tirle, Babylonisch-assyrische Geschichte, p. 174-175, Hommel,

Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 578, Delitzsch-MBrdter, Geschichte Babyloniens und

Assyriens, 2' éd., p. 164-164, Winckler, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 184-185).

3. La campagne de 878 a pour théâtre unique la partie de l'Euphrate comprise entre le Khabour et le Balikh, et non. comme le pense Hommel (Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 578), le c - de I Euphrate en axai de l'embouchure du Khabour; celte l'ois pourtant les opérations princi- pales uni lieu sur la rive droite. I.e mont Bisourou étant le Djebel-Bishri (Hommel, Geschichte Baby- loniens und. Assyriens, p ;.7:i), la ville de Kipina, qui est nommée entre lui et Kharidi, doit être placée entre Maidàn el Sabkha.

4. Annales d' Assournazirabal, col. III. I. 26-50, le récil est confus et contient peut-être des erreurs de lait, ainsi que Tiele l'a reconnu (Babylonisch-assyrisclie Geschichte, p. 184-185). I.e site des deux villes n'est indiqué mille part, mais l'élude de la carte montre que les Assyriens ne pou- vaient être maîtres <lu pa\s qu'à la condition d'occuper les passes île l'Euphrate : je penche à croire que Karassournazirabal est el-Halébiéh, Nibartiassour Zalébiéh, la Zénobia d'époque romaine. (X sur le- ruine- de ces \illr- Sachau, Reise m Syrien und Mesopolamien, p. 256-259, et Peters, Nippur or Explorations und Adventures un the Euphrates, t. I, p. 109-114.

'. Cf. ce qui a été dit déjà au t. Il, p. 590, note 9, de relie Histoire. Le Bit-Adini parait avoir occupé sur la rive droite île l'Euphrate une partie des cazas d'Ain-Tab, de Roum-kaléh el de Birédjîk, celui de Souroudji, moins la nakhiéh de Harrân, la plus grande portion des cazas de Membîdj et de Rakkah, des parcelles du caza de Zùr, tels que ces cazas sont représentés sur les caries de Vital CnsEr, Turquie d'Asie, 1. 11.

SOUMISSION DU BÎT-ADINI. 31

au nord de Carchémis, entre les collines du Sadjour et l'Arabân-Sou, un canton montueux, mais fertile, parsemé de villes et de châteaux, Pakarroukhbouni, Soursounou, Paripa, Dabigou, Shitamrat1. La capitale, Toul-Barsip, s'étalait sur la rive gauche, aux gués de la Birédjik actuelle'2; tout le terrain compris entre elle et le Balikh dépendait de ses princes, et leur autorité atteignait même à l'Est, jusque dans le désert de Mésopotamie, le plateau basaltique du Toul-Abâ. Au Sud-Est, le Bît-Adini touchait les Zoukhi et les Laqi :, à l'Est l'Assyrie; d'autres seigneuries, araméennes pour la plupart, le bornaient au Nord et au Nord-Ouest, le Shougab dans le coude de l'Euphrate, de Birédjîk à Samosate', le Toul-Abni autour d'Ëdesse5, le pays de Kharrân8, le Bît-Zamani, l'Izala dans le Tektek-dagb et sur le Haut-Khabour7, le Bît-Bakhiâni dans la plaine, du Khabour au Kharmîsh8. Le Bît-Zamani appartenait à l'Assyrie par droit de conquête, depuis la mort d'Ammibaal9; l'Izala et le Bît-Bakhiâni axaient rempli leurs devoirs de vassaux, chacpie fois qu'Assournazirabal s'était montré à proximité de leurs cités"' : le Bît-Adini restait seul libre, mais avec l'apparence de la force plus qu'avec la réalité. Les contrées sur lesquelles il dominait n'ont jamais pu offrir une assiette solide à un Etat puissant". Si par hasard-un royaume s'y développe, qui réunisse sous une même autorité toutes les oasis répandues à travers la plaine brûlée et le long des rivières, la pre-

1. l'n. Demtzsch, Wo lag dus Parodies? p, 264 aucune de ces localités ne peul être placée actuel- lement sur la carte, saut peut-être Dabigou, donl le nom se retrouverait dans celui du village mo- derne de Dehbek.

2. L'identification de Toul-Barsip avec Birédjik, proposée par G. Smith, Assyrian Biscoveries, p 34, a été adoptée par Schrader, Keilinschriften und Gest hichtsforschung, p. 219, noie i. puis par Delitzsi h. Il <j lag das Parodies? p. 163, et par Hoksiei . Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 607.

:;. Assournazirabal avait dans sa campagne pré* * dente pris deux \ Mes .lu Bit-Adini, situées sur la ri*'1

droite il<- I Euphrate, a l'extrémité orientale du monl Bis :f . pour cette montagne, ce qui esl

il il au t. ni, p 30, note 3, de cette Histoire), pris de la frontière des Laqi [Annales, col. III, I. 1 l-l i >

1 l.i' pays de Shougab esl mcntii '• cuire Birédjik-Toul-Barsip cl le Bit-Zamani, pendant une des

campagnes de Salmanasar III (Monolithe, col II. I. 10-41), ce qui nous oblige à le placer dans le caza

de Roum-kaléh ; le nom a été lu Su (VVinckler, ïnschriften Sahtiinittssur's II, dans Sihkuih:.

Keilinschriftliche Bibliothek, I. I. p. 164-165).

.'j. Le Toul-Abnî, cherché d'abord vers les - 'ces du Tigre (Si brader, Keilinschriften und Geschichts-

forschung, p. 195, note i), a été ramené à la plaine mésopotamienne par II I (Geschichte

Babyloniens und Issyriens, p. 579, noie 3) et par Delattre (l'Asie Occidentale, p. 18-19). La place i|u'il occupe dans les nomenclatures (Annales d' Assournazirabal, col, III. I. 55-56, fiit-ii'o nous oblige à le mettre au contact <lu Bit-Adini et du Bit-Zamani : je ne lui vois d'autre site possible que celui d'Orfah, L'Édesse des temps classiques.

fi. I.e pays de Kharrân n'est ntionné nulle part comme appartenant soil au Bit-Adini, soil au

Toul-Abnl : on doit en conclure qu'il formail à cette époque une petite principauté indépendante de ces deux ïltats.

7- Cf. ce qui est ilil de ce pavs d'Izala |>lus haut, au t. III. p. 19, noie i, de celle Histoire.

8. La position du Bit-BakhiânJ non- esl fournie par la place même qu'il occupe dans le récil de la campagne, el par les nom- auxquels il esl associé dans un autre passage des Annales d Issourna- iirabal, col. II. I. 21-23 (Schrader, Keilinschriftliche Bibliothek, i l. p. 74-75).

9. Cf. la menti pu esl faite de ce personnage plus haut, au t. III, p 21, de celte Histoire.

10. [nnales a* Assournazirabal, col. I. I. 106, col. Il, I. -2I-i:i.

11. Ce point a été mi- en lumière par Nôldeke, Harrân, dans la Zeitschrift fur Issyriologie, t. XI, p. 107-109; cf., contre l'opinion de Nôldeke, Winckler, [Uorientalische Forschungen, t. I, p. 380 sqq,

:!-2 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

mit Te dynastie <-i)iit]ui'i;ml<' qui suivit dans le voisinage a vite fait de l'abaisser et de le ranger smis son hégémonie. Le Mitâni, sauvé par l'éloignement d'un asservissement à l'Egypte, n'avait pu se dérober à la suprématie des Khâti'; le Bit-Adini s'effondra presque sans lutte sous la poussée des Assyriens. Les massifs volcaniques de I Ouràa et <lu Ïoul-Abâ l'abritaient contre leurs entre- prises et leur barraient la route directe entre les marches <lu khabour et la banlieue de Toul-Barsip. Assournazirabal, qui aurait pu tourner celte ligne de défenses naturelles au Nord par le Nirbou, au Siul par sa province nouvelle du Laiji. préféra l'aborder de front : il brava le désert, et malgré la sécheresse il investit la citadelle la plus forte du Toul-Abâ, au mois de juin 877. Elle s'appelait kaprahi, et ses habitants l'estimaient inexpugnable, accrochée qu'elle était aux liants de la montagne, « comme un nuage au ciel'2 ». Il en démolit les murs par la sape et à coups de bélier, y tua 800 soldats, brûla les maisons, rafla ^400 hommes avec leurs familles et les installa dans un des faubourgs de Kalakh. Akhouni, qui régnait alors en Bit-Adini, n'attendit pas que l'inva- sion se propageât plus loin : il livra des otages, paya la paix d'un tribut; le seigneur de Toul-Abni en agit de même, et la domination assyrienne se trouva reculée du coup aux frontières des Khâti3. 11 y avait deux siècles environ qu'As- sourirba les avait repassées vaincu, mais le souvenir de sa défaite demeurait aussi présent qu'au premier jour dans la mémoire du peuple', comme un aver- tissement pour le souverain qui voudrait courir les vieilles aventures et renou- veler les exploits de Sargon d'Agadé ou de Tiglatphalasar. Assournazirabal prépara avec grand soin cette campagne décisive pour le prestige de son nom et pour l'avenir de son empire. Il emmena avec lui le plus qu'il put de troupes indigènes, puis il réquisitionna sur son chemin les armées de ses vassaux les plus récents, et il les embrigada dans la sienne, moins peut-être afin d'aug- menter sa puissance d'action qu'afin de ne laisser aucune force sur ses der- rières, lorsqu'il serait aux prises avec les légions syriennes. Il quitta Kalakh dans les derniers jours d'avril 876s, perçut les taxes de coutume sur le l!it-

l. Cf., sur ces faits, ce qui es) 'IH | > « haut, au i 11. p 358, 590, ■!<■ cette Histoire.

-2- Le i -i interprété ordinairement Uoclie-grosse, et coupé Kap-rabi (Fr. Delitzsch, Wo lag das

Parodies? p. 264, Hoxmel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p 579), On peut aussi le considérer comme étant formé, de même que Kapridargila (Fr. Delitzsch, Wo /»;/ das Parodies? p. 264 ou Kapranishà \imalcs à Issournazirabal, col. II. I 89), de Kaprou el A'abi; ce dernier élément

semble se retrouver dans le a antique de Telaba, Thallaba, aujourd'hui Toul-Abâ. Kapr-abi serait

un château ilu canl le Toul-Abâ.

:;. Annales d' Assournazirabal, col. III, I. 50-56;cf. Peiser Inchriften Aschur-nâsir-abal's,p. 102-105.

i. Cf., sur Assourirba, ce qui est <lit au t- 11. p. 665, de cette Histoire. La mention de sa défaite non- est connue seulement par un passage du Monolithe de Salmanasar III il. 37-38). '

."i. Le s lyâr [Annales, col. III, I. 56), -.-m* indication il<- limmoii, ni numéro d'année "ii de cam-

LA SYRIE DU NORD AU DÉBUT DU NEUVIÈME SIÈCLE;

33

CAMPAGNES

D'ASSOURNAZIRABAL

en SYRIE.

& 3.

Bakhiâni, sur l'Izala, sur le Bît-Adini, chevaux, argent, or, cuivre, plomb, étoffes précieuses, vaisselle de cuivre, meubles d'ivoire; arrivé à Toul-Barsip, il v agréa les présents du Toul-Abnî, et, franchissant l'Euphrate sur des radeaux d'outrés gonflées, il lança ses colonnes contre Carchéniis1.

La constitution politique de la Syrie du Nord n'avait guère varié depuis le jour Tiglatphala- sar avait entamé le pays en vainqueur. L'empire cilicien, qui avait suc- cédé à l'assyrien , si jamais il eut l'étendue qu'on lui soupçonne, ne dura pas assez longtemps pour modifier l'équili- bre des races. Il avait pu les asservir momentané- ment, mais non les dés- agréger et les amalgamer à neuf2 : les petits Etats s'étaient retrouves in- de sa chute, et ils se par- nant comme par le passé, égyptien, le plateau de phrate, les forêts et les neux de l'Amanus, les naux du Taurus, les

tacts au lendemain tageaient, mainte- e vieux Naharaîna l'Oronte à l'Eu- bas-fonds linio- versants méridio- plaines de la Oïl î—

cie. Le plus glorieux, mais non le plus à craindre, celui à qui le nom des Khâti demeurait lié indissolublement, avait Carchémis pour capitale. L'antique cité trônait toujours aux grèves de son fleuve, et elle n'avait rien perdu de sa richesse ou de s;i sainteté, mais son domaine s'était diminué : le Bît-Adini s'intercalait entre elle et le Koiiininoiikli, Ara/.ik la serrait au Sud, kha/.azou et

pagne; la date de 876 esl admise par la plus grande partie des historiens (Ed. Mever, Geschichte des Alterthums, i I. p. 109, Hommel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 580)

1. Annales d' Assournazirabat, col. III, I. 56-64; cl" Peiser, die Inschriften Aschur^nâsir-abaVs, p 104-105.

2. Pour l'état de la Syrie au temps ilrs guerres de Tiglatphaïasar I", voir <t <|ni esl ilil au I. 11. I>. 588-592, 656-658, de cette Histoire; cf., au sujel de l'empire cilicien, les pages 667-669 du même volume.

IIIsT \\< . DE L ORIENT. T. III.

•'!'. I. \ RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

Khalmàn la bornaient à l'Ouest, et son influence ne s'exerçait librement que sur le bassin du Sadjour1. Le Gourgoum confinait au Khàti vers le Nord-Ouest; ses princes résidaient à Marqasi, et ils détenaient le cours moyen du Pyramos avec le bassin entier de l'Ak-sou. Le Mikhri*, l'Iaoudi, le Samalla se canton- naient dans la vallée de la Salouara et dans les forêts de l'Amanus, au Sud du Gourgoum. Le Qouî continuait de végéter aux pâturages de Cilicie, vers les embouchures marécageuses du Pyramos3. Au Sud du Sadjour, le Bit-Agousi' s'étirait comme un verrou en avant de l'Oronte : «lu haut de leur donjon d'Ar- pad, ses chefs épiaient la route des caravanes 'et ils la barraient ou ils l'ou-

BAS-RELIEF D'UN DES ÉDIFICES HE SINDjlRLI5.

vraient à leur gré. Ils gardaient entre leurs mains les clefs de la Syrie, et leur position était si forte que, malgré l'exiguité de leur territoire, la plupart des généraux assyriens préférèrent pendant plus d'un siècle et demi fléchir légère- ment vers l'Ouest et l'éviter, au lieu de se buter à lui de face. Quelques sei- gneuries moindres étaient disséminées sur le plateau à côté de FAgousi, ou se cachaient dans les replis de l'Amanus, la plupart aux ordres du souverain le

1. Le site du Khàti a été déterminé fort nettement par Schrader, Keilinschriften und Gesckichts-

forschung, p. 221-236; Ass 'nazirabal entend ce n du seul royaume de Carchémis (Fr. Delitzsch,

Wo lag dos Parodies? p. 269-270).

2 Miklni ou Ismikhri, le pays des mélèzes, était le nom d'une partie de l'Amanus, peut-être au voisinage du Pyramos (Hojimel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 530-531 ; cf. Delattre, l'Asie Occidentale <luns 1rs Inscriptions cunéiformes, p. 50).

■\. Sur ces !►;■>— de Gourgoum, de Samalla el de Qoui, cf., outre ce qui a été ilil au t. 11. p 590, de cette Histoire, Sachau, Inschrifl (1rs Kônigs Panammû, dans les Ausgrabungen in Sendschirli, t. I, p. 58-50, el Win. m n;. [Itorientalische Forschungen, t. I. p. I sqq.

-1. Le nom réel 'lu pays était Iakhànou {Annales d'Assournazirabal, col. III. I. 77), mais on l'appe- lait Blt-Gousi ou Bit-Agousi, ci e Bit-Adini, Bit-Bakhiàni, Blt-Omri, d'après le fondateur de la

dynastie qui y régnail (Schrader, Keilinschriften nul Geschichtsforschung, y. 207, note). Delattre l'Asie Occidentale dans 1rs inscriptions assyriennes, p. .'»2-.'>:>j place l'Iakhànou vers les sources du Kara-sou el de l'Afrln; il faul plutôt le localiser au Sud d'Azaz, au voisinage d'Arpad, el avec cette ville pour capitale (Winckler, Altorientalische Forschungen, I. I. p. s. Maspero, Notes au jour le jour, g Si, dans les Proceedings >U- la Société d'Archéologie biblique, 1898, t. \\. p. 131-133).

5. Dessin de Faucher-Gudin, d'après le croquis de Perrot-Chipiez, Histoire <lr l'art dans l'Anti- quité, t- lv. p .,;;;. cf. Luschan, Ausgrabungen m Sendschirli, i I. p 11.

LES ETATS SYRIENS

LEUR CIVILISATION.

plus puissant que l'on connût alors dans la région, Lôubarna, roi du Patinou. Le I'atinou avait hérité, ce me semble, de l'Alasia des temps égyptiens, comme le Bit-Adini du Mitâni; au Sud du Samalla, les grasses prairies d<' l'Afrin et du Bas Oronte relevaient de lui, |>uis la montagne entre l'Oronte et la mer jusqu'au voisinage de l'Eleuthéros. Il rejoignait, vers le Sud. le groupe des premières cités phéniciennes, Arad, Arka, Sina, vers le Sud-F.sl celui des cita-

IN VILLAGE À HOTTES CONIQUES, IUIBIUN, SUR LK PLATEAU d'aLEI'1.

délies hamathéennes et damasquines*. La contrée n'avait rien perdu de sa phy- sionomie d'autrefois3. <m y rencontrait toujours la même abondance de villes fortes et ces grands villages clos de murs, dont les toits arrondis en coupole découpent leur silhouette étrange sur l'horizon aujourd'hui encore. Les mœurs et la civilisation de la Chaldée prévalaient plus que jamais dans les petites cours, mais la tradition asianiquey persistait vivacechez les artistes, et les lias- reliefs dont ils ornaient les palais ou les temples ressemblaient beaucoup à ceux qu'on recueille parmi les ruines de l'Asie Mineure'; c'est le même dessin incorrect, la même rudesse d'exécution, la même composition flottante et gauche. Les scribes conservaient le syllabaire, par routine, et ils en usaient

I Dessin de Bouclier, d'après lu photographie publiée par Petkrs, yippur or Explorations >in<l Adventures on II"' Euphrates, t. I. \>. si. il Layard, Nineveh and Babylon, p. 94.

l Pour If Patinou, cf. ce qui esl <lil au l II. |> 389, de cette Histoire. Les limites de ce i>;i\-- nui été indiquées par Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. -2li--2u2l, [mis pur Delattre, / \sie Occidentale dans les inscriptions assyriennes, p i .-. ri en dernier lieu par Winckler, Alt- orientalische Forschuiigen, I. I. p. :i sqq.

3. Cf., sur l'étal du pays au temps de la première c [uète assyrienne, ce qui esl 'lii plus haut,

.m i. il. |i :,sx sqq., de cette Histoire.

i Cf. ce qui est 'lit de <•<'! arl asianique plus haut, au i II. p 6.i7-G53, de cette Histoire.

36

LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA Ll'TTE IMH !R LA SYRIE.

pour certaines de leurs inscriptions officielles en l'honneur des princes on des dieux, mais le maniement en était difficile et les ressources bornées; malgré tout, l'idiome des immigrants araméens et l'alphabet d'origine phénicienne éliminaient de plus en plus la vieille écriture et la vieille langue1. Ces Syriens

^r*r**rJ^^X%\ l'u ^01'd en arrivaient ^^T^f^f^'H-^^A ■■^^■''''^'•'■^yVf"--£ - donc peu a peu a s assi- miler aux gens de Baby- lone et de Ninive autant que les habitants d'une province éloignée à ceux d'une capitale, leur cos- tume et leur train de maison , leur outillage agricole et industriel, leur équipement et leur organisation militaire '. Leurs armées compre- naient les mêmes élé- ments, archers, piquiers, frondeurs, et ces bandes de cavaliers qui accom- pagnaient les charriers dans les expéditions ra- pides3; les chars, d'ail- leurs, étaient construits sur le modèle des assyriens, jusque dans ce détail de Fais étoffé et décoré de broderies qui soudait la caisse a l'extrémité du timon. Les rois ne coiffaient point la tiare, mais ils revêtaient la robe longue, ourlée de franges, ajustée à la taille par une ceinture, et leur vie, ses fonctions, ses corvées, ses amusements,

l II n'y a aucun monument qui porte une inscripti :onçue dans cet alphabel et qu'on puisse

attribuer de manière certaine au temps d'Assournazirabal, mais les textes des rois de Samalla ne son! postérieurs que d'un siècle et demi au plus (Sachau, Inschrift des Kônigs Panammû, dans les [usgrabungen in Séndschirli, l. I. p. 81-84); ce u'esl pas être tro,p hardi que de considérer l'alphabet araméen comme umu-I dans la Syrie < 1 1 Nord au début ilu i\" siècle, quelque quarante ans avant la date de l'inscription de Mésha.

•2. On peut juger de leur état social par l'énumération des < > I > j < l s qu'ils payaienl en tribul [Annales il Issournazirabal, col. III, I. 65-68, 71, 7:j-7tî, 7S; Monolithe de Salmanasar III. col. I. I. il. col. II. I 12-13, 20-30, 82-86), ou des butins que les i"is d'Assyrie rapportaient de chez eux.

3. La composîtî les armées syriennes nous est fournie par divers passages des Annales

d'Assournazirabal, col. III. I. 68-69, 77.

i. Dessin de Boudier, d'après un bas-relief inédit, découvert par Fossey et par Perdrizet.

I.K (MAI; Ht 1,1 H1I;k [iFS KHAÎl AI IV SIECLI

LES ARTS, LES ARMÉES ET LES RELIGIONS SYRIENNES.

37

ne se distinguaient guère de celle qu'on menail aux palais de Kalakh ou de Babel; ils traquaient la grosse bète et le lion, selon les règles de vénerie usi-

I.K (.mit ni: GUERRE ASSYRIEN, M IX" SIECLE1

tées à Ninive, et ils s'enorgueillisaient tout autant de leurs exploits à la chasse que de loues triomphes à la guerre. Leur religion dérivait du fonds commun

tSWïïr

IN ROI DES kiuil CHASSANT LE LION SUR SOS CHAR*

des religions sémitiques, mais un bon nombre des divinités babyloniennes y etaienl adorées qui s y étaient introduites de toutes pièces ou nui s'étaient

1 Dessin de Faucher-Gudin^ d'après un des bas-reliefs en bronze de la porte de Balawât. i. Dessin de Boudier, d'après I" photographie de Hogarth, publiée dans le Recueil de Travaux^ t. XVII, p. 25.

I A RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

superposées à des dieux plus anciens caractère analogue : à Néràb, dans le Patinou, Nouskou et sa compagne Nikal, chaldéens l'un et l'autre, se disputaient l'hommage des fidèles à l'envi de Shahr, la lune, et de Shamash, le soleil'. Les cultes locaux s'adressaient souvent à des personnages obscurs ou négligés des nations dominantes : le Samalla vénérait de la sorte Ourou, la lumière, Rékoubêl, le vent, la monture d'El, sans parler d'El, de Resheph, d'Hadad et des Cabires, acolytes de Resheplr. Ces dieux s'accommodaient à l'assyrienne pour la plupart, et leurs rites étaient célébrés à peu près comme dans les cités du Bas-Euphrate, si l'on en doit juger les quel- ques tableaux qu'on en a dès à présent. C'est à peine si l'on y remarque encore une trace légère d'influence égyptienne, les figures du veau ou du taureau, celles du vautour de Moût et de l'épervier d'Horus. Assour- nazirabal, progressant des bornages du khabour en Bit-Adini et du Bît-Adini dans la Syrie du Nord, pou- vait presque imaginer qu'il ne changeait point de milieu, tant les dégradations de langue et de culture se produisaient par nuances insensibles de Ninive et d'Assour à Toul-Barsip et au Samalla.

Son expédition ne fut ni périlleuse, ni sanglante. Loubarna, <|iii régnait alors sur le Patinou, conçut-il vers ce moment le projet de reconstituer à son profit un empire syrien? L'Ounki, il avait sa capitale Kounouloua, était l'une des contrées les plus prospères de l'Asie'; arrosée largement par l'Afrin, l'Oronte et la Salouara 5,

1. Ci i i:mh\i-i; vNxni , Éludes d'Archéologie Orientale, I. II. p. 182-223, Hoffmann, Aramaïschc In- schriflen mis Nérab bei Aleppo, dans la Zeitschrift fur Assyriologie, I. XI, p. 258-272, Jensen, Nili(li)al-Scharralu, dans la Zeitschrift fur Assyriologie, t. XI. p. 293-301.

■2. Sur ces ilicii\. qui sonl <;nuim''n''s dans les inscriptions araméennes de Zindjirli, cf. Halévy, les deux Inscriptions héléennes de Zindjirli. dans la Revue Sémitique, L 11. p. 25-31.

■\. Dessin de Fauchcr-Gudin d'après photographie de Luschan, Ausgrabungen in Sendschirli, l. I. pi. \l

1 L'Ounki des Assyriens, l'Oumonqa des Égyptiens (Mariette, Karnak, pi. 20, il0 117), est la vallée d'Anlioche, l'\ ;*■>/./,; raôiov ■!<■ Polybe (V, 50), aujourd'hui A mi U (Saïce, the Monuments of the Hittites, dans les Transactions do la Société d'Archéologie Biblique, I VII, p 292, Fr. Lenorwant, les Origines de l'Histoire, I- III. |> :>-Ji. Tomkins, Notes on lin- Geography of Northern Syria, dans le Babylonian mul Oriental Record, l. III. p. fi, Wimki.ku. Altorientalische Forschungen , t. I. p. 9). Kou- nouloua, Kinalia, capitale du Patinou, a été identifiée avec la Gindaros d'époque grecque (Sayce, the Monuments «/' the Hittites, dans les Transactions, I- vil. p. i'Mr. je la reconnaîtrai plutôt, avec

I I*in~ (Notes on lin- Geography of Northern Syria, p. fi), dan- le Tell-Kounàna actuel, pour Tell-

K iàla, par la substitution lïéguente de n ii /. à la fin de- noms propres.

.'i. l.a Salouara dos textes assyriens est le Kara-sou de nos jours, qui se jette dons l'Ak-Denlz, le

I l lui l RADADd

LA SOUMISSION DES ÉTATS HITTITES ET DL PATINOU.

39

nuls champs ne produisaient d'aussi riches moissons que les siens, nulles prairies ne nourrissaient autant de bestiaux ou ne se prêtaient mieux à l'éle- vage des chevaux de guerre. Les provinces étagées dans la montagne lui four- nissaient, avec leurs bois et leurs métaux, des réserves de bûcherons el de bergers à demi sauvages il pouvait recruter des bataillons nombreux. Ses voisins, inquiets ou jaloux de sa fortune, virent dans l'Assyrien un libérateur el un ami plutôt qu'un adversaire. Carchémish ouvrit ses portes et vida le meilleur de ses trésors, vingt talents d'argent, des lingots, des anneaux et des poignards d'or, cent talents de cuivre, deux cents de fer, des figures de taureau en bronze, des coupes dé- corées de scènes en relief ou au trait, de l'ivoire brut ou travaillé, de la pourpre, des étoffes brodées, le char d'apparat de son souverain

Shangara. Les milices hittites, rassemblées en hâte, se rangèrent à la suite des auxiliaires araméens, et tous ensemble s'acheminèrent vers la Cœlésyrie. Le scribe chargé de conter cette histoire s'est complu à n'en négliger aucun détail : on prit la grand'route des caravanes au sortir de Garchémis, on fila entre les collines de Mounzigàni et celles de Khaniourga, on côtoya le Bit-Agousi et l'on arriva sous les murs de Khazazou, en domaine patinien*. La ville s'étanl rachetée par un cadeau d'or et de toiles Unes, on franchit l'Aprié, et on con- struisit sur la berge un camp retranché emmagasiner le butin. Loubarna ne résistait point, mais II ne se résignait pas non plus à s'avouer le plus faible : après quelque délai, on se décida à l'aller forcer dans sa résidence de Kounouloua. L'apparition des avant-gardes assyriennes trancha court à ses

SCÈNE RELIGIEUSE iVEC DES ÉLÉMENTS ÉGYPTIENS1

lac d'Antioche (Delattre, /' Isie Occidentale dans les Inscriptions Assyriennes, p. .'1-2. Sachau, tur historischen Géographie von Nordsyrien, p. I7--21; cf. l. II. p. 7. note ::. de cette Histoire)

l Ujssin de Faucker-Gudin, d'après l'empreinte d'un cylindre hittite.

i Khazazou étant l'Azaz actuelle (Sayce, the Monuments <>/ the Hittites, dans les' Transactions,

t. vil. p, 292, l'i:. Delitzsch, Il » hic/ dos Paradies? \> 274), l'ar e assyrienne a il" suivre la route

qui, aujourd'hui encore, mène de Djérabts ■< cette ville. Les its Mounzigàni el Khamourga,

i ss entre Carchémis et Akhànou-Iakhànou (cf, ce qui esl 'IH de ce pays au l III, p. 3i, note i.

de cette Histoire . doivenl se trouver entre le Sadjour el le Kowélk, vers Shehab, au seul point de la route l'on passe entre deux rangées de collines élevées.

40 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

indécisions : il s'humilia aux pieds du maître, livra ses otages, vida ses palais el ses étables pour compléter sa rançon, vingt talents d'argent, un talent d'or, cent talents de plomb, cent talents de fer, mille taureaux, dix mille moutons, les tilles de ses nobles avec leur trousseau, et tout l'attirail d'objets mobiliers, de vaisselle, de bijoux, d'étoffes, dont se composait alors l'apanage des princes. L'effel de sa soumission fut variable sur ses propres vassaux et sur les peuples qui l'environnaient : le Bît-Agousi envoya aussitôt complimenter le conquérant, mais les districts de la montagne attendirent que l'invasion montât jusque vers eux pour en faire autant. Assournazirabal, voyant qu'ils ne se dérangeaient point, passa l'Oronte, probablement à l'endroit s'élève aujourd'hui le l'ont de Fer, s'enfonça entre l'Iarakou et llatouri', gagna sans encombre les bords du Sangoura5 el y bivouaqua, puis, tournant le dos à la mer, il se glissa entre le Saratini et le Douppâni3, et il entra d'emblée dans la citadelle d'Ariboua4. Elle commandait toute la contrée et Loubarna y avait un palais il se réfu- giait d'aventure pendant les chaleurs de l'été. Assournazirabal s'y installa, v accumula les blés et le butin du Loukhouti ', y établit une colonie assyrienne, el v donna des fêtes : ce fut dès lors le centre de ses opérations contre les montagnards. Il détruisit leurs forts, brûla leurs maisons, empala aux portes de leurs villes ceux qu'il saisit vivants, puis, après ce noble exploit, il escalada

I. Le point Assournazirabal dut traverser l'Oronte nous est 'I '■ par la position même de

K touloua !i Tell-Kounâna. Au Pont do Fer, le moderne a le choix entre deux i tes, dont l'une

passe par Antioche et par Beit-el-Mà, pour aller aboutir à Ourdéh sur le Nahr-el-Kébir, tandis que l'autre

arrive au même point eu abordant directement le Djebel Kôçéir. Si As- nazirabal ■■< pris cette

dernière, comme je le croîs, le pays et le n 1 larakou seront la partie nord du Djebel Kôçéir, celle

qui avoisine Antioche, latouri la partie Sud île la même montagne uns Dêrkoush; cf. Delattre, / [sie Occidentale dans les Inscriptions Assyriennes, p 1'». L'Iarakou est mentionné dans la même position par Salmanasar lit. qui y arrive après avoir franchi l'Oronte en descendant de l'Àmanus (Layard, Inscriptions in Un- Cuneiform Cliaracler, pi. 17, I. 23), et aboutit au pays de Hamath.

■2. l.e Sangoura ou Sagoura a été identifié par Delattre l'Asie Occidentale dans les Inscriptions Assyriennes, p. 50) avec le Nahr-el-Kébir, non point celui que I'-- Grecs appelaient l'Éleuthéros, mu- celui qui s,, jette dans la mer auprès de Latakiéh; c\'. Hommki., Geschichte Babyloniens und tâgyplens, p. 581, Winckler, altorienlalische Forsckungen, I l. p. 5, Avant le Sangoura, les Annales nomment un pays dont le nom, a demi effacé, se terminai) par la syllabe... kou (col. III. I. soi : je crois qu'on peut, sans trop de témérité, rétablir dans la lacune le nom d'[Ashtama]kou, que Sal- manasar lll cite, sers ce- parages, après le nom d'Iarakou (Layard, Inscriptions in the Cuneiform Cliaracler, pi. 47, I. 23). l.e pays d'Ashtamakou serait aujourd'hui le canton d'Ourdéh, qu'on traverse en elle! axant d'atteindre les bords du Nahr-el-Kéblr.

3. Le- cantons tagneux de Saratini el «le Douppâni (Kalpâni? Adpâni?), situés immédiatement

au Sud du Nahr-el-Kébir, répondent a la partie méridionale du Djebet-el-Akrad, mais je ne découvre -m- la carte moderne aucun nom qu'on puisse rapprocher de- leurs.

I Au delà du Douppâni, Assou i na/ira l>a I campa sur les bords d'une rivière dont le m -t mal- heureusement détruil | [nuales, eut iii. I. si), puis il atteignit Ariboua; cel itinéraire nous mené sur le versant Oriental du Djebel Ansariéh à la hauteur de Hamath. Je n'aperçois de ce côté, el

répondant aux conditions . I i texte, que le site de Masiad, oii s'élève ei ■<• un château des A--as-

sins, l.e nom d'Ariboua peut s'être conservé dans celui de Rabaô, er-Rabahou, qui est appliqué à un Ouadj et a un village de- environs de Masiad.

:, l.e Loukhouti ne peut guère être cherché dans la plaine même de l'Oronte, Assournazir- abal aurait risqué de se heurter aux loues du roi de Hamath ou de ses vassaux : il doil repré- senter les parties de la montagne des Ansariéh situées entre kadulous, Masiad el lorlose.

LES ARMÉES ASSYRIENNES ATTEIGNENT LA MÉDITERRANÉE. 41

les dernières pentes du Liban et il descendit aux rives de la Méditerranée. 11 lava ses armes dans les vagues et offrit les sacrifices obligatoires aux dieux de la Mer : les Phéniciens, toujours prudents, s'empressèrent de prévenir ses exigences, tributs de Tyr, de Sidon, de Byblos, tributs de Mahallat, de Maîza, de Kaîza1, tributs d'Amourrou et d'Arvad'. Un point frappe lorsqu'on jalonne sur la carte les marches de ce victorieux, le soin avec lequel il se maintient sur la rive gauche de l'Oronte, et l'obligation qu'il s'impose de ne pas toucher aux campagnes plantureuses de la vallée, dont la richesse était si propre à surexci- ter ses convoitises. On comprendrait mal cette discrétion, si l'on ne savait d'autre part qu'une puissance existait dans ces régions, assez redoutable pour qu'il jugeât imprudent de la provoquer. Damas prévalait en effet sur ces terri- toires dont il respectait la frontière, et ses rois, suzerains de Ilamath, maîtres d'une moitié d'Israël, étaient en mesure d'affronter n'importe quel ennemi, sinon de le battre. La crainte qu'elle inspirait explique naturellement l'attitude que les Etats hittites adoptèrent en face de l'envahisseur, et les précautions dont celui-ci usa pour ne point s'écarter d'une zone assez étroite. Reçu le com- pliment des Phéniciens, il rebroussa vers le Nord : il dévia un peu de la ligne directe afin de monter à l'Amanos, d'y graver une stèle commémorative de ses succès, et d'y couper les pins, les cèdres et les mélèzes dont il avait besoin pour ses constructions, puis il réintégra Ninive aux acclamations de la foule3. 11 semble parfois, quand on lit cette histoire, qu'on en connaisse la trame et qu'on en ait vu les événements principaux se dérouler déjà quelques siècles auparavant. Aussi bien, ces stations réitérées aux sources du Tigre et aux rives du haut Euphrate, ces courses par les vallées du Zagros ou sur les pentes du Kashiari, cet écrasement gradué des peuples niésopotamiens que termine mw promenade triomphale à travers la Syrie du Nord, n'est-ce pas. dans les mêmes lieux et presque dans le même ordre, la répétition de ce que Tiglatphalasar avait fait pendant les cinq premières années de son règne?

1. Sur ces dois villes, cf. ce <pii est dit plus haut au t. Il, p, 172, 'le cette Histoire.

'2. Le |"'int Assournazirabal toucha la mer ne saurait être déterminé exacte ni : admettant

qu'il partit de .M;isi:i<l ou «les environs, il dut franchir le Liban par la trouée '!<• l'ÉIeuthèros et atteindre le rivage quelque pari vers les embouchures de ce fleuve. L'assertion qu'il pénétra an Nahr el-Kelb repose mit une mauvaise interprétation <l n passage des Annales, col. III. I. 89, <>ù il

raconte qu'il «'les; stèle de victoire; Boscawen [tin- Monuments and Inscriptions on the Hocks

ni the Nahr el-Kelb, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. VII, p. 339) n'a pas fail attention que ce texte s'applique a l'Amanus, et, le transportant an Liban, il a cru qu'une des s|e|es aujourd'hui illisil.les il u Xali f el-Kel h pouvait èlie attribuée à Assournazirabal. Il a en- traîné Hommel dans son erreur [Geschichle Babyloniens und Assyriens, p. 582). Si Assournazirabal avait pénétré jusqu'au Nahr el-kelli, il nous aurait donné sa marche étape à étape, par les villes de la côte, comme il l'avail fail pour la partie de sa campagne qui concerne le Khàti el le Patinou.

3. Annales d' Assournazirabal. col, III, I. 6.1-92; et. Pjeiseb, die Inschriften Aschur-nûsir abal's, p. I06-1H.

« LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

Asspurnazirabal voulut-il se modeler sur son ancêtre, connue en Egypte Ram ses 111 sur Ramsès II1, ou bien, se sentant dans des conditions analogues, suivit-il les mêmes errements d'instinct et par la seule force des choses? Il se montra plus sage en tout cas, et, le but de ses ambitions atteint, il évita de compromettre son gain par des attaques inconsidérées contre ceux de ses rivaux dont la puissance aurait eu raison de sa fortune, Damas et Babvlone. Le succès qu'il avait remporté, en 879, sur le frère de Naboubaliddin, avait flatté sa vanité prodigieusement. Ses panégyristes représentèrent à l'envi le kardou- niash aveuglé par l'effroi de sa royauté, et les Chaldéens consternés sous la terreur de ses armes5; il ne se laissa point entraîner par leurs fanfaronnades, et il persista jusqu'au bout à observer les conventions conclues entre les deux cours du vivant de son grand-père Rammànniràri ". Aussi bien son empire s'était épanoui assez largement en moins de dix années pour qu'il eût le droit de manifester sa fierté. Il le décrivait lui-même comme s'étendant à l'Ouest de l'Assyrie propre, depuis la berge du Tigre vers Ninive, jusqu'au Liban et jusqu'à la Méditerranée*: le Zoukhi lui obéissait, y compris le canton de Rapikou aux frontières de la Babylonie '. Il avait ajouté aux provinces anciennes d'Amidi, du Masios et de Singar, la bande entière de territoire qui enveloppe les pieds du Taurus arménien, des sources de la Soupnat à celles du Bitlis-tchaî, et il y tenait les cols qui mènent aux rives de l'Arzania, ceux du Kirrouri comme ceux du Gilzân : le vaste Nairi lui avait juré hommage et fidélité. Vers le Sud-Est, les populations flottantes dont l'allégeance variait d'Assour à Babel selon les circonstances s'étaient ralliées à lui, et elles consti- tuaient une marche immense en avant de ses Etats héréditaires entre le petit Zab et la Tournât". Si rudement qu'il eût martelé les nations enfermées dans cet espace, il ne les avait pas forgées en une masse compacte et homogène :

1. Cf. ce qui est dit à ce sujet plus haut, dans le t. Il, p. 454-155, de cette Histoire.

■1 Annales d' Assournazirabal, col. III. I- i:i--2i; cf. Peiser, die Inschriften Aschur-nâsir-abal's, clans Schrader, Keilinschrifiliche Bibliothek, l. I, p. 98-99.

:i. Sa frontière 'In côté de la Chaldée, entre le Tigre el la montagne [Annales, col. 11. I. 129-130, col. m, I. (23-124), esl celle-là même qui avail été établie par Itammànniràri (Histoire synclironiguc, roi. III. I. 20-21); cf. ce qui est ilit plus haut à ce sujet nu 1. 111. p. 5-6, de cette Histoire.

i. L'expression employée dans cette descriptii i dans les passages du même genre, ishlou ibirtan

nàrou (ml. II. I 1 -J T , 129, col. III. I. 121, 123), et qu'on traduit depuis le gué ilu fleuve, ou mieux,

,1,- l'autre rive il" fleuve, doit s'entendre par rapport a l'Assyrie propre lesure le domaine du

roi en parlant îles fleuves qui servaient de limites à ses domaines héréditaires, dans la direction indiquée. Depuis l'autre rive du Tigre signifie depuis la berge du Tigre en laie .le Ninive ou île Kalakh, d'où l'armée el le souverain parlaient pour leurs campagnes.

... Rapikou esl d r dans plusieurs textes comme marquant la limite des Zoukhi vers la

Chaldée (Histoire Synchronigue, col. II. I. 24; Annales d' Assournazirabal, toi. II. I. lis. cul ni. I 121).

6. Annales il Issournazirabal, col. II. I. 127-131, el col. III. I. 118-126; le- deux descriptions contenues dan- ces passages diffèrent sur quelques points de détail.

L'EMPIRE APRES LES GUERRES D'ASSOURNAZIRABAL. 43

une partie d'entre elles, la moindre, était assimilée à l'Assyrie et gouvernée directement par les officiers du roi1, mais la plupart n'étaient que des dépen- dances encore mal rattachées à l'ensemble par des liens plus ou moins lâches de vasselage ou de servitude. Les unes avaient à côté de leurs chefs nationaux des résidents chargés de les espionner2, et elles payaient un tribut annuel, proportionné aux ressources du pays ou à ses productions : le Kirrouri et ses voisins, des chevaux, des mulets, des taureaux, des moutons, du vin, de la vaisselle de cuivre3; les Araméens, de l'or, de l'argent, du plomb, du cuivre brut ou travaillé, de la pourpre, îles étoffes teintes ou brodées5; l'Izala, le Nirbou, le Nirdoun, le Bit-Zamani, des chevaux, des chars, des métaux, des bestiaux5. Les plus farouches ou les plus lointaines n'étaient pas assujetties comme celles-ci à une redevance, mais chaque fois que le suzerain traversait leur domaine ou s'approchait d'elles à distance médiocre, les chefs lui en- voyaient ou lui apportaient eux-mêmes des cadeaux de valeur, et lui renouve- laient ainsi l'assurance de leur loyauté. Des villes royales, fortifiées avec soin et échelonnées d'intervalle en intervalle, imposaient à tous le respect des engagements pris, et servaient d'entrepôts aux fonctionnaires pour emmagasi- ner les," denrées perçues, Damdamousa au Nord-Ouest du hashiari", Toushkhân sur le Tigre7, Tillouli entre la Zoupnat et l'Euphrate8, Ariboua en Patinou", et d'autres qui se répartissaient inégalement entre les deux Zab, sur le Khabour, au Nairi1". Les gouverneurs et leurs escortes s'y abritaient en cas de révolte, et les armées s'y ravitaillaient lorsque la guerre les appelait au voisinage de l'une d'elles11. Assournazirabal munit également de citadelles les points faibles de l'Assyrie propre; il répara ou compléta les défenses de Ivakzi pour dominer

! Gouverneur royal clans Sourou de Blt-Khalnupi [Annalrx d .Usouniazirabal, col. I, 1. 7.'1, N!l), dans Matiàtc (col. li. I. 90-91), dans Mad.ua (col. II, I. 100), dan-, le Nairi (II. Rawlinson, Cun. Ins. II*. As., i III, pi. 6, I 50-51).

•1. Réstdents assyriens dans le Kirrouri et dans les pays voisins ! Innales d* Assournazirabal, col. I, I 56), dans le Kirkhi (col. I, I. 67), dans le Nairi (col. II. I. 15).

3. Tributs du Kirr -i, de Si mi si, de si m ira, d'Adaoush [Annales à" Assournazirabal, col. I. I 54-36).

i. Tributs de Shadikanni el <lr k.itna i [nnales d1 Assournazirabal, col. I. 78-79, col. Ml, I, i), des nus des Laql (col. 1. I. 94-95), du Khindanou (col. I I. 96-97, col. III. I 13, 17-48), des Araméens du

Khabour él de l'Euphrj col III, I. 6-7, 8-9, 9-10, 1 1 1. du BIt-Adini (col. III, I 55-56, I. 61-62), du

Btt-Bakhiàni (col. III, I. 55-56, I. 57-58), du Toul-Abnl (col, III, I 55-56, I. 63-64),

:;. Tributs d'izala ( innales d Issournazirnbal, col I, I 106, rut II. I. 22-23, col. III, I. 59-60, I. 94- 95), du Nirbou (col. 11,1 11), du Nirdoun (col 11,1. 101-102), du Btt-Zamàni (col. II, 1. 12-14).

6. Annales d' Assournazirabal, col. I, I 103; Il Rawlinson, Cun. Ins. II'. 1*., t. III, pi. ii. I 17-48.

7. Annales d' Assournazirabal, col. H. I. -2-7, 101-102, 1 17-1 is, col. III, 104-109; II. Rawlinson, Cun.

lus. II. In.. I III, pi. (i. I. 17 18

n Annales d' Assournazirabal, < "I H. I. -S7; cf. ce qui esl dit an t. III. p 26, de cette Histoire. 9. Annales d' Assournazirabal, col. III, I. xi-83; cf. ce qui est * I ï t au t. III, p. 40, de cette Histoire. ni. Ailila ou Dour-Assour dans le pays de Zamoua [Annales d' Assournazirabal, col. Il, I. 84-86); cl". cij 'ini c-^i dit. plus haut de cette ville, au t. III, p. 26, *U' cette Histoire. 11. Assournazirabal s<: repose dans Tillouli [Annales, col. Il, I. 87), dans Toushkhân (col. Il, I. 101- 102), dans Amidi (col. III, I. 107-109).

u

LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LITTE l'OlK LA SVUIE.

la plaine entre les deux Zalj et le Tigre, il rebâtit les châteaux ou les tours qui «ardaient les gués des rivières et les débouchés du Djebel Makhloub, et il construisit à Kalakh le palais fortifié que ses successeurs habitèrent pendant les cent cinquante années qui s'écoulèrent après lui.

Il avait résidé à Ninive aussitôt après son avènement. Il en était parti quatre années durant et il y était rentré à la tête de ses troupes jubilantes1, il v avait reçu les rois qui venaient se prosterner devant son trône!, les gou-

LES BUTTES DE KALAKH0

verneurs qui imploraient le secours de son bras contre les attaques de l'étranger4, il y avait envoyé les chefs rebelles, et, après les avoir parades eu dérision à travers les rues, il avait prodigué leurs supplices en spectacle à la foule : leur peau, clouée aux remparts, n'avait peut-être pas encore achevé d'y tomber en lambeaux, qu'il avait déjà changé de capitale". L'ancien gite ne suffisait plus à sa royauté triomphante; le plan en était trop mesquin, la déco- ration trop pauvre, et peut-être n'y trouvait-on plus assez d'appartements pour loger ces troupeaux de femmes ou d'esclaves, que le maître ramenait avec lui de ses guerres. Bâti sur la berge même du Tébilti, l'un des ruisseaux

I. Campagnes de l'an 1 (Annales d Assoumazirabal, col. I, 1. 69-70) et de l'an II (col. I. I. 104); il n'y a aucune indication pour les campagnes suivantes, mais, dans le récit de celle de l'an IV, il est dil que le» rois du Zanioua eurent des représentants à Kalakli (col. II, 1. 7M-.SU).

i. Iloubàni, de Zoukhi, vient en l'an II se soumettre au roi dans Ninive, avec ses frères cl avec ses lils [Annales d'Assournazirabal, col. I. I. 99-101); cf. I. III. p. lu. de celle Histoire.

3. Dessin d'1 Boudier d'après Layard, the Monuments of Ninevek, t. I. pi. 98. La butte pointue qui s'élève vers la gauche, au centre de la composition, représente la ziggoural du grand temple.

1 [nnales d'Assournazirabal, col. I. I. 101-103, 'où le roi reçoit à Ninive la nouvelle de la révolte de Khoulai (cf. t. 111, p. 19, de celle Histoire); il y apprend de même l'insurrection du Dagara (col. U. I 23-25), celle d'Amîka (col. Il, 1. 49-50).

5. Akhiababa est amené à Ninive et écorché vif (Annales d'Assournazirabal, col. 1, I. 93) et sa peau exposée sur la muraille; cf. t. 111, p. 18, de cette Histoire.

CONSTRUCTION DU PALAIS DE KALAKH.

45

qui se jettent dans le Khousour, resserré entre trois temples, le terrain man- quait pour l'agrandir, comme c'est presque toujours le cas dans les vieilles cités1. On n'en aurait pu gagner ce qu'il fallait qu'en rectifiant le cours d'eau et en sacrifiant une moitié des quartiers environnants : Assournazirabal préféra vider la place et se choisir ailleurs une résidence il aurait ses coudées franches. Il découvrit ce qui lui convenait sans aller bien loin, dans cette Kalakh à demi ruinée beaucoup parmi ses prédécesseurs les plus illustres avaient jadis cherché un refuge contre les chaleurs d'Assour2. Ce n'était plus alors qu'un bourg obscur, endormi sur la rive droite du M * Tigre, à vingt kilomètres environ au sud de Ninive, presque à la pointe de l'angle que le grand Zab fait avec le fleuve au moment de le rejoindre. On y voyait un château de Sal- manasar I", mais délaissé depuis tant d'années qu'il en était devenu inhabitable : Assourna- zirabal rasa non seulement les palais et les temples, mais la motte même qu'ils couron- naient, puis il creusa jusqu'au niveau des infiltrations, et il établit une esplanade im- mense, de forme presque rectangulaire, sur laquelle il distribua les constructions nouvelles. Il élut pour patron Ninip le dieu de la guerre, et il lui érigea, vers l'angle Nord-Ouest, une ziggouràl avec ses annexes : le dieu v était représenté comme un taureau au buste d'homme, en marbre gypseux doré, et deux fêtes annuelles lui furent instituées, l'une au mois de Sabat, l'autre au mois d'Ouloul. La ziggourât mesurait de soixante à soixante-dix mètres de liant, et comptai! probablement sept étages superposés, dont un seul subsiste à peu près intact* :

STIU.K 1> AsMH IIYWIIIUIAI. A kMUM1

l. Ces détails sonl empruntés aux inscriptions il" souverain qui rebàtil Ninive, Sennachérib (Meissneh-Rost, die Bauinschriften Sanheribs, p. 8-9).

i. La construction 'lu palais <•' des temples de kalakh es! mentionnée à plusieurs reprises dans les [nnalex il Issournazirabal, col. II. I. 131-135, roi. III, I. 132-136, ri dans l'inscription du Monolithe (Rawlinson, (Uni. lut. II'. U., i i, pi. -27, n" i. col. I. I. l--2:i). J'ai complété les données 'lu texte par le résultai 'lus rouilles il'' Layard, tel qu'il l'a consigné dans ses-deux ouvrages principaux, Nineveh and ils liemains, el Nineveh and Babylon.

M. Bsssin île Faucher-Gudin, d'après une photographie de Mansell', cf. Layard, the Monuments of Nineveh, l. il. pi. .1.

1. Layard, Nineveh and Babylon, p. 103-109, sonl donnés lu plan el l'élévation de ce qui subsistait encore 'lu monument vers le milieu do notre siècle.

îf. LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

fAUREALW VILES d'aSSOURNAZIRABAL *.

elle groupail autour d'elle plusieurs séries indépendantes de chambres et de coulons, l'on devine les icstes d'autres temples, mais sans pouvoir affirmer lesquels appartenaient à la lîèlit locale, à Sin, à Goula, à Ranimait, au vieil Éà. A l'entrée du plus spacieux, sur un piédestal rectangulaire, une stèle se dres- sait, courbe au sommet comme les stèles égyp- tiennes. Une image du roi, debout, tournée vers la gauche, en occupait le champ, la masse contre le flanc, la main droite haussée dans le geste d'adoration, et au- dessus, les cinq signes des planètes, entassés en bordure jusqu'au milieu du cintre ; un autel trian- gulaire à tablette ronde attendait les offrandes que les piètres ou les tidèles devaient au fondateur'2. Le palais se déployait vers le Sud, le dos au fleuve, la façade à la ville, long de cent vingt mètres, large de cent3 : au centre, une cour énorme, flanquée de sept ou huit belles salles destinées aux fonctions solen- nelles, puis, entre elles et la cour, un nombre considérable de pièces variables par les dimensions, assignées à l'habitation ou aux services de la maison royale, le tout en grosses briques sèches cachées sous un parement de pierre. Trois portails flanqués de taureaux ailés à tète humaine prêtaient accès à la plus vaste, celle le souverain donnait audience à ses sujets ou aux légats de l'étranger*. Le cadre des portes et les parois de certaines d'entre elles étaient égayés de briques émaillées; des bandes de bas-reliefs peints3 se développaient

I. Dessin df Faucher-Gudin, d'après le croquis de Layard, Nineveh and Babylon, p. 300.

i. Layard, Nineveh and Babylon, |>. 302-303, la vignette de la page 303 montre la disposition ilu monument à droite 'le la porte. Sur un temple du temps d'Assournazirabal, découvert entre le palais el la ziggouràt, cf. la notice abrégée de Horhuzd Rassam, Excavations and Discoveries in Assy- ria, dans le- Transactions de la Société 'I Archéologie Biblique, t. VIII. p. :,:-;, s, cl Asshui and the Land of Nimrod, p, 225-227.

a. Layard, Ninevek ami ils Remains, I. I. p. 62-71, 115-116, 124-130, lii-llii. :î:il-:;i7 et p. 381-390,

la description -aile par -aile, avec l'indication des sculptures découvertes dan- chaq ndroil . I II.

p. i-l i. 76-79; \inevehand Babylon, p. U9-170.

i. A l'extrémité l -l de cette salle, Layard trouva un bloc d'albâtre couvert d'inscriptions et formant une sorte d'estrade sur laquelle le trône du roi pouvait être placé [Ninevek and ils Remains, L I, p. 133-134, :;s.'i. h 23

5. Layard signale les traces de couleur encore appareilles au moment de la découverte [Nineveh

L'ART ASSYRIEN AL' NEUVIÈME SIÈCLE.

47

dans la plupart, qui retracent les épisodes de la vie du roi, ses délibérations avec les officiers de la couronne, ses chasses au lion, les tributs, les 'marches au delà des fleuves ei sur 1rs montagnes, les escarmou- ches de chars, les sièges, les supplices, l'exode des prisonniers1; déroulées en écharpe à travers les scènes, des inscriptions exaltent la h h île -puissance d'Assour, et des génies à bec d'aigle ou des divinités au mas- que viril se hérissent de uniment en moment, impé- rieux, farouches, la main pleine d'offrandes ou le foudre dardé contre les es- prits mauvais2. L'architecte qui combina ce décor impo- sant ei les sculpteurs qui l'exécutèrent procédaient

directement îles écoles chaldéennes antiques : ils en avaient hérit< lions, les poncifs, les formules de la composition et du dessin, la technique de la couleur et du ciseau, mais |<-^ qualités el les défauts propres à leur race imprimaient un caractère d'originalité réelle à cet art d'emprunt. Ils ont exa- géré encore l'aspect athlétique et dur de leurs modèles, torses épais, muscles enflés à l'extrême, traits du visage accentués jusqu'à la grimace. L'ensemble de leurs tableaux est gauche, confus, massif, mais le détail v est -.1 minutieux et le mouvement si irrésistible qu'on n'en détache pas les veux aisément : on sent

iiml ils Remains, l. I. p. ni. 126, cl l. II. p. 306-312; cf. (■. Rawlinsox, //<< Five Great Monarchies, ■1 édit, I. I p. 357-365, el Perrot-Chipiez, Histoire <h- I \rt dans I inliquitc, t. II. p. 653-661).

I lu certain nombre de ces scènes onl été déjà reproduites <mi plusieurs endroits de cette Histoire,

plusieurs épisodes de la chasse au li I à l'urus, t I. p. 558, 559, 769, t. Il, p. 621, 622, 623,

des soldats, l. Il, p. 559, 625, des chars, l. II. p 626 632, le passage '11111 fleuve, l II, p 628, t. III, |. -l, mm camp, une ville fortifiée, des scènes <!<■ siège, i II. p. 632, 633, <':'i. 635, 636, t. III. p. 10, il. mm convoi '!'■ prisonniers, i II. p, 6-i0, des singes amenés ru tribut, i II. p. 662.-

■1 Cf. des génies .. tète « I ~ -- 1 i I * tête} aine, l. I. p. 539, 557, nu dieu poisson, l I. p '.17.

la lutte 'le Bel-Mardouk contre Tiamàt, l l. p. a-il.

:> Dessin tir Bouclier, d'après Layard, the Monuments <</ Sîneveh, i II. pi. 55; cf. Perrot-Chipikz,

Histoire de l'Art dans l'Antiquité, i- II. pi. XIV, un la briq si reproduite avec ses couleurs

originales, d'après la planche de Layard.

BRIQUE KMAILLKK HL" PALAIS DE KALAKH°

ai II-

48

I. A RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA UTTE POUR LA SYRIE.

que ces rudes personnages ont confiance en eux-mêmes et clans le maître, on les voit s'ébranler, courir, se choquer, se tuer'. Les taureaux à face humaine debout à la garde des portes ont la majesté calme et pensive qui convient à des êtres conscients de leur force, et les lions passants qui les remplacent par- fois ouvrent la gueule et fron-

cent le museau avec une férocité presque intimidante. Les statues d'hommes ou de divinités sont médiocres à l'ordinaire. Les étoffes

^^.' vlt^i^,- fm>jMi pesantes qui voilaient le corps de

"SB

LIO.N IH PALAIS D ASSOURSAZIR ABAL "

la naissance du col au talon

'■ --'Ai E^^m^^^^ #!&$* JiVœ ''"'' I)I'<>,a'ent 'apparence d'un

cylindre étranglé vers le milieu, légèrement aplati vers le haut : la tète seule vivait au-dessus de ce paquetage informe, encore le bas en est-il alourdi le plus souvent par la chevelure et par la barbe, dont les mèches bou- clées s'alignent en étages. Le peu qu'on aperçoit du visage est correct, ferme. d'une noblesse d'expression un peu banale, d'une ressemblance honnête et suffisante. (le sont les traits d'Assournazirabal, ses yeux, son front, son uez, sa bouche, la façon dont son coiffeur lui arrangeait les cheveux, sa robe brodée avec ses bijoux, mais quelque chose manque au milieu de tout cela, cette pensée qu'on sent si présente chez les Égyptiens, sous la coutièh du Khéops ou dans les yeux du scribe accroupi : l'Assyrien a taillé son homme dans la pierre de façon convenable, il n'a pas su imprégner d'âme la physionomie du conquérant dont « la figure s'épanouissait par-dessus les ruines3 ».

L'eau du Tigre est trouble, rèche au goût, et celle que les puits fournissent s'y charge de calcaire et de bitume au point d'en devenir malsaine : Assouina- zirabal s'approvisionna au Zab voisin4. Un tunnel pratiqué dans la falaise, vers

1. *;. Rawlinson, the Five Gréai Monarchies. - édil . t. 1. p. 344-347, Perhot-Chipiez, Histoire de l'Art dans l'Antiquité, t. 11. p. 613-618.

2. Dessin de Boudicr, d'après une photographie de l'original, conservé au Bntish Muséum ; cf. Layard, The Monuments ofNineveh,i. II, pi. 2.

3. Cette médiocrité île la slatuaire assyrienne a été remarquée par tons les observateurs, G. Raw- linson, the l'ire Great Monarchies, 2' éilit.. t. I. p. 344-341, Perrot-Chipikz, Histoire de l'Art dans i Antiquité, t. Il, p. S36-S40, Babeloîi, Manuel d'Archéologie Orientale, p. 96-99.

1. Annales il [stournazirabal, col. 111,1. 13:;. el Inscription du Monolithe, col. I. I. 5-10; cf. Peiser,

LE TUNNEL DE NÉGOUB ET LE PALAIS DE BALAWÂT. 19

1'endroil qu'on appelle aujourd'hui Négoub, capta une veine abondante de la rivière et l'emmena, sous terre d'abord, puis bientôt à ciel ouvert, jusqu'au pied de la plate-forme : des digues y réglaient la pente du courant, des cou- pures ménagées aux berges détournaient le surplus au profit de l'irrigation '. On nomma l'aqueduc Bâbilat-higal, le porteur de l'affluence8, et, pour

IN COIN UES RUINE? DU PALAIS D ASSOl RNA7IRABAL, À KALAlill"

justifier ce titre, on planta partout sur le trajet des dattiers, des vignes, des arbres fruitiers de vingt espèces; les deux rives offrirent bientôt l'aspect d'un verger ombreux semé de bourgs et de villas. La population s'accrut rapide- ment, un peu par l'afflux spontané des Assyriens, beaucoup par l'introduction constante des barbares prisonniers' : des redoutes, assises aux gués du Zab

es prisonniers4

tchriflen Aschur-nâsir-abal's, dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliothek, t. 1, p. 1 1 i- 11;;, lis- 3. La présence du bitume dans les eaux de Kalakh est duc aux sonnes chaudes qui jaillissent fond du lit du ruisseau de Shor-derrèh (Jones, Topography of Nineveh, dans le J. 11. As. I1 . XV, p. 342).

1. Le canal de Négoub Négoub signifie un trou en arabe a été découvert par Layard et décrit c lui (Nineveh <m<l Us Remains, l. I, p. 80-81, el Nineveh and Babylon, p. 525-527), puis par Jones opography of Nineveh, dans le ,/. H. As. Soc., t. XV, p. 310-311, 342-343). Le Zab s'étanl déplacé :rs le Sud, el avant creusé plus profondément son lit, la double arche qui sert d'entrée au canal I actuellement au-dessus <lu niveau ordinaire, et ne dérive plus les eaux qu'au meni '1rs nues.

2. Inscription dn Monolithe, col. i, I. ii-~ ; dans les Anndles d'Assournazirabal, ool. III. I. I3.'i, nom esl donné sous la forme de Pati-higaL

:; Dessin il*' Boudier, d'après une photographie de Rassam, communiquée par le /'. Scheil; Horhuzd [Ussah, Asshur and the land of Nimrod, p. 222.

i Par exemple, Assournazirabal dit expressément qu'il établit à kalakh 2400 soldais araméens i- a Kaprabi, dans le Toul-Abâ (Annales, col. III, I. 53-54; cf. I. III. p. 32, de relie Histoire);

lllsl . ANC. de l'orient. r. III. 7

SO LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

ou au débouché des routes qui sillonnent le Djebel Makhloub, la maintinrent dans l'obéissance et tracèrent une première ligne de défense à quelque distance en avant de la capitale. Âssournazirabai se réserva un palais, des jardins, une chapelle, auprès du tort d'Imgour-Bel, la Balawât de nos jours : il allait s'y Déposer du gouvernement, y chasser, y respirer un air trais pendant la saison d'été1. 11 ne négligeait point pour cela ses autres capitales, Ninive, Assour, et il les visitait à l'occasion, mais c'est à Kalakh qu'il revenait toujours, c'est à embellir Kalakh qu'il dépensait le gros de ses ressources et le meilleur de son loisir. Une fois seulement il s'arracha à ses occupations pacifiques et il reprit les champs vers 867, pendant l'éponvmie de Shamashnouri. Les peuples englobés dans les marches septentrionales de l'empire avaient oublié, ce semble, les leçons sanglantes qu'il leur avait infligées à ses débuts : plusieurs avaient néglige leur tribut, un autre avait confisqué à son profit les cités royales d'Amidi et de Damdamousa, et la rébellion menaçait d'infecter les provinces de l'Assyrie propre. Assournazirabai endossa le harnois et mena l'affaire avec l'impétuosité <le ses jeunes années. 11 ramassa au galop les redevances du Kipàni. de l'Izala*, du Koummoukh, gagna l'Euphrate, traversa le Goubbou en brûlant tout sur son chemin, puis il se rabattit sur le Dirria et sur le Kirkhi, et il fit halte enfin sous les murs de Damdamousa. Six cents des soldats de la garnison périrent pendant un assaut, et quatre cents lui restèrent entre les mains : dirigés sur Amidi, il les y empala autour des murs pour servir d'exemple, puis, comme les défenseurs de la ville ne faiblissaient point, il abandonna le siège et il s'enfonça dans les gorges du Kashiari. 11 y réduisit Oudâ, la capitale de Laptouri, (ils de Toubousi, et rentra à kalakh : six mille prisonniers l'accompagnaient qu'il colonisa autour de sa résidence favorite :. Ce fut son dernier exploit : il se confina désormais au cœur de ses Etats héréditaires, et il y acheva les sept dernières années de sa vie dans la paix, sinon dans l'inaction. 11 mourut en 800, après être demeuré sur le trône un

I. Inscription en deux exemplaires, découverte par II. Itassn m à Balawâi (Excavatio)is and Disco- verics in Assyria. dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. Vil, p. 53-55, Asskur and the Land of Nimrod, p. 216-217), traduite par Budge (On « recenily discovered Text »j Assur- naisir-pal, dans les Transactions, I, VU, p. 59-82), cl par A Strong (a Votive Inscription of Assur- nalsir-pal, dans l<-~ Records of the Past, ■2"d Ser., t l\. p sii-x:,i.

■i Sur l'Izala, cf. ce qui est dit plus haut. I. III. p. 19, noie 1, de cette Histoire. Kipâni répondrait, d'après Lebmann, aux Képhènes d'Etienne de Byzance el à la Képhénia de Pline (Bélck-Lehmann, ein neuer Herrsclier von Khaldîa, dans Ifi Zeitschrift fur Assyriologie, I. IX, p. 88, noie), peut-être entre le Batman-tchai el le Bitlis-tchat.

3. Annules d' Assournazirabal, col. III, 1. 92-113; cf. Peiser, Inschriften Aschur-nâsir-abal's, dans Scbrader, Keilinschriftliche Bibliotliek, t. I. p. 110-113. Les localités nouvelles qui sont nommées

dans ce passage ne | venl 'tic jusqu'à présent identifiées de façon vraisemblable avec aucun sile

moderne.

LES DERNIÈRES ANNÉES D'ASSOURNAZIRABAI

quart de siècle. Ses portraits évoquent la vision d'un homme robuste, au cou de taureau, aux larges épaules capables d'endurer longuement l'armure. La tête est courte, le crâne un peu plat, le front bas; de gros veux s'enfoncent sous des sourcils épais, les pommettes saillent, le nez se busqué, charnu du bout et flanqué de narines épanouies, la bouche et le menton se cachent sous la moustache et sous la barbe. L'ensemble de la ligure est empreint d'une majesté réelle, mais qui tient au rang et à l'ha- bitude du pouvoir plus qu'elle ne se dégage de la nature même du souverain'. Le caractère, tel qu'on le devine sous la sécheresse des Annales, semble avoir été assez complexe. Ambitieux, résolu, actif, Assournazirabal le lut autant que prince au monde : il renonça pour- tant à l'offensive sitôt qu'il eut remporté assez de victoires pour ramener sous sa domination la plupart des contrées qui avaient obéi à Tiglatphalasar 1" . Il sut s'arrêter au point pré- cis où un succès de plus l'aurait pu j< ter contre des voisins redoutables, el cette prudence judi- cieuse lui valut de conserver les acquêts prin- cipaux de ses guerres. H se montra dévot et

reconnaissant envers les dieux, juste envers ses sujets, féroce envers ses enne- mis jusqu'à nous paraître cruel parmi les plus cruels de ces âges sans pitié : nul n'usa des supplices autant que lui, nul en tout cas n'a décrit avec autant de complaisance ceux dont il tortura les vaincus. Peut-être en agissait-il ainsi par nécessité, et la rudesse de ses répressions, en empêchant des révoltes plus fréquentes, eut-elle pour conséquence dernière de prévenir des perles de vies plus considérables : le moderne auquel on raconte les faits n'en saisit d'abord que l'horreur, et il ne voit en Assournazirabal qu'un bourreau couronné1.

1. Menant, Remarques sur les portraits (1rs rois assyro-chaldéns, p. 9-10. Perrot-Chipiez n'admet- tent poinl que 1rs sculpteurs assyriens aient voulu représenter les traits de leurs rois; ils s'appuient

surtout sur la ressemblance h ntestable que tous les personnages il même série de bas-reliefs

présentent l'un avec l'autre [Histoire de l'Art dans l'Antiquité, i. II. p. 550-552). Je crois qu'en Assyrie, c e ru Egypte, le sculpteur prêtait à tous sos personnages le type du nu régnanl

•2. Dessin de Boudier d'après une photographie de Mansell, j>ri*t: sur la stèle originale, qui est conservée au Britiah Muséum.

i. Les cruautés d'Assournazirabal ont été exagérées par Gutschmid, Neue Beitrâge zur Geschichle

SALHANASAR 111"

5-2 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA I.l'TTE POUR LA SYRIE.

Il laissait un trésor comble, une armée vaillante, un peuple enorgueilli de ses progrès et confiant en soi, un royaume guéri par la paix des premières saignées de la conquête : Salmanasar III puisa largement dans les réserves d'argent et d'hommes que la prévoyance paternelle lui avait préparées, et son règne laborieux de trente-cinq ans compte trente-deux campagnes poussées presque sans trêve aux quatre coins de l'horizon1. Une double tâche lui incom- bait, dont il s'acquitta en conscience, avec un bonheur fidèle. Assournazirabal avait achevé de réorganiser l'empire et il l'avait exalté au rang de grande puissance : il avait affermi les provinces et les vassaux dans l'obéissance tra- ditionnelle, puis il avait abaissé ou percé sur plusieurs points le rempart de petites principautés qui le séparait des Etats les plus forts, Babylone, Damas, l'Ourartou, mais il n'avait entamé avec aucun de ceux-ci une lutte dont l'issue lui apparaissait douteuse. Salmanasar n'aurait pu persévérer dans cette attitude expectante sans déchoir aux yeux du monde : ce qu'on avait estimé prudence et modération chez un victorieux éprouvé, tel que son père l'était, aurait semblé chez lui crainte ou faiblesse, et ses rivaux n'auraient pas tardé à le provoquer d'eux-mêmes s'ils l'avaient cru dénué de courage ou de ressources pour les attaquer. Il prit donc l'offensive contre eux dès le lendemain de son avènement, et pour ses débuts, il essaya sa fortune sur celui qui affichait le

dis Alten Orients, p. 148-150, atténuées par Hohmel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 588. La note juste sur la question a été donnée par Tiele {Babylonisch-Assyrische Geschichte, p. 177). donl j'adopte les conclusions.

1. In hasard heureux nous a conservé sur l'Obélisque noir de Nimroud, découvert par Layard [Xineveh and its Remdins, t. I, p. 3i5-317. the Monuments of Nineveh, t. I. pi. 53-56, et Inscrip- tions in the Cuneiform Character, pi. 87-90; cf. Abel-Winckier, Keilschrifttexte, p. 7-12) el con- servé au British Muséum, le sommaire des événements accomplis pendant trente et une années, sur les trente-cinq dont le règne de Salmanasar III se composa : le te\le en a été traduit en français par Oppert, Expédition de Mésopotamie, t. I. p. 342-347, el Histoire des Empires de Chaldée et d [ssyrie, p. 108-117, et par Menant, Annales des Rois d' [ssyrie, p 97-104, en anglais par Sun. the Black Obelish Inscription of Shalmaneser II, dan- les Records of the Paît, 1" Ser., t. V. p. -27. el par ScKBiL, Inscriptions of Shalmanaser II, dans les Records of the Pasl, i"' Ser., t. IV, p. 38-52, en allemand par Winckler, Annaleninschrift des Obelisks von tiimrûd, dans Scrrader, Keilinschriftliche Bibliothek, t. I. p.128-151 One relation développée des événements survenus pendant les six pre- mières années a été consignée sur le monolithe de Kourkh (II. Rawlinson, Cun. Ins. II. .!*.. t. III. pi. 7-8); elle a été traduite en français par Menant, Annales des rois d'Assyrie, p. 105-113, en anglais par Sayce', Kurkh Inscription of Shalmaneser, dans les Records of the Past, l" Ser.. t. III, p. 81-100, par Craig, the Monolith Inscription of Salmaneser II, 1887, New Haven, extrait des Hebraica, t. III,

p. 201-2 II. el par Se ., the Monolith Inscription of Shalmaneser II, dans les Records of the Past,

2"' Ser . t. IV, p. :;3-7l, en allemand par Peiser, die Monolith-Inschrift, dans Schrader, Keilin- schriftliche Bibliothek, t. I, p. 130-175. D'autres inscriptions, gravées sur deux des taureaux de Nimroud (Layard, Inscriptions in the Cuneiform Character, pi. 12-16, 16-47), ajoutent des détails nouveaux à l'histoire de plusieurs des campagnes suivantes. Les portes de lu-onze de Balawàt (Pincées, the Bronze-Gates discovered by M. Rassam ni Balawât, dans les Proceedings de la Société d'Archéologie Biblique, t. vil, p. 89-111, et Scheil, the Inscription of Shalmaneser II on the Gates of Balawât, dans les Records of the Past, i" Ser., t. IV, p. 72-79) donnent, à côté d'un texte écrit, une série de reliefs Mir bronze publiés en partie par la Société d'Archéologie Biblique, et sont représentées les guerres qui remplirent les débuts du régne. L'ensemble de ces documents a été classé chronologiquement, transcrit et traduit en français par Amiud-Scheil, les Inscriptions de Sal- manasar II, roi d'Assyrie, 860-824, Paris, 1890.

SALMANASAR III ET L'OURARTOU.

53

plus de turbulence depuis quelques années, l'Ourartou. Rien n'est aussi tour- menté, ni n'offre un terrain si favorable à la défensive que la contrée ses armées allaient opérer. Les volcans qui la façonnèrent aux époques géologiques n'y brûlaient plus depuis longtemps quand l'homme se l'appropria, mais le sol y est marqué encore à l'empreinte de leurs feux. Nappes basaltiques, lits de scories et de cendres, coulées de boues et de laves à demi décomposées, cônes d'éruption intacts ou oblitérés, on s'y heurte presque partout aux ruines

.- *. ■:■ ■-

LES DEUX CtUES DU MO.NT AIUÏIAT1.

de l'incendie primitif. Les fourneaux intérieurs n'y sont pas d'ailleurs éteints si complètement que certains cratères, celui du Tandourek, par exemple, n'exhalent par instants des fumées arides : les eaux sourdent chaudes dans le voisinage et s'enfuient vers la vallée en cascatelles vaporeuses, la terre tres- saille et gronde rauquement. L'échiné de ces Alpes arméniennes s'ente au Sud sur les monts Gordiéens; elle se déploie en zigzags du Sud-Est au Nord-Ouest, puis elle se raccorde aux hauteurs du Pont et aux ressauts derniers du Caucase. De grands pics gelés, anciens volcans pour la plupart, en jalonnent le parcours, l'Akhta-dagh, le Tandourek, l'Ararat, le Bingœl, le Palandceken : l'Ararat dresse à 5160 mètres au-dessus du niveau de la mer ses deux pyramides iné- gales, chaperonnées et rayées de neiges éternelles. Les contreforts qui parlent de la chaîne maîtresse se croisent en tous sens, et l'enchevêtrement de leurs arêtes a dessiné comme un réseau de cavités intermédiaires, les eaux

1. Dessin de Boudier, d'après une photographie d'A. Tissandier.

54 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

s'amassèrent jadis en lacs, presque tous vidés aujourd'hui après la rupture d'une de leurs parois. Deux de ces bassins subsistent pourtant, isolés entière- ment, celui de Van au Sud du pays, et, plus bas vers le Sud-Est, celui d'Our- miali'. Le premier était pour les Assyriens la Mer Supérieure du Nairi, le second la Mer Inférieure'; l'un et l'autre couvraient l'Ourartou contre leurs entreprises. On devait, pour arriver au cœur même du royaume, ou se glisser entre les deux par l'isthme montagneux qui les sépare, ou bien incliner vers le Nord-Ouest, descendre péniblement dans la vallée de l'Arzania, et aborder les Alpes d'Arménie au Nord du Lac de Van. La marche était lente, pénible pour les hommes et pour les chevaux, le long des vallées étroites et tortueuses par lesquelles le tleuve se précipite, par delà les torrents furieux, au milieu des forêts embrouillées l'on n'avançait qu'à la hache, sur les plateaux nus

dont les pluies, les brouillards ou les vents glaçaient et dé' ralisaient à moitié

les soldats, accoutumés à la lumière et aux chaleurs des plaines euphratéennes. La plupart des invasions ne persévéraient pas jusqu'au bout : elles désistaient après avoir livré quelques comhats, puis elles se repliaient au plus vite sur des parages plus cléments. Le corps même de l'Ourartou demeurait presque toujours indemne derrière la bordure de bois, de rochers et de lacs qui amortissait les coups, et nul ne peut dire de façon certaine jusqu'où il atteignait dans la direc- tion du Caucase. 11 possédait la vallée de l'Araxe, peut-être une portion de celle du hour et des steppes qui penchent vers la Caspienne. Le tout formait un Étal incohérent et plein de contradictions, maltraité à la fois et favorisé de la nature dans la variété de ses altitudes et de ses expositions : des cimes rugueuses, des gouffres, des halliers, des cantons ravagés par l'ardeur des foyers souter- rains, des solitudes poudreuses que rien n'anime faute d'humidité, mais aussi des vallons ombreux, des coteaux riants la vigne se marie aux arbres, de \ a^les amphithéâtres d'agriculture l'alluvion s'étale en couches grasses et pro- fondes, où les blés pointent dru, les prairies alternent avec les champs et avec les vergers. >itôt (pif l'habitant fait mine d'y pratiquer un semblant d'irrigation3. Quels en avaient été les maîtres jusqu'alors? On ne sait, mais, au milieu du

I- Pour la description détaillée du massif des monts d'Arménie et de la région des deux lacs, cf. Elisée Reclus, Nouvelle Géographie Universelle, t. IX, p. I80-1S5, 321 sqq.

■2. Schrader, die Namen der Meere in den Assyrischen Inschriften, p. 189-193, el zm- Géographie des Assyrischen Reichs, p. 7; Delattre, qui s'était élevé assez vivement contre cette identification {Esquisse de Géographie Assyrienne, p. 15-18), s'est rallié depuis à l'opinion .le Schrader (Encore un mot sur lu Géographie Assyrienne, p. 15-18).

3. Le renom de fertilité de l'Ourarti, surtout des parties arrosées par l'Araxe. est attesté entre nulles par saint Jérôme : « Ararat autem regio in Armenia campestris est, per quant Araxes Huit, incredibilis ubertatis, ad radiées Tauri montis qui usque illuc extenditur « (Comm.ad Jes., XXXV11, 'M sqq.).

LES PEUPLES l)E L'OURARTOU.

53

ixe siècle, plusieurs principautés se le partageaient, dont le siège et les limites sont mal déterminés. On pense que l'Ourartou était à cheval sur l'Araral et sur I'Araxe, que le Biaina encadrait le lac de Van', et que les Mannéens domi- naient aux rives orientales et septentrionales du bassin d'Ourmiah5 : les autres flottent encore comme à l'aventure sur les bras divers de l'Euphrate ou sur les penchants des Alpes arméniennes. La population y était probablement

LE ROYAUME

DOURARTOU

0 i !

m

Vrl&iui&l't

"3 ^tifek-^rt1,^

■%-

■tçk

fort mélangée, car ces montagnes ont de tout temps offert un asile sur aux proscrits, et chacune des migrations qui bouleversèrent l'Asie Antérieure y a échoué quelques débris des nations voisines. L'élément principal, celui des khaldi !, appartenait par le sang à cette grande famille de tribus qui s'étendaii

1. Hyverxat, dans Miller-Simonis, du Caucase un Golfe Persique, p. 523-524. Ourartou osi !<■ seul

nom que les Assyriens eoi ssenl pour le royaume de Van; il a été rec n dès le début îles

études assyriologiques, ainsi que l'identité avec PAraral dos livres hébreux el avec les Alarodiens d'Hérodote (II. Rawlinson, mi the Alarodiansof Herodotw, dans <'.. Rawlinson, Herodotus, t. IV, p. 203-

206). On remarqua dos li îme temps que le terme Biaina des inscriptions vanniques, In Biéda par

llimks, répondait ii l'Ourartou des assyriennes, mais on le rapprochait du nom de l'Adiabène, par

suite de cette fausse lecture. Sayce le premier a montré que Biaina était li i du pays de Van el

«In royaume <|<ii avait Van pour capitale [the Cuneiform Inscriptions of Van, deciphered and trœns- latcd, dans le ./. R. As. Sur., New Séries, I. XIV, p. 388-396); l'expression liiii'nii. qu'il en rapproche, n'i-si pus une forme secondaire du nom vannique, mais une locution de langue courante, el elle

doil être rayée du vocabulaire géographique (S uier, Keilinschriflen und Geschichlsforscltung,

p. Il", note, el Zur Géographie des Assyrischen Heichs, p. il. note I).

2. Les Mannai oui été identifiés au débul avec le peuple de Van (Fr. Lenormant, Lettres assyriolo- giques, t. 1. p. 22) Sayce a reconnu le premier qu'on devail les placer au voisinage du lac d'Our- miah {Ihe Cuneiform Inscriptions of iun. dans le ./. /.'. 1*. .Soc., .V. S., t. XIV, p, 388-389, 100), au Nord et à l'Est de ce lac (Belck, das Reich der Hannxer. dans les Yerhandlungen der Berliner anthropologischen Gesellschafft, 1896, p. iNiii Ils sojïl les Mono de Jérémie il.l, 27). el c'esl dans

leur pays, la Hinyas, qu'une tradition plaçait l'arrêl de l'arche après le Déluge universel iN .as

us Damas, Fragtn. 76, dans Mûllbr-Didot, Fragmenta Historicorum Grœcorum, l III. p. il.;, cf. Josèphe, Ant. .Iml.. I, m § 6).

'.\. L'attribution du nom de Khaldi aux indigènes, soupçonnée par Sayce {ihe Ancicnt Empires of

56

LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

en travers du Taurus, des rives de la Méditerranée à celles du Pont-Euxin, Khalybes, Moushkhou, Tabal, Khàti. Le peu qui nous a été conservé de la langue s'apparente au peu que nous connaissons des idiomes parlés par les gens d'Arzaspi ou du Mitâni, et ce qu'on entrevoit de la religion ne manque pas d'analogie avec les vieux cultes hittites'. Les monuments nous rendent d'ailleurs, chez ces Arméniens primitifs, la plupart des traits qui caractérisent les Arméniens actuels. Ils nous les révèlent hauts de taille, robustes, lourds, tenaces, âpres au labeur et à la bataille, fiers de leur indépen- dance5. Une partie d'entre eux me- naient la vie du pâtre, errants à la garde de leurs troupeaux pendant le meilleur de l'année, et forcés de suivre l'herbe île la vallée aux forêts et à la montagne selon la sai- son, puis bloqués par les frimas pendant l'hiver, dans ces habita- tions à demi souterraines leurs successeurs se cloîtrent aujourd'hui encore3. Quand le sol s'y prêtait, ils le cultivaient avec une habileté rare, et ils lui arrachaient des récoltes abondantes. Ils s'ingéniaient à capter les sources, à les conduire au loin par des systèmes de rigoles, à les déverser sur leurs champs et dans leurs jardins"; ils s'entendaient à soutenir par des

the East, Herodotos I-III, p. 17. m et par Hommel [Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 627, note - . a été démontrée par Lehniann (Belck-Lehmann, Ueber neuerlich aufgefundene armeniscfie Keilinschriften, dans la Zeitschrift fur Ethnologie, 1892, p. 131-132, ein neuer Eerrscher von Clialdia, dans la Zeitschrift fur Assyriologie, t. IX. p. 83-90, Chaldische Forschungen, dans les Verhandlungen th> Berliner anthropologischen Gesellschaft, 1895, p. 578-592). Jensen seul a jusqu'à présent soulevé des objections contre cette identification (Gmndlagen fur cine Entzifferung der Khalischen oder Cilicischen Inschriften, y. 124; cf. /. il. D. Morgenl. GetelU., t. XLV1IF, p. 434).

1. Ieksen, Vorstudien zur Entzifferung des Mitanni, dans la Zeitschrift fur Assyriologie, t. VI. p. 59-60, 65 sqq., et Grundlagen fûreine Entzifferung, p. 128 sqq. ; Belck-Lehmann, Ueber neuerlich aufgefundene Keilinschriften in russisch und tûrkisch Arménien, dans la Zeitschrift fur Ethno- logie, 1892, p. 129-130. Fr. Lenormant avait essayé de comparer la langue des inscriptions ourar- tiennes an géorgien [Lettres assyriologiques, t. 1. p. 124-133).

2. Cf. ce que Xénophon dit des khaldi de sou temps : 'EXéyovTo d! XaXSatoi ÈXEÛBepoÉ -z -/.où STXxcu.01 Etvai (Anabase, IV, m s; 4; cf. V. \ s; 17), el la peinture qu'il trace de leurs mœurs guerrières dans la Cyropêdie, III. u >; ~.

3. Elisée Reçus. Nouvelle Géographie universelle, t. IX. p. 355. Xénophon décrit un de ces villages souterrains qui était situé entre l'Euphrate septentrional et le pays des Chalybes (Anabase, IV. v § 25-27

4. Dessin de Faucher-Gudin, d'après une photographie de Eormuzd Bassam; cf. Hormuzd Rassau, isshur and (lie Land of Nimrod, p. 378.

5. sur ce- conduites d'eau, sur le- traces qui en restent, et sur le parti que les gens d'Ourartou

DÉBRIS HE BOUCLIERS VOTIFS DE TRAVAIL OIÏURT1EN *.

LA CIVILISATION DE L'OURARTOU.

57

murs l'humus toujours prompt à s'ébouler sur leurs pentes rapides. Les industries étaient peu développées chez eux, sauf peut-être celle des métaux; n'étaient-ils pas les cousins de ces Chalybes politiques, dont les mines et les forges approvisionnaient déjà de fer le monde hellénique? On a recueilli dans leurs ruines des statuettes, des coupes, des boucliers votifs, les uns travaillés au repoussé, les autres burinés: on y voit des zones concentriques d'animaux

LE SITE DUNE VILLE OURARTIENNE \ TOPRAH-KALÉH '

ou de personnages, traitées à l'assyrienne, mais d'un beau style et d'nnv dextérité de touche remarquable. Ils habitaient des bourgades, fortifiées pour la plupart ou perchées sur des hauteurs de défense facile, telles que celles de Van et de Toprah-Kaléh. Leurs villes étaient petites, même les villes royales, et ne pouvaient se comparer aux cités de l'Assyrie ou de l'Aramée. Elles affectaient d'ordinaire la ligure d'un carré long, dessiné avec plus ou moins d'exactitude. Les murs en élaienl construits de blocs équarris grossièrement

en tiraient, cf. Belck-Lf.hhann, Ueber neuerlich aufgefundene Keilinschriflen, dans la Zeitschrift fur Ethnologie, I «i<2, p. 136-1 17. Miltheilung ûber weitere Ergebnisse ihrer Studien, dans les Verhandlunge.n der Berliner anlhropologischen Gesellschaft, 1892, p. 177-483, el Chaldische Forsckungen, dans le même recueil, ism;, p. 309-315. La tradition arménienne, d'accord avec la tradition classique, attri- buail la construction de ces canaux ii Sémiramis, Storia di Mose Corenese, Venise, 1841, p. 51-54. l. Dessin dr Boudier, d'après une photographie de il. Binder, communiquée /un le P. Schéil.

58

LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

et couchés en lits réguliers, mais sans mortier ai lien d'aucune sorte; la crête en était crénelée, des tours carrées les flanquaient d'espace en espace, et des braies en masquaient le pied aux points le plus menacés. On accédait à l'huis par des sentiers étroits et dangereux, parfois courant en corniche sur la face à pic du rocher1. Les maisons particulières étaient d'une facture assez simple, des boites rectangulaires de pierre ou de brique, nues à l'extérieur et

LKS RUINES D UN PALAIS 0URART1EN A TOPRAH-KALÉH .

percées de portes basses, mais surmontées parfois d'une galerie ouverte que de courtes colonnettes soutenaient; une terrasse couronnait le tout, ou souvent un toit à double pente, mieux approprié que la terrasse à braver les pluies et les neiges île l'hiver. Les palais princiers se distinguaient îles habitations privées par les dimensions des parties et par le soin plus minutieux de l'ap- pareil. On leur appliquait quelquefois une façade à colonnes, décorée de bou- cliers ou de dis pies en matai sculptés; des dalles de pierres rayées d'inscrip- tions revêtaient les parois des salles intérieures, sans qu'on ait constaté si les rois joignaient aux dédicaces et au récit de leurs victoires le tableau des

I. Gelck-Lehsann. Chaldische Forschungen, dans lus Verhandlungen derBerliner anthropologischen GeselUchaft, l.s;>j. p. 601-614.

•2. Desun de Boudier d'après une photographie de Hormuzd Rassam; cf. Ilonsiizu Hassam, Asshur uml the Liiiul nf tiimrod, p> 370.

60

LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

batailles livrées et des citadelles détruites. Le mobilier ressemblait à celui des maisons ninivites, mais en moins riche, et peut-être les pièces les plus précieuses y étaient-elles importées de l'Assyrie ou des manufactures ara- méennes. Les temples paraissent n'avoir différé qu'assez peu des palais, au moins pour qui les apercevait du dehors. La maçonnerie en était plus régu- lière et la disposition plus savante; le parvis s'y encombrait de mers d'airain et de statues; le matériel y comprenait des autels, des pierres d'offrande, des

idoles humaines ou bes- tiales, des cratères iden- tiques à ceux des sanc- tuaires euphratéens, mais nous ignorons le détail et la nature des cultes auxquels il servait1. Un être suprême, Khaldi,dieu du ciel autant qu'on peut le croire, protégeai! la nation entière, et lui don- nait son nom comme As- sour aux Assyriens, comme Kashshou aux Cosséens, comme khàtou aux Khàti : il était assisté dans le gouvernement de l'univers par le dieu de l'Air, Téisbas, et par celui du Soleil, Ardinis. Des bandes de divinités secondaires se ralliaient autour de cette trinité souveraine, Aouis, l'eau, Ayas, la terre, Sélardis, la lune, Kharoubainis, Irmousinis, Adaroutas, Ai/.imélas : une seule inscription en énumère quarante-six, dont plusieurs n'étaient adorées que dans une localité déterminée. 11 semble que ce Panthéon ne souffrit point de déesse indigène : la seule qu'on y ait signale jusqu'à pré- sent, Saris, est probablement une variante des lshtar de Ninive ou d'Arbèles, empruntée sur le tard aux Assyriens3.

Les premiers conquérants ninivites considéraient les régions du Nord comme une dépendance naturelle du Nairi, et ils leur en appliquaient le

I. On en verra des exemples aux planches iiu-lil du Monument de Ninive de Botta, dont une partie es) reproduite aux vignettes des pages 59 et 60 du présent volume.

-1. Dessin de FaKcker-Gudin, d'après Botta, le Monument de Ninive, t. II. pi. 1 10. Des scribes pèsent de l'or; les soldais luisent une statue de dieu à coups de hache.

M. Suer, the Cuneiform Inscriptions of Van deciphered and translated, dans le J. /;. As. Soc. N. S., t. XIV. p. U -2-117.

y*

ëfWmmSmm

Il MOBILIER II IN TEMPLE Ol'RARTIEN EMPORTÉ OU BRISÉ PAR DES SOLDATS ASSYRIENS8.

LA PREMIÈRE CAMPAGNE DE SALMANASAR 111 CONTRE L'OURARTOU. (il

nom'. Ils n'y connaissaient aucun Etat qui lût de taille à lutter contre eux vic- torieusement, mais quantité de provinces hostiles les unes aux autres, et que leurs discordes condamnaient sans rémission à être la proie de l'étranger*. Deux royaumes avaient fini pointant par s'y constituer vers le commencement du ix' siècle, l'un à l'extrémité orientale, celui des Mannéens, l'autre, l'Ourar- tou, au centre même du pays. L'Ourartou embrassait, outre le district même de l'Ararat, le canton de Biaina et le bassin entier de l'Arzania : l'une "de ses

SALMANASAR III TRAVERSE LA UOHTA'GNE SUR SUN CHAR3.

capitales, Arzashkoun, se dissimulait probablement vers les sources du fleuve, comme retranchée derrière des épaisseurs de bois presque infranchissables à des armées régulières'. Cette puissance, si peu organisée qu'elle lût, ne laissa pas que d'inspirer des inquiétudes à ses voisins. Assournazirabal parle d'elle par aventure, afin de repérer vers le nord la frontière de son empire4, mais le soin qu'il mit à éviter tout ce qui pouvait la déchaîner contre lui montre en quel respect il la tenait : il la craignait autant que Damas, et après l'avoir presque touchée dans sa deuxième campagne, il préféra suspendre son élan en plein

I. Voir chez Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforsckung, p. 579, l'énumération des pays compris dans le concept du Nairi Non- verrons plus loin que l'un des premiers rois d'Ourartou, Araraé, se donnait à lui-même le titre de roi du Nairi; cf. t. III, p. 62, de cette Histoire.

■1. La seule inscription de Tifjalpliala-ar I ' contient l'énumération de i'.i rois ilu Nairi [Annales,

col. IV. I. 71-83) et la mention de soixante mis di Sme pays(W., I. 96-98); cf.ee qui est dil i ce

sujet au t. II. p, 653-654, de celle Histoire.

3. Dessin de Faucher-Gudin, d'après un des reliefs en bronze de la porte de Balawât.

I. Monolithe de Salmanasar III. col. il, I. 47-5 i. Arzashkou, Irzashkoun, paraît être la forme assyrianisée d'un composé ourardien en /.« (Savce, the Cuneiform Inscriptions «[ l«», p. 129-130, 436), construil sur un nom propre Arzash, que rappelle celui d'Arséné, Arsissa, appliqué par les

anciens ; i- pallie du lac ,1e Van (Strabon, XI, in g 8, p. 529). Arzashkoun pourrait être l'Ardzik

des historiens, arméniens i l'Ouest de Malasgert.

62

LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA Ll'TTE POUR LA SYRIE.

triomphe plutôt que de la choquer. Elle parait avoir été concentrée alors entre les mains d'un certain Shardouri, (ils de Loutipri1, puis elle dévolut, an milieu du règne, à celles d'Aramé, qui s'intitulait roi du Naîri, et dont l'ambition pro- voqua peut-être les défections qui forcèrent Assournazirabal à endosser l'ar- mure dans sa dix-huitième année : les Assyriens se bornèrent encore à châtier leurs vassaux traditionnels, et ils ralentirent leur mouvement aussitôt qu'ils

approchèrent de l'Ou- rartou*. Leur succès ne fut d'ailleurs qu'as- sez éphémère ; à peine eurent-ils évacué la place, les désordres recommencèrent avec plus de violence, très probablement à l'ins- tigation d'Aramé'. Sal- manasar 111 trouva la situation assez. compro- mise, à l'ouest comme au sud du lac de Van : une partie des peuples

LES GENS D1 SHOUGOUNIA COMBATTANT LES iSSYMENS5. . •.!••'

qui avaient obéi a son père axaient transféré leur allégeance ailleurs, le Khouboushkhia, les pâtres des monts Gordiéens, les Araméens de l'Euphrate4. Il prit sans tarder ses mesures pour les ramener au devoir, et il quitta Kalakh peu de jours après le couron- nement. Il piqua d'abord vers l'est, enfila la passe de Simisi, brûla la cité d'Aridi, et témoigna par cette exécution qu'il était décidé à ne pas ménager les rebelles plus que son père n'avait fait avant lui5. Ils se le tinrent pour dit, et,

1 La place de ce Shardouri, qui sérail jusqu'à nouvel ordre Shardouri I. a été indiquée par Iîh.ik, das Reich der Mannâer (dans le* Verhandlungen der Berliner anthropologischen Gesellschaft, 1894, p. 186) et par l.nmwv Schat Kischschati (dans la Zeitschrift fur Assyriologie, t. XI. p. 208-202).

2. Cf. le récit de cette campagne, plus haut, nu t. III. p. 50 de cette Histoire.

3. Dessin de Faucher-Gvdin, d'après nu tl<* bas-reliefs en bronze de la porte de Balawât.

I. I.rliin.iiiii (Sehar Kischschati, dans la Zeitschrift fur Assyriologie, p. 201-202) a très juste- ment attribué ce recul de la puissance assyrienne à l'extension de l'Ourartou.

'i. In passage de YObélisque noir, I. 190, constate qu'on pouvait « descendre jusqu'au commen-

cemenl du Khalmân par la passe de simi-i ». ce qui a décidé Hou I (Geschichte Babyloniens und

[ssyriens, p. 593) à diriger celle première expédition sur le plateau <le Mcdie par les passes voi- sines de Holwân. Le terrain parcouru par Salmanasar présente les mêmes noms qu'Assournazirabal rencontra dans une de ses campagnes, et, par conséquent, il doit être cherché vers l'Esl et vers le Nord-Est, -ans que je puisse placer Puis ces noms sur la carte.

SALMAN'ASAI! III SIR LES BORDS DU LAC DE VAN.

63

sur l'instant, tous les peuples de la contrée accoururent lui rendre hommage, avant même qu'il eûl levé son camp d'auprès Aridi, Khargéens, Kharmaséens, Simiséens, gens de Simira, de Sirisha, d'Oulmania. 11 coupa ensuite au plus court par des sentiers, qu'il dut frayer à la pioche pour ne pas se priver des services de ses chars et de sa cavalerie; il se rua sur le Khouboushkia : il y incendia cent villes, poursuivit le roi Kakia au fond des halliers, cl le con- traignit à se soumettre sans conditions. De là, il remonta clans la principauté

Ils PRISONNIERS DB SHOGGOUNIA, LbS BRAS LIÉS KT LA CANGUE AL COI

de Shougounia <pii dépendait d'Animé, la dévasta malgré la résistance déses- pérée que les habitants lui opposèrent sur les pentes de leurs montagnes, et, courant au lac de Van, il y accomplit les cérémonies auxquelles les rois d'As- syrie s'astreignaient chaque fois qu'ils atteignaient les bords d'une mer nou- velle. 11 lava ses armes dans les eaux, offrit un sacrifice aux dieux et leur jeta les lambeaux de la victime, puis il sculpta son image sur la face d'un rocher bien en vue; connue il rebroussait, le Gil/àn lui paya son tribut2. Ce n'était qu'un prélude heureux : après s'être reposé quelques semaines à Ninive, il s'ébranla de rechef, el il alla faire reconnaître son autorité dans les terres occi- dentales de son empire. Akhouni, prince du Bit-Adini, qui se sentait le plus menacé, avait groupé dans une même ligue les chefs de toutes les cités cpii

1. Dessin de Faueher-Gudin, d'après un des bas-reliefs en bronze de la porte de Balawât.

2. Le sommaire de celle première campagne >e lit sur {'Obélisque unir, 1. 22-26 ; le récit détaillé, sur le Monolithe, col. I, 1. ' 1-29. Cf. Pkiser, die Monolilh Inschrift, dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliothek, t. I, p. 152-157, et Amiaud-Scheil, les Inscriptions de Salmanasar 11, p. 8-13

64 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

avaient plié jadis devant Assournazirabal, le Gourgoum, le Samalla, le (Joui, le Patinou, Carchémis, les Khàti. Salmanasar lui saisit ses villes de Lalati' et de Bourmarana, le refoula au delà de l'Euphrate et, toujours à ses trousses, il ramassa comme à la volée les redevances du Gourgoum, puis tondit sur le Samalla. Il y écrasa, sous les murs de Loutibou2, les contingents combinés de l'Adini, du Samalla, et du Patinou, il se dressa un trophée aux sources de la Salouara8, puis il obliqua vers le sud et il franchit l'Oronte sur les talons du roi de Patinou, Shapaloulmé. 11 se heurta non loin d'Alizir à une armée nouvelle figuraient, avec Akhouni et le souverain du Samalla, les milices de Carchémis, du Qoui, de la Cilicie, de I'Iasbouki ' : il la dispersa, incendia les châteaux de Shapaloulmé, s'amusa à couper des cèdres et des cyprès dans l'Amanus, au canton d'Atalour, et grava une stèle triomphale sur le flanc de la montagne. 11 infléchit ensuite à l'est, recueillit d'affilée l'hommage des villes de Taia . >\r Khazazou, de Noulia, de Boutamou, recul les contributions de l'Agousi, et rentra joyeux dans Ninive6. Un cortège bariolé l'accompagnait, dont la variété accusait aux yeux de tous l'immensité des marches accomplies pendant cette première campagne : les peuples les plus divers y figuraient parmi les prisonniers, les Khàti en robe longue et à la lourde coiffure derrière les montagnards du Shougounia, nus, la cangue au cou et coiffés de ce casque au timbre bas, au cimier trapu, qui a un aspect si étrangement moderne sur les bas-reliefs assyriens. Le résultat réel n'était peut-être pas en rapport avec l'activité dépensée. Cette chevauchée d'Orient en Occident avait causé des dommages sensibles aux peuples insurgés. Elle leur avait coûté beaucoup d'hommes, beaucoup de bestiaux, ravi beaucoup de butin, exigé d'eux des tri- buts considérables, mais elle n'avait pas réussi à les décourager : sitôt qu'ils n'aperçurent plus un soldat assyrien à proximité, ils se considérèrent comme

I. Lalati esl probablement la Loulati des Égyptiens [Liste de Thoulmosis III. «• /!:'). comme l'a vu Tomkins, Noies on the Geography of Northern Syria, dans le Babylonian and Oriental Record, l. III, p. i2. Le site moderne n'en est pas connu, non plus que relui de Bourmarana.

i. Le nom peut se lire ;mssi Tibtibou, Dibdibou ; sur la finale en-ib de certains noms propres de cette région, cf. Su bai . Inschrift des Kônigs Panammû, dans Luscban, Ausgrabungen in Sendschirli, t I. p. 9. Peut-être Tibtibou, Dibdibou peut-il répondre au village moderne de Domdomou, Donmdoum Houyouk.

3. Le Karasou, ainsi qu'il a été dit ailleurs, t. II. p. ~. note 3, de cette Histoire.

1. Le pays à lasbouki est représenté par lishbak de la Genèse (XXV. î>. le Mis qu'Abraham eut de Qétoura et que le livre hébreu nomme i> côté deShouakh (Fr. Dklitzsch, Assyriologische Notizen mm Allen Testament, dans la Zeilschrift fur Keilforschung, l. II. p. :'-2).

:;. Taia pourrai! être Kefer-Daya de la carte de Rey, qui est situé à quelque distance au sud d'Azaz el île lenntb; Tomkins [Notes on lin- Geography <>/ Northern Syria dans \& Babylonian and Oriental Record, t. III. p. 6) préfère le Kefr-Taï de Sachau [Reise in Syrien und Mesopotamien, p. i.'i!i). ii l'Ouesl même d'Alep.

i; Obélisque noir, I. 26-31, et Monolithe, col. I. 1. 29-54, col. 11. L 1-13; cf. Peiser, die Monolith- Inschrift, dans Schràdbr. Keilinschriftlicke Bibliothek, t. 1. p. IS6-.161 , et Amuhd-Scheii., les Inscrip- tions de Salmanasar II. p. 12-19.

? -y

lu- ] . \m:. de i. ORIENT. T.

66 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

libres de toute agression ultérieure. Ils pensèrent probablement qu'un sem- blant de sujétion satisferait l'envahisseur ainsi qu'il avait suffi à son père, mais Sahnanasar n'entendait pas se contenter de cette dépendance nominale : il voulait imposer à tous les Etats que son épée lui livrerait une obéissance effective, bien constatée par le paiement de redevances régulières et par un ensemble de devoirs à remplir envers le suzerain. 11 revint à la charge d'année en année, sans se lasser, jusqu'au moment ils furent obligés de s'avouer les plus faibles et de se résigner à leur servitude.

C'est une histoire monotone. Le roi se rue sur l'Adini au printemps de 859, bat Akhouni près de Toulbarsip, jette ses régiments vainqueurs au delà de l'Eiiphrate sur des radeaux d'outrés, enlève Sourounou, Paripa, Dabigou1, six châteaux, deux cents bourgades, pénètre ensuite sur le territoire de Carchémis, et le pressure si rudement que les autres chefs hittites se hâtent de prévenir l'attaque par leur soumission. La seule énumération de leurs présents prouve à la fois leur richesse et la terreur que l'approche des Assyriens leur inspirait : c'est ainsi que Shapaloulmé du Patinou versa trois talents d'or, cent d'argent, trois cents de cuivre, trois cents de fer, sans parler d'une redevance annuelle qui consistait en un talent d'argent, deux talents de pourpre, deux cents grosses poutres de cèdre. Le Samalla, l'Agousi, le Koummoukh furent taxés chacun en proportion de leurs ressources, mais leur reddition ne préjugeait pas celle de l'Adini". Akhouni, placé sur la frontière même du territoire nini- vite, comprenait qu'il ne s'agissait plus pour lui d'une dépendance légère, comme pour ses cousins d'au delà l'Euphrate : le contact immédiat entraînait un asservissement plus étroit, qui l'abaisserait promptement de la condition de vassal à celle de sujet et ferait de lui un simple préfet. Abandonné par les Khàti, il chercha d'autres alliés vers le nord, et il se concerta avec les gens du Naîri et de l'Ourartou. Lorsqu'en 858, Sahnanasar III eut pénétré dans Toulbarsip et refoulé les débris de la garnison sur la rive droite de l'Eu- phrate, un mouvement d'Aramé le força à lâcher prise. 11 fortifia rapidement

l. Fr. Lenorraanf (les Origines <lr l'Histoire, t. III. ]>. 328) idenliliait la Paripa assyrienne avec la Farioua des Égyptiens (Liste de Thoutmosis III. »" i4T)\ le site moderne d'el-Farà, proposé pour

les deux par I kins (Notes <m the Geography of Northern Syria, dans le Babylonian and Oriental

Record, l III. p 42), nous entraîne beaucoup ln>|> au sud. Salmanasar passe l'Euphrate vers Toul- Barsip, ce c|ui le mène dans la contrée située entre Birédjik, Roum-kaléh et Aintab, et c'est qu'il convient de chercher les villes dépendantes d'Akhouni. Dabigou me parait répondre au Dehbek île la carte de liev. un peu au Nord-Est d'Aintab (cf. ee qui est dit plus liant, au t. III, p. 31, noie I, il cette Histoire) : le- sites de Paripa et de Sourounou me sont inconnus.

i. ()l>rlis,/iir, I. 32-35, et Monolithe, col. Il, I. 13-30; cf. Peisek, die Uonolith-Inschrift, dans Schrader, Keilinschriftliclie Biblioihek, t. I. p. 160-163, et Aui.ud-Scheil, les Inscriptions de Salma- nasar 11, p. lS--2:i.

L.V CONQUÊTE DU I5ÎT-ADINI ET DU NAlRI.

m

Toulbarsip, Mappigi, Aligou, Pitrou, Moutkînou, y installa des -eus à sa dévotion pour dominer les gués, ainsi que son ancêtre Salmanasar I" l'avait fait six siècles auparavant1, puis il remonta du Nairi par la voie du l!il- Zamani, mit l'Inziti à feu et à sang, déboucha sur les bords de L'Arzania, pilla le Soukhmi, le Dayaini, se montra sous les murs d'Arzashkoun. Aramé se retira sur le mont Addouri et y affronta l'assaut dans une position des plus toiles. 11 eut le dessous : 3400 de ses soldats restèrent sur le carreau, son

SHOl'A, ROI Ut GILZÀN, AMENE 11N CHEVAL HARNACHÉ Â SALMANASAR*.

camp, son trésor, ses chars, tout son matériel tombèrent aux mains du vainqueur, et lui-même u'échappa qu'avec peine; Salmanasar foula le pays « comme un taureau sauvage piétine et foule les champs », incendia les villages et les moissons, détruisit Arzashkoun, dressa aux portes des pyramides de tètes coupées qu'il entoura d'un cercle d'empalés. Il escalada les chaînes de l'Irilia et dévasta à loisir l'Aramali, puis le Zanziouna, redescendit aux rives du lac de \an, y renouvela les rites qu'il avait accomplis dans sa première année, et sculpta sur l'un des rochers voisins une inscription il racontait

I. Cf. ce qui est dit à ce sujet au t. Il, p. ii»T, 6G3, de cette Histoire. Pitrou, la Pétor «le la Bible {Nombres, XXII, 5) était située vers le confiuenl du Sadjour et de l'Euphrate [Monolithe >!*■ Sal- manasar, col. Il, I. :i'i), quelque part vers le campement Oshériyéh de Sachau [Beise m Syrien, p. 156-158). Moutkînou était sur l'autre rive, peut-être au Kharbét-Beddal, presque en l'ace de Pitrou. Na|)|ii^'i était sur la rive gauche de l'Euphrate, ce qui exclul l'identification avec Mabog-Hiérapolis, proposée par- Hommel [Gsschichte Babyloniens und Assyriens, |>. 607); Nabigath, dont parle Tomkins [Notes on the Geography of Northern Syria, dans le Babylonian and Oriental Record, t. III, p. 12 . esl trop loin à l'Est. Il faul chercher Nappigi, de même qu'Aligou, dans le canton compris entre le r-uiirs de l'Kuphrate et la ville de Saroudj.

i. Dessin de Faucher-Gudin, d'après un des bas-reliefs de l'Obélisque Noir; cf. Laïard, the Monu- ments of Nineveh, t. 1, pi. 54.

IIS

LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

ses prouesses. Il se rabattit de sur le Gilzàu, le roi Shoua lui amena un cheval harnaché en signe d'hommage. Il l'accueillit gracieusement el il exigea de lui les contributions accoutumées, chevaux de char, moutons, vin, plus sept chameaux à deux bosses dont la silhouette grotesque amusa les badauds de Ninive. Au sortir du Gilzàn, le Khouboushkhia se hasarda à lui barrer la route : le roi Kakia y perdit sa cité de Shilaia, trois mille soldats, des tau- reaux, des chevaux, des brebis sans nombre. Le Khouboushkhia pacifié, il

CHAMEAUX A DEUX BOSSES DU G1LZA.N '

regagna enfin Assour par les défilés du Kirrouri el il vint se reposer à Kalakb des fatigues de sa campagne2. Cependant Akhouni ne se décourageait pas : rejeté sur la droite de l'Euphrate, il avait profité de la diversion qu'Aramé avait créée en sa faveur pour se cantonner solidement parmi les collines de Shitamrat, le dos au fleuve". Salmanasar aborda ses lignes de front, les rompit après trois jours d'escarmouches préliminaires, et trouva l'ennemi rangé en bataille en avant de sa dernière citadelle : il le chargea sans balancer, le cul- buta, l'obligea à crier grâce. Akhouni eut la vie sauve, mais il fut interné dans un village des environs d' Assour avec les restes de son armée, et l'Adini devint terre assyrienne à tout jamais. La guerre s'achevait à peine à la frontière occi- dentale qu'elle recommença à l'Orient. Le roi traversa rapidement la passe de

1 Dessin de Faucher-Guiin, d'après un des bas-reliefs en bronze <lc In porte <lr Balawâl.

2. Obélisque, I 35-41, Inscription de Balawàt, col. II, 1. 5-6. col. 111, 1-3. Monolithe, col. II. 1. 30-66; cf. Peiser, die Monolith-tnschrift, dans Schr.ider, Keilinschriftliche Bibliothek, t. I, p. 162-

169, et Amiu h -Si iikil. les Inscriptions de Salmanasar II, p. 22-31.

3. La position île Shitamrat peut répondre aux ruines du château île Roum-kaléh, i]ui défendait un îles passages de l'Euphrate à l'époque byzantine.

LA PREMIÈRE ATTAQUE CONTRE DAMAS.

69

Bounagishlou et fondit sur le Mazamoua : les indigènes, décontenancés par son impétuosité, se flattèrent pourtant de lui échapper en montant leurs bateaux et en allant mouiller au large du lac d'Ourmiah. Salmanasar fabriqua des radeaux d'outrés, y embarqua ses hommes et pourchassa les fugitifs en pleine eau. Il les vainquit, « teignit la mer avec leur sang comme de la laine », et ne se retira qu'après les avoir contraints à implorer l'aman1.

Cinq années avaient suffi pour anéantir l'Adini, entamer l'Ourartou, confir-

hèm-j* ►*<*=* \jm.mMâ

mer dans l'obéissance les États tributaires de la Syrie, mais Damas et Babv- lone demeuraient indemnes, e( le moment ne pouvait tarder l'on devrait soit les saisir au corps, soit enrayer l'élan belliqueux du début et, comme Assournazirabal, ne plus songer qu'au repos. Salmanasar était lancé trop à fond pour s'arrêter au parti pacifique : il se décida d'emblée à l'offensive contre Damas, et j'imagine que la connaissance qu'il eut des succès d'Akhab ne fut pas étrangère à sa résolutionn; si le roi d'Israël avait eu le dessus avec ses seules ressources, Assour, qui se sentait singulièrement plus robuste qu'Israël, n'avait pas à douter du résultat final. C'était pourtant une puissance inquiétante que celle dont Adadidri disposait alors : seigneur immédiat de la Cœlésyrie et du Haourân, il avait su rassembler autour de lui dans une condi-

I. Obélisque, I. 15-52, Inscription (!<■ Balawàt, col. III. I. 3-6, el Monolithe, col. II. I. 00-78; cl. Priser, die Uonolith-Inschrift, dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliothek, I. I. p 168-171, et Amim ii-Si.hhi.. lei Inscriptions de Salmanasar II. p. 30-81.

i. Di-sxui tir Faucher-Gudin, d'après un des bas-reliefs </<■ l'Obélisque Noir; cf. Layard, tin: Monu- ments of Nineve/t, l. I. pi. 56.

3. Sur les guerres d'Akhab avec Idadidri, cf. ce qui esl .lit au t. II. p. 7s:; sqq.,de celte Histoire.

70 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

tioo de vassalité plus ou moins précaire, Hamath, Israël, Ainmon, des hordes d Arabes et d'iduméens, Arad et les principautés de la Phénicie septentrio- nale, Ousanata, Shianou, Irkanata1, en tout douze peuples ou douze souverains dont les forces réunies aux siennes constituaient au besoin une armée de près de 100 000 hommes : quelques années encore, et ces éléments se fondaient peut-être en un royaume unique, capable de braver les menaces de l'étranger2. Salmanasar, sorti de Ninive le 14 du mois d'Ivàr Soi, sabra, chemin faisant, les Araméens du Balikh dont le shéikh Giammou manifestait des velléités d'indépendance, franchit l'Euphrate à Toulbarsip et tint une cour plénière à Pitrou pour ses sujets syriens : Sangar de Carchémis, Koundashpi de Koum- moukh, Aramé d'Agousi, Lalli de Mélitène, khaiani de Samalla, Garparouda qui avait succédé à Shapaloulmé en Patinou, et un autre Garparouda de Gour- goum3, le rallièrent avec leurs cadeaux de bienvenue, et probablement aussi avec leurs troupes. Le cérémonial terminé, il piqua sur Khalmàn et la dompta, puis il plongea parmi les collines qui s'étendent entre khalmàn et l'Oronte et il se répandit sur le territoire de Hamath. Il débuta par quelques succès faciles, rançonna ou brûla comme de fil Adinnou, Mashgâ, Arganà, Qarqar, mais au delà de Qarqar il choqua les avant-postes damasquins1. Adadidri

I. Irkanata, l'Arqanatou des Égyptiens iMix Môller, Arien und Europa, p. 246), peut-être l'Irqata des tablettes d'El-Amarna (Winckier, die Thontafeln von Tell-el-Amarna, p 170-171, 172-173) est l'Arka de Phénicie. Les autres pays énumérés sont également situés dans ces parages. Shianou (lu longtemps Shizanou) la Sinni de la Bible [Genèse, X, 17). esl mentionnée par Tiglatphalasar 111 sous le nom de Sianou (cf. t. 11, p. 172, note .'i, de cette Histoire). Oushanat est l'Ouznou du même Tiglatphalasar, Delitzsch pensait reconnaître le Kalaat-el-Hosn actuel [Wo lag das Paro- dies? p. 282). C'est, avec Arad, l'ancien Zabi des Égyptiens, qui était alors soumis à Damas.

•2. La suzeraineté d'Adadidri sur ces douze peuples résulte de la l'açon même dont l'énumération esl faite dans les documents assyriens : il est toujours nommé en tête de la I L- 1 c [Obélisque, I. .V- 61,88-89, I, un fini ,r I. dans Uyard, Inscriptions, pi. 1 i, I. 1U-17, 32-33, 45-46, et Monolithe, col. H, I. 90-95, 37-38). La manière dont les scribes assyriens introduisent la mention de ces souverains, en nommant tantôt un, tantôt deux d'entre eux, -ans les déduire du nombre total de 1-2. a été cri- tiquée sévèrement, et Schrader l'a excusée en disant que 12 est la un nombre rond un peu vague [Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 46). L'énumération détaillée du Monolithe, I. 90-95, ne contient d'autre part que 11 rois. Lorsque le scribe parle d'Adididri, d'Irkhnulini, et des douze rois syriens, je crois qu'il comprend parmi les douze les deux personnages nommés. La preuve en esl fournie par le- variantes d'un même récit l'Obélisque, 1. 91-92, parle de 12 rois, sans nommer personne individuellement, et le Taureau n" I. I 15-46, dil Adadidri, Irkhoulini avec 12 rois; de môme l'Obélisque, I. 59-61, porte Adadidri, Irkhoulini, « avec les rois de kbàti ». le Taureau n' I. I. 16-17, parle d'Adadidri. Irkhoulini, « avec 12 rois du bord de la mer . et le Monolithe, I. 90-95, éuuuiere 11 rois. Un de ces rois a-t-il été oublié? 11 esl certain en tout cas que, dans la phraséologie de Salmanasar, Adadidri. Irkhoulini avec 12 rois signifie réellement Adadidri. Irkhoulini et d'autres, en tout 12 rois de la Syrie el de la Phénicie.

3. Winckler [Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 193) estime que le Karparouda ou Kalpa- rouda du Gourgoum est le même que celui du Patinou : le Patinou et le Gourgoum auraient formé le- deux provinces d'un seul royaume, et les scribes assyriens auraient eu à leur disposition, pour rédiger cet endroil des Annales, deux listes donl l'une appelail Karparouda n>i < J > i Patinou, tandis que l'autre l'intitulait roi du Gourgoum.

i. La position de ces villes est indécise : la direction générale i\r la campagne montre seulement qu'elle- devaient se trouver sur la route principale qui va d'Alep à kalaat Sedjar, par Barà ou par Maarêt-en-Nômàn el Kalaat-el-Moudiq. On convient que Qarqar doit être cherchée non loin d'Uaiuath, mais sans en déterminer le site. L'n examen de la carte montre qu'elle répond à la kalaat-el-

LA BATAILLE DE QARQAR. 71

avait convoqué pour lui taire fête le ban et l'arrière-ban de ses fidèles : 1200 chars, 1200 cavaliers, 20000 piétons de Damas même, 700 chars, 700 cavaliers, 10 000 piétons d'Hamath, 2 000 chars et 10 000 piétons d'Akhab, 800 Qouéens, 1 000 montagnards du Taurus1, 10 chars et 10000 piétons d'Irka- nata, 200 Aradiens, 200 Ousanatéens, 30 chars et,10 000 piétons de Sliianou, 1 000 chameaux de Gindibou l'Arabe, et 1 000 Ammonites. La mêlée fut longue, sanglante, confuse; Salmanasar culbuta dans l'Oronte une des ailes de l'armée

Égse*f difMïf ^Bbitîifcmf h

LE TRIDIT DE CARPAROIDA, liai IH PATIXOl I"

confédérée, refoula l'autre et le centre de Qarqar à Kirzaou, tua el perdit beau- coup de monde, s'attribua la victoire3. Il semble bien que la bataille demeura indécise : en tout cas, les résultats en furent nuls pour les Assyriens; ils rétro- gradèrenl dès le lendemain de leur prétendu succès, et ils rentrèrent chez eux sans prisonniers et presque sans butin'. Ce premier conflit n'avait pas été, somme toute, défavorable à Damas; il faisait éclater sa force aux veux des

Moudlq actuelle, l'ancienne Apamée du Liban; l'armée des confédérés voulail couvrir le gué qui coiiduil dans la plaine hamathéei par Kalaàt-Sedjar,

1. Sur le (Joui, cf. ce qui esl >lil au l- 11. p. 590, note 2, de cette Histoire. Les geijs du Mouzri

rr -irs à la suil i été longtemps considérés comme des Égyptiens; le rapprochement de leur

nom avec celui des Qaul montre < | ' i I s'agit ici du Mouzri du Taurus, dont il a été question au l II. p. 608, unir 3, 655, de cette Histoire (Tiele, Babylonisch-Assyrische Geschichte, p. 201, note I, Hohnel, Geschickte Babyloniens und Assyriens, p 609,Winckler, [lllestamentliche Forschungen, p 172)

'2. Dessin de Faucher-Gudin, d'après un des bas-reliefs de l'Obélisque Noir; cf Laïard, the Monu- ments of Nineveh, i, l. |>l :,:;

:). Le nombre des 'ts varie dans les divers récits de la bataille : VObélisque, I 65-66, en compte

20500,1e Taureau n" 1,1. 18, 25 1 t le Monolithe, I. 97-98, 14000 seulement. Sur ces diver- gences, cf. Schrader, l\ril i nschri fini iniil 'I iesch ii II tsforsi iiitui/ . p. 47.

i. Obélisque, I. 54-66; Monolithe, col. Il, I. 78-102, Taureau I, 1. 12-19; cf. Peiseb, die Monolilh- Inschrift, dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliothek, I. I, p. 170-175; et Amiaud-Scheil, les Inscrip- tions de Salmanasar II. p. 36-ix. Le récit détaillé du Monolithe se termine de façon très brusque ;iussi|c'il après la bataille île Qarqar.

7-2 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

plus incrédules, et combien la résistance lui serait facile si les princes consen- taient à oublier leurs dissentiments et à plier leur volonté aux ordres d'un seul chef. L'effet en fut très grand dans la Syrie septentrionale et parmi les Araméens annexés récemment : ils se prirent à douter de la toute-puissance assyrienne et leur loyauté en souffrit. Sangar de Carchémis et les Khàti tirent l'économie de leur tribut, les émirs du Toul-Abnî et du mont Kashiari se déclarèrent en révolte ouverte. Salmanasar usa une année entière à les répri- mer', puis des complications surgirent à Babylone, qui l'obligèrent à concen- trer son attention et son énergie sur les affaires chaldéennes. Naboubaliddin avait continué avec lui les relations de paix et d'amitié, mais il venait d'être renversé, peut-être assassiné, et son fils Mardouknâdinshoumou l'avait rem- placé sur le trône*, au mécontentement d'une part de la population : un autre fils de Naboubaliddin, Mardoukbelousâté, usurpa le sceptre et gagna bientôt tant tle terrain que Mardouknâdinshoumou craignit pour Babylone. 11 se rappela probablement alors les prétentions que ses voisins d'Assyrie nour- rissaient depuis longtemps sur le Kardouniash3, et il demanda à Salmanasar d'appuyer sa fortune branlante Celui-ci devait écouter favorablement un recours qui lui permettait d'intervenir comme suzerain dans les querelles de l'Etat rival : il mobilisa ses bataillons, célébra dans Zabàn des sacrifices en l'honneur de Rammân, et franchit la frontière (853)'.

La guerre traîna pendant deux ans. Elle eut d'abord pour théâtre ces plaines de la rive gauche du Tigre, qui depuis dix siècles servaient comme de champ clos aux braves des deux pays. Salmanasar investit Mè-Tournàt aux gués de la l>asse Divalah, s'empara de cette forteresse, puis, après avoir isolé ainsi les rebelles de la Babylonie propre, il remonta vers Gananaté5 : Mardoukbelousâté, « roi branlant, inapte à se conduire soi-même », lui sortit à l'encontre, subit un échec et se rencogna dans la ville. 11 y opposa un front si vigoureux aux

1. Obélisque, I. 67-72, et Taureau IV 1, 20-23; cf. Amiai u-Schkil, les Inscriptions de Salmanasar //, I. 12-43,

2. Histoire synckronique, col. III, 1. 22-27; cf. PeiseR-Winckler, die sogenannte Synchronistische Geschichte, dans Schrader, die Keilinschriftliche Bibliothek, t. I. p. 200-201.

3. Cf. ce qui est dit ii ce sujet au tome III. p. 11-12, de cette Histoire.

■f. Inscription de Balawât, col. IV. I. 1-3; cf. Amiaud-Scheil, les Inscriptions de Salmanasar II, p, 46-47. La ville île Zabân est située sur le Zab intérieur, sans qu'il soit possible de reconnaître exactement le site qu'elle y occupait.

.'i. Mè-Tournat, Mê-Toumi, « l'eau du Tournât », s'élevait sur la Dlyalah, probablement auprès du site de Bakouba, oii la route la plus fréquentée franchit la rivière; peut-être faut-il y reconnaître l'Arle- inila des auteurs classiques (Isidore de Ciiarax, dans les Geographi Grxci Minores, éd. MOller-Didot, t. I, p. 249-250). Gananaté doit être cherchée plus haut vers la montagne, ainsi que l'indique le con- teste; j'inclinerai à la placer vers le site de khanékin. dont les jardins sont célèbres aujourd'hui encore, et dont l'importance stratégique est considérable (Vital Chinet, In Turquie d'Asie, I. III, p. 126-127).

LA f.UERP.E CONTRE BABYLONE. 73

attaques, que le vainqueur finit par lâcher prise après avoir moissonné 1rs blés en herbe, tranché les arbres fruitiers, bouleversé les travaux d'irrigation, bref, après avoir commis tous les dégâts possibles. Il revint, le printemps suivant, par la route la plus directe : Lakhirou lui tomba entre les mains1, mais Mardoukbelousâté, désespérant de lui disputer le terrain épuisé par les luttes de l'été précédent, se replia vers la montagne d'Yasoubi et concentra ses partisans autour d'Armân8. Salmanasar se vengea de Gannanaté d'abord, puis il assaillit son adversaire dans la position même que celui-ci avait choisie : Armân succomba après une défense acharnée, et Mardoukbelousâté périt ou disparut dans un dernier retour offensif. Mardouknâdinshoumou, délivré «le lui, n'était pas encore seigneur du royaume entier. Les Araméens des Marais, ou, comme ils s'appelaient eux-mêmes, les kaldi, lui refusaienl l'obéissance, el ils désolaient les régions du bas Euphrate par leurs incursions répétées3. Ils formaient moins un Etat compact qu'une confédération de |>"tits Etats, tantôt en querelle complète l'un avec l'autre, tantôt (('conciliés un moment sous l'au- torité précaire d'un roi unique. Chacun de leurs groupes portait le nom du chef réel ou mythique de la famille à laquelle tous ses membres se vantaient d'appartenir, Bit-Dakkouri, Bit-Àdini, Bit-Amoukkâni, Bit-Shilâni, Bit-Shalli, Bit-Yakîn enfin, qui plus tard les maîtrisa tous*. Mardouknâdinshoumou, en requérant l'aide de Salmanasar, s'était déchargé virtuellement sur lui du soin de ramener à la raison ces sujets turbulents, et celui-ci accepta sans hésiter ce devoir de sa position nouvelle. 11 s'avança vers Babylone, y entra et alla droit à l'Eshaggîl : le peuple le vit s'approcher respectueusement de Bel et de Bélît, et, visitant tout ce que le temple renfermait de sanctuaires, y prodiguer aux dieux parèdres S9S libations propitiatoires et ses offrandes pures. Il avait

l Lakhirou se trouvail en avanl de Gananaté, mu- le chemin direcl de l'Assyrie, .-ni Sud du Zab

inférieur, ainsi qu'il résulte du récil même de la campagne si' trompera guère en plaçant

celle ville, soit ii Kilri nié suii dans le voisinage île Kifri, sur la route actuelle île* caravanes.

•2. Sur l'identité d'Armân avec Khalmân, el île ces Jeux noms avec le nom actuel île Holwân, cf. ce qui esl ilil au l. il, p. ir.i, unie 2. 615-616, île cette Histoire. Le monl Yasoubi est le canton montagneux qui sépare Khanéktn île Holwân.

3. Suc les Kaldi, cf. ce qui a clé dit plus haut au l II. p. 639, el au l. III. p. i. île cette Histoire. Le rôle 'le ces Kaldi a été défini pour la première fois par Delattre, les Chaldéens jusqu'à lu for- mation <l>- l'empire il<- Nabuchodonosor (extrail de la Revue île* Questions Historiques, ixtt, el republié en 1889 avec îles Considérations »■»/■ nu récent Une de M. Hugo Winckler), puis par Winckler, Vntersuchungen mr Utorientalischen Geschichte, p. 17-64; cf Winckler, Plagiai? Antwort un/ die mu .1. ./. Delattre S. .1. gegen mich erkobenen Beschuldigungen, issu, el Delattre, Réponse nu Plaidoyer de M. II. Winckler, 1889.

i. Fr. Delitzsch, Wo lui/ das Parodies? p. 201-203 Autanl qu'on en peut juger, Blt-Dakkour! et Blt- Adini étaienl les plus septentrionales, celle-ci i cheval sur l'Euphrate (Inscription de Balawât. col. VI, I. ii-7). celle-là à l'Ouesl de l'Euphrate, au Sud du Bahr-i-Nédjif; Blt-Yakln étail à l'extrémité Sud, vers les embouchures même de l'Euphrate et sur la rive occidentale du Golfe Persique. Pour Bit-Amoukkâni l'inscription du Taureau w S, I. 29, a la variante Bit-Oukâni, peut-être, comme l'in- dique Homme] (Geschichte Babyloniens uni Assyriens, p S96, unie 2), par l'intermédiaire Aoukâni

74 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

adoré Ninip dans Kouta : il se garda d'oublier le Nabo de Borsippa, mais il officia dans l'Ëzida, il y consulta l'oracle éternel, et il y accumula devant les autels la chair des bœufs superbes el des agneaux gras. Les hommes eurent leur part de la fête comme les dieux : il les invita à un banquet public, leur distribua des vêtements brodés, les gorgea de viandes et de vin, puis, après avoir multiplié les hommage aux dieux de Babel, il reprit la campagne et il descendit vers la mer. La première des cités chaldéennes qu'il rencontra, Baqàni, appartenait à l'une des tribus du Bît-Dakkouri, le Bit-Adini ' : elle fit mine de résister, fut démantelée, brûlée, et son exemple calma les velléités belliqueuses qui avaient commencé à se manifester dans le reste du Bît- Dakkouri . Il passa ensuite l'Euphrate, pilla Enzoudî, et le sort de cette place détermina le Bit-Adini à poser les armes : sa soumission eut pour conséquence celle du Bît-Yakîn et du Bit-Amoukkani. Tous ces gens étaient riches, ei ils se l'achetèrent largement : argent, or, étain, cuivre, fer, bois d'acacia, ivoire, cuir d'éléphant, ils abandonnèrent tout à l'envahisseur alin qu'il les épargnât2, (le fut une immense satisfaction d'amour-propre pour les Assyriens de pouvoir répéter que leur roi avait daigné sacrifier lui-même aux cités saintes d'Accad ou qu'il avait poussé ses chevaux jusqu'à la mer Salée, et ces faits, assez minces à nos yeux, avaient sur les âmes d'alors une importance décisive. 11 fallait qu'un roi fût vraiment le maître d'un pays pour qu'on tolérât sa pré- sence dans le temple du dieu, à l'effet d'y célébrer les rites que, seul, le souve- rain en exercice avait le droit d'accomplir. Mardouknadînshoumou, reconnais- sant à Salmanasar le privilège d'en agir de la sorte, s'avouait par là, non seule- ment son allié, mais son homme-lige. Sans doute, ce lien de suprématie ne l'enchainait-il pas de façon trop stricte : dès que son patron eut évacué ses pro- vinces, les deux royaumes se retrouvèrent à peu près sur le pied les traités les avaient installés trois générations auparavant. 11 y eut alliance entre les familles, paix entre les souverains, rapports de commerce et d'amitié entre les peuples, mais avec une nuance qu'on n'y sentait pas jadis : Assour protégea Babel, et, prenant le pas sur Mardouk, il devint le chef réel îles peuples euphratéens3.

1. Le site de Baqàni est inconnu; on devrait le chercher entre Lamloum et Warka, et placer le Bit-Adini de Blt-Dakkouri entre le Schatt-el-Kaher et le déserl arabique, si le nom d'Ênzoudl, l'autre ville royale, située à l'Ouest de l'Euphrate, se retrouve, comme il est possible, par suite d'un jeu detymologic populaire, dans celui de la kalaat Aln-Said ou kalaal Aiii-cs-Said, des caries modernes.

2. Obélisque, l. 73-84, Taureau I, 1. 23-29, Inscription de Balawût, col. 1V-VI , cf. Amiadd-Scheu, les Inscriptions de Salmanasar II. p. 42-51. Le récit esl tort succinct et les deux campagnes ne sonl pas distinguées dans l'Histoire Synchronique, col. III. I. 22-35; cf. I'kiskii-Winckif.r, die sogenannte Synchronistische Geschichte, dans Schrader, Keilinschriftliche Bibliolhek, t. 1. 200-201.

3. Sur la nature de cette suzeraineté, cf. Winckler, Untersuchungen lur Altorientalischen Geschichte,

REPRISE DES GUERRES CONTRE DAMAS. 75

Salmanasar, assuré de la subordination ou de la neutralité bienveillante des Babyloniens, put s'engager à fond dans la région la plus lointaine de la Syrie, sans être hanté sans cesse par la crainte de les voir déboucher soudain derrière lui, sur le Radanou et sur les Zab : il ne risqua plus rien à dégarnir sa frontière du Sud-Est, à échelonner ses forces entières sur les pentes des Alpes arméniennes ou sur les rives de l'Oronte, sauf à ne conserver dans ses Etats héréditaires que le très petit nombre de troupes indispensables à la police de la capitale.

Depuis la bataille indécise de Qarqar, la frontière occidentale de l'empire avait reculé vers l'Euphrate, et Salmanasar avait renoncer au tribut annuel de la Syrie. L'occasion eût été bonne aux Khàti de s'entendre avec Damas, tandis qu'il leur accordait ce répit involontaire, et de se préparer à repousser tous ensemble l'ennemi commun : ils ne la saisirent pas et l'isolement rendit leur soumission inévitable. Elle coûta beaucoup de temps et d'hommes : chaque année, au printemps, Salmanasar débouchait par les gués de Toul- barsip, et il ravageait la banlieue de Carchémis, puis il filait vers l'Oronte afin de dévaster méthodiquement quelque canton nouveau, ou d'infliger une défaite à ceux des adversaires qui oseraient l'affronter en rase campagne. En 850, les Khàti furent frappés les premiers, puis l'Agousi1, et son roi Àramé v perdit Arnié, sa ville royale, avec une centaine de bourgades et de châteaux*. En 849, ce fut le tour de Damas. La ligue dont Adadidri se proclamait le suzerain subsistait encore, mais elle avait failli se dissoudre récemment, et une révolte l'avait privée presque de celui des membres qui était le plus robuste après Hamath, Israël et la maison d'Omri. Les pertes subies à Qarqar avaient été sans doute assez cruelles pour ébranler la foi d'Akhabdans la force de son allié

p 50-51. Pour li- contre-coup que ce change ni pu! produire sur le protocole îles rois d'Assyrie,

cf. Winckler, ein Beitrag *">■ Geschichte der Assyriologie in Deutschland, p. 20-2:t, 12-43.

1 Les historiens onl admis jusqu'à présent que cette campagne de l'an 850 eut l'Arménie pour théâtre (Tible, Babylonisck-Assyrische Geschichte, p. I ST , 201, Winckler, Geschichte Babyloniens iniil Assyriens, p. 197). Le contexte même I >i récil nous montre, qu'en l'an X, Salmanasar s'avança contre les villes d'Aramé, immédiatemenl après avoir pillé If pays de Khâti, ce qui nous permet de penser que ces villes étaienl situées dans la Syrie Septentrionale. Je ne doute pas qu'il soil question, non pas d'Aramé l'Arménien, mais, comme le pensail IV Lenormanl {Lettres assyriologiques, I. I,

p. 138), d'Aramé, If souverain «In Bit-Agouzi, qui es! non '■ plusieurs lois dans 1rs Annales de Sal-

manasar 1 Monolithe, col. II. I 12. 83); cf. Maspero, Notes mi j<>m !•■ jour, i .':'. dans les Proceedings de la Société d'archéologie biblique, 1898, 1 \\. p 130-133

■1 Obélisque, I 85-86, Taureau n~ /. I. -l'i-x-1; cf. Amiaud-Scheii., les Inscriptions de Salmanasar II. p. 50-53. I.o texte 'In Taureau I ajoute au récit de la guerre contre Aramé celui d'une guerre contre la ligue damasquine il 32-34) qui lait double emploi avec l'histoire de la onzième année. On admet généralement que la guerre contre Aramé est de l'an X. la guerre contre Adadidri 'le l'an XI

Les scribes aniairnt en a lenf disposition ilen\ versions différentes d'un même docu ni on ces deux

guerres étaienl racontées sans distinction d'année : le rédacteur 'le l'inscription des taureaux les aurait considérées comme formant deux récits distincts qu'il a placés à la suite l'un .le l'autre ilim. Babylonisch- Issyriscke Geschichte, p. 201-202, Hommel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, |, 111, note 1 . Pour l'interprétation que j'ai admise dans le texte, et. Maspero, Notes au jour le jour, i ■:-.'. dans le- Proceedings 'le la Société d'Archéologie biblique, 1 ssst, 1. XX, p. 120-133.

76 LA RENAISSANCE ASSYRIENNE ET LA LUTTE POUR LA SYRIE.

H maitre. D'ailleurs celui-ci n'avait pas, ce semble, rempli fidèlement toutes les conditions de la paix qu'il avait signée trois années plus tôt1 : il retenait la forteresse importante de Ramôth en Galaad et il différait de la restituer, ainsi qu'il avait juré de le faire. Akhab, ne réussissant pas à rentrer en possession de son bien par les moyens légaux, résolut de le reconquérir2. Un grand chan- gement d'esprit et de politique venait de s'accomplir à Jérusalem. Josapbat, qui y régnait, était, comme son père Asa, un adorateur fervent de Jabvéh, mais sa piété ne l'aveuglait pas sur les nécessités mondaines de l'heure présente. L'expérience de ses prédécesseurs avait prouvé que c'en était fait à jamais de l'union des douze tribus entre les mains d'un chef issu de Juda ; les tentatives de la restaurer avaient abouti à des échecs sanglants, et la maison de David n'avait été sauvée naguère encore d'une ruine complète que par l'intervention chèrement achetée de Benhadad I" et de ses Syriens3. Josapbat démêla bien, dès le début, l'urgence de rompre avec les errements d'autrefois : il accepta la situation telle qu'elle était, et II sollicita l'amitié d'Israël. L'alliance entre princes de puissance aussi inégale ne pouvait être qu'une forme déguisée de suzeraineté pour l'un, de vassalité pour l'autre : Josapbat eut l'alliance d'Akhab comme celui-ci avait celle d'Adadidri, et elle le servit malgré le mécontente- ment des prophètes*. Les deux pays respirèrent, et les cantons répartis de chaque côté de la frontière réparèrent leurs ruines; tandis que Khiêl de Bétel rebâtissait enfin Jéricho pour le compte de Samarie5, Josaphat rassemblait autour de lui une bonne armée, et se fortifiait à l'Ouest contre les Philistins, au Sud contre les Bédouins du désert". Le mariage de Joram, son premier-né, avec Athalie, resserra par la suite l'intimité entre les deux cours7 : on se visi-

I Cf ce qui est dit au sujet <lc celte paix plus haut, au t. II, p. 786, "87 de cette Hitloire.

i. I Unix, XXII, S, le ;s Septante donnent la variante Rama de Galaad.

3. Cf. ce qui est dit à ce sujet plus haut, au t. II, p. 778-779, de cette Histoire.

i. Cette position subordonnée de Josaphat est indiquée fort nettement par la réponse