ANNALES

DU MUSEUM

D'HISTOIRE NATURELLE.

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LUS ALES.

DU MUSEUM D'HISTOIRE NATURELLE,

PAR

LES PROFESSEURS DE CET ÉTABLISSEMENT.

OUVRAGE ORNÉ DE GRAVURES.

TOME QUINZIEME.

A PARIS,

cxez G. DUFOUR ET COMPAGNIE, LIBRAIRES, RUE DES MATHURINS-SAINT-JACQUES, 7.

1810.

NOMS DES PROFESSEURS.

Messieurs ,

EU Po le tee ile Fauyras-Saixr-FoxD . LATGIRR NUS N rs

VATOUELIN 00 - DESFONTAINES. . . . PARIS JUSSIERSE A. THouIx. :. GEOFFROY-ST.-HILAIRE. L'ACÉPEDE 0 LAMARGES UNE De PORTAL el 4 GVLRRE NE (et Se VANSPAENDONCK. « .

DELEUZE. . .

Minéralogie.

Géologie, ou Histoire naturelle du globe.

Chimie générale.

Chimie des Arts.

Botanique au Muséum.

Botanique à la campagne.

Culture et naturalisation des végétaux.

Mammifères et oiseaux. . . . . .

Reptiles et-poissons. .: 1. . . .

Insectes, coquilles, madrépores, etc.

Anatomie de l’homme.

Anatomie des animaux.

Iconographie, ou l’art de dessiner et de peindre les productions de la nature.

Secrétaire de la Société des Annales.

Zoolopie.

ANNALES

DU MUSEUM D'HISTOIRE NATURELLE.

SUR L’ÉLECTRICITÉ DES MINÉRAUX.

PAR M. HAUY.

En propriété qu'ont certains corps naturels de devenir électriques, par lintermède de la chaleur, fournit à la miné- ralogie un des caractères les plus avantageux pour les re- connoître, et à la physique un sujet d'expériences d'autant plus intéressantes, qu’elles servent à manifester une corré- lation remarquable entre les formes cristallines des mêmes corps et les positions de leurs pôles électriques. Mais ces expériences sont en même temps délicates, surtout lors- qu'on emploie des cristaux de magnésie boratée, qui sous un volume dont lépaisseur n’excède guère deux ou trois mil- limètres , réunissent huit pôles opposés deux à deux , dont les forces n’ont que très- peu d'énergie, et ne résident cha- cune que dans un seul point. Avant la publication de mon Traité, je n’étois occupé de la construction’ d’un appareil commode et en même temps assez sensible pour ne laisser aucune équivoque sur les résultats des expériences dont il

15. 1

2 ANNALES DU MUSÉUM

s’agit. Celui que j'ai décrit dans mon Traité (1), et auquel j'ai fait depuis un changement dont j'ai parlé dans le tome [ des Annales du Muséum, pag. 49 et 50, ne me pa- roîtroit rien laisser à désirer, si ses effets n’étoient subor- donnés, comme ceux de toutes les machines électriques, à - Vétat actuel de l'atmosphère. Je rappellerai ici que cet ap- pareil consiste dans une petite aiguille #27 (pl. E, fig. 1 ) de cuivre ou d'argent, terminée par deux globules, mobile sur un pivot et isolée, à laquelle on fait prendre à volonté l’élec- tricité vitrée ou résineuse, par l'action qu’exerce sur elle un corps idio-électrique auquel le frottement a communiqué l'électricité contraire. Si ce corps est, par exemple, un bâton de cire d'Espagne, on le présente à quelques centimètres de distance de la tige qui soutient la petite aiguille, en même temps que l’on tient un doigt appliqué sur le pied a de cette tige; on retire ensuite d’abord le doigt, puis le bâton de cire, et dans ce cas l'appareil se trouve électrisé vitreuse- ment. Or, lorsque l'air est chargé de vapeurs aqueuses, son influence sur l'aiguille métallique détruit en un instant la vertu électrique de celle-ci, ou la rend si foible et si fugitive, que le physicien est obligé de renoncer aux expériences, et d'attendre un temps plus sec, pour les répéter. Dans les cours publics, la présence d’un nombre plus moins con- sidérable d’auditeurs, produit un effet analogue à celui de l'humidité naturelle. J’ai même tenté alors inutilement d’élec- triser, par le frottement, un bâton de cire d'Espagne ou de gomme laque, surtout dans les grandes chaleurs de l'été.

(1) Tome 1, pag. 239 et suiv.

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D'HISTOIRE NATURELLE. 5

Ces inconyéniens m'ont fait naître l’idée de n’employer dans Les expériences relatives à l’objet dont il s’agit, que des corps susceptibles de s’électriser par la chaleur, et de faire “concourir leurs actions mutuelles au développement de leurs propriétés. Comme les deux fluides qui composoient le fluide électrique naturel de ces corps, avant l’expérience, restent engagés dans leurs pores, après s'être démélés un de Pautre, par l’effet de la chaleur, ils sont à Pabri de toute influence extérieure, et l’état électrique des corps se maintient au milieu de l’air le plus humide. Je ne sais même s’il n’y a pas quelque chose de plus piquant dans ces expériences qui ramènent les fonctions des corps électriques, par la chaleur, à celles des aimans, avec lesquels ils ont une si grande analogie, soit par leur double vertu polaire, soit par la loi à laquelle est sou- mise la distribution des deux fluides dans leur intérieur.

Je vais maintenant décrire le nouvel appareil que j'emploie dans les expériences dont il s'agit, et qui a été exécuté avec beaucoup de soin par M. Tavernier, horloger très-habile. Les figures 2, 8 et 4, qui le représentent avec les mêmes dimensions, ont été copiées sur un dessein colorié qu’a bien voulu en tracer, à ma prière, M. Witte de Falkenwalde, qui au milieu de ses travaux intéressans sur l’agriculture, a conservé le goût de la minéralogie , dont il avoit fait l’objet de ses premières études. Cet appareil est composé de deux pièces principales ; l’une est une tige d'argent a b( fig. 2), fixée sur une rondelle c c' de même métal, et terminée supé- rieurement par une aiguille d'acier très-aiguë ag. L'autre pièce consiste principalement dans une lame rectangulaire d'argent LE , relevée en équerre à ses deux extrémités l’on

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4 ANNALES DU MUSÉUM

a pratiqué des échancrures 0 , r. Cette lame est percée en son milieu d’un trou circulaire, pour recevoir une petite chape x de cristal de roche, qui est maintenue par un cercle d’argent au moyen de deux viss, Z.

Vers les extrémités de la surface inférieure de la lame #, sont attachés deux fils d'argent z2i, ny, dirigés un peu obli- quement à cette surface, et terminés par deux globules Z, p de même métal. La figure 5 représente cette lame vue en des- sous, et la figure 4 représente la tige avec l'aiguille d’acier qui la termine.

Lorsque l'appareil est monté, comme on le voit fig. 2, l'aiguille dont je viens de parler fait l'office d’un pivot qui entre dans une petite ouverture pratiquée en dessous de la chape. Les deux échancrures 0, r sont destinées à recevoir une tourmaline #/', ou tout autre corps d’une forme allongée, susceptible de s’électriser par la chaleur; et telle est la mobi- lité de l'appareil, qu'une petite force qui agit par attraction ou par répulsion sur lune ou autre des extrémités du corps £l', détermine aussitôt dans ce corps un mouvement de ro- tation très-sensible.

Pour en venir maintenant aux expériences, supposons d’abord que l’on veuille déterminer les positions des pôles élec: triques d’une tourmaline , qui soit d’une forme mince et allon- gée, comme le sont les tourmalines d’Espagne. Après lavoir fait chauffer , on la placera dans l'appareil, et on présentera successivement, à une petite distance de ses deux extrémités, un autre corps que l’on aura électrisé en le frottant. J’em- ploie de préférence à cet usage les topazes soit de Saxe, soit du Brésil, parce que ces minéraux, comme je l'ai remarqué

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D'HISTOIRE NATURELLE. 5

ailleurs (1), sont extrêmement sensibles à l’action du frotte- ment pour exciter en eux la vertu électrique, en sorte que non-seulement un air humide ne les empêche point de Pacquérir, mais qu'ils la conservent pendant un temps plus ou moins considérable. L'espèce d'électricité dont il s'agit étant de la même nature que celle du verre, le pôle de la tourmaline que la topaze repoussera sera le pôle vitré de cette pierre, et celui sur lequel elle agira par attraction sera le pôle résineux.

- I suffit d’avoir une tourmaline susceptible, par sa forme, d’être placée dans l’appareil, et dont les pôles soient connus, pour qu’elle puisse servir comme de terme de comparaison à tous les corps de la même espèce ou d’espèce différente, qui partagent la propriété dont il s’agit, quelles que soient d'ailleurs les formes et les dimensions de ces corps. Après avoir fait chauffer celui que l’on veut éprouver, on lap- proche successivement par ses deux extrémités de l’une ou VPautre de celles de la tourmaline, et la conséquence du ré- sultat s'offre d'elle-même, d’après le principe commun à Pélectricité et au magnétisme, que les pôles sollicités par des fluides homogènes se repoussent, et que ceux dans lesquels résident des fluides hétérogènes s’attirent.

Les avantages de l'appareil que je viens de décrire se font sentir particulièrement dans les expériences relatives à la magnésie boratée, qui exigent ; pour réussir, des circons- tances très-favorables, lorsqu'on se sert de l’aiguille métal- lique dont j'ai parlé d’abord. Il faut seulement attendre que

(1) Traité de Minéralogie, 1. IL, p. 515.

6 ANNALES DU MUSÉUM

l'action de la tourmaline placée dans l'appareil ait été di- minuée, par le refroidissement, jusqu’au point de se trouver en rapport avec la foible vertu du cristal de magnésie bora- tée, et il faut de plus avoir soin de tenir ce cristal de manière que l’axe qui passe par le pôle que l’on présente à la tour- maline étant perpendiculaire à la longueur de celle-ci, le même pôle corresponde au centre d'action de la tourmaline, que l’on sait être très-voisin de l’extrémité.

Cet appareil peut aussi être employé pour déterminer l'espèce d'électricité qu’un corps acquiert à l’aide du frotte- ment. S'il repousse le pôle de la tourmaline auquel on le présentera d’abord, cet effet indique seul que le corps est lui-même à l’état électrique, et que de plus son électricité est contraire à celle du pôle dont il s’agit. Mais si la tourmaline étoit attirée, on ne pourroit rien en conclure, parce qu’un corps qui est même dans l’état naturel agit toujours par at- traction sur un corps électrisé, quelle que soit l'espèce d’élec- tricité qui sollicite ce dernier. Il faut donc, dans ce cas, pré- senter ensuite le corps à l’autre pôle de la tourmaline, et si la répulsion succède à lattraction, on aura la pretive que ce corps est dans un état opposé à celui du pôle qui a été repoussé.

Lorsqu'on emploie l'électricité acquise par la chaleur, seu- lement comme caractère minéralogique, la petite aiguille métallique représentée ( fig. 1 ) suffit pour les épreuves rela- tives à ce caractère, sans même qu'il soit nécessaire d'isoler cette aiguille. On juge qu’un minéral est doué de la propriété dont il s'agit ou en est dépourvu, suivant que ce corps placé à une petite distance de l’aiguille l’attire à lui ou la laisse

immobile. »

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D'HISTOIRE NATURELLE. 7

Je me suis servi récemment de ce moyen pour comparer divers minéraux, relativement à la faculté qu'ils ont de con- server plus ou moins long-temps lélectricité acquise par le frottement. Après les avoir mis dans Pétat électrique, je les plaçois sur une pierre quelconque, telle qu'un marbre, de manière que la face qui avoit été frottée fût située à l'opposé de celle qui étoit en contact avec cette pierre, et de temps en temps je les prenoïs avec les doigts, ou avec une pince, par une partie éloignée de celle qui avoit été électrisée, pour les présenter à la petite aiguille. La topaze m'a paru être celui de tous les minéraux soumis à l’expérience qui possédät au plus haut degré la faculté conservatrice de l'électricité. Un morceau taillé de la variété limpide du Brésil agissoit encore sur l'aiguille, au bout de 52 heures. Dans le corin- don hyalin dit saphir oriental, Vémeraude, le spinelle et d’autres pierres que l’on taille comme objets d’ornemens, la, durée de la vertu électrique surpassoit, en général, cinq ou six heures ; elle a été de plus de 24 heures dans une éme- raude du Pérou. Mais j'ai trouvé deux minéraux qui different sensiblement des précédens, par une moindre force coërci- tive à l’égard du fluide électrique, et ce ne sont peut-être _ pas ceux que l’on auroit été tenté de désigner, avant de con- sulter l'expérience. L'un est le diamant, et l’autre le quarz- hyalin, ou le cristal de roche. J'ai essayé des cristaux et des morceaux taillés de ces deux minéraux , et j’ai remarqué que leur vertu électrique étoit éteinte au bout de 15 ou 20 mi- nutes. Quelques cristaux de quarz cependant l'ont conservée pendant environ 40 minutes.

La topaze limpide du Brésil que j'ai déjà citée, et à Ja-

8 ANNALES DU MUSEUM

quelle les lapidaires portugais donnent le nom de goutte d’eau, semble, lorsqu'elle a été taillée, se rapprocher du diamant, par la vivacité de ses reflets. Il en est de même du corindon byalin dit saphir blanc. Les résultats précédens pourroient être employés dans ces sortes de cas, au moins comme caractères auxiliaires, pour aider à distinguer des substances si différentes par leur nature.

Les verres colorés ne possèdent non plus que foiblement la faculté conservatrice de l'électricité, et s'il n’existe point, à cet égard, de différence bien marquée entre ces matières et le quarz, on évitera au moins de confondre avec l’éme- raude, ou la topaze, ou le saphir, des pierres factices qui offrent des imitations quelquefois séduisantes de ces gemmes, Je sais que la pesanteur spécifique, la dureté et la réfraction offrent des limites beaucoup plus tranchées que celle dont il s’agit ici. Mais on ne sauroit trop multiplier les indications qui peuvent aider à reconnoître une substance minérale, lorsque le travail de Partiste a fait disparoître sur elle Pem- preinte du caractère qui se tire de la forme cristalline, c’est- à-dire de celui qui me paroïît ne pouvoir être remplacé par aucun autre.

D'HISTOIRE NATURELLE,

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EXPÉRIENCES COMPARATIVES

SUR L’YTTRIA, LA GLUCYNE ET L'ALUMINE.

PAR M. VAUQUELIN,.

| FAURE je fis mes expériences sur la glucyne, je n’eus à ma disposition qu’une très-petite quantité de cette terre que j'avois tirée de l'émeraude du Pérou, et du béril ou aigue-marine. v

N'ayant pu à cette époque, pour cette raison, la soumettre qu'à un petit nombre d'épreuves, il nrétoit resté quelques doutes sur son existence comme terre particulière.

Sa solubilité dans la potasse et la soude, me faisoit craindre quelle ne fut qu'une modification de l’alumine, et la saveur sucrée de ses sels, me sembloit la rapprocher de l’yttria dé- couverte depuis.

Pour éclaircir tous ces doutes et fixer enfin mon opinion et celle des chimistes en général sur l’existence ou la non existence de la glucyne , j'en ai préparé une assez grande quantité avec le béril découvert par M. Lelièvre, conseiller des mines, dans le Limousin, il est très-abondant.

Ayant apporté quelques changemens dans le procédé que

19. 2

10 ANNALES DU MUSÉUM

j'ai précédemment décrit pour extraire cette terre, je vais les indiquer brièvement ici.

1°. Je fais fondre le béril en poudre avec trois parties de potasse à l'alcool dans un creuset d'argent, je délaie la ma- tière dans l’eau, et je dissous par l'acide muriatique.

29. Je fais ensuite évaporer cette dissolution jusqu'à sic- cité avec les précautions convenables, je reprends la matière par l’eau, et je filtre pour séparer la silice que je lave avec de l’eau bouillante.

5°. Je précipite la dissolution par lammoniaque, je re- dissous le précipité au moyen de l'acide sulfurique étendu d’eau, j'ajoute à cette dissolution 30 parties de sulfate de potasse par chaque quintal de béril employé, je rapproche la liqueur et je mets en cristallisation.

En réitérant un assez grand nombre de fois ces cristallisa- tions, je parviens à épuiser presque entièrement la liqueur d’alumine.

4°. J'étends d’une grande quantité d’eau la liqueur qui est alors épaisse et visqueuse comme un syrop, et jy fais fondre en agitant continuellement du carbonate d’ammoniaque en poudre, jusqu'à ce qu'il y en ait un excès très-sensible à lodorat.

Je renferme le tout dans un flacon bien bouché, je le laisse pendant vingt-quatre heures, en l’agitant de temps en temps.

Alors je filtre pour séparer quelques traces de fer et d’alu- mine qui n’a point été dissoute, je fais bouillir ensuite la liqueur pour volatiliser le carbonate d’ammoniaque et pré- cipiter la glucyne.

D'HISTOIRE NATURELLE. 11

Quand cette terre est entièrement séparée, je décante Ja liqueur au fond de laquelle elle se trouve, je la lave à plu- sieurs reprises, et je la jette sur un papier joseph pour lé- goutter et la faire sécher.

Elle se trouve alors à l’état de carbonate; en cet état la glucyne est extrêmement blanche, sous forme de petites masses sphériques très-légères : de toutes les terres c’est as- surément celle qui fournit le carbonate le moins pesant.

Le carbonate de glucyne exposé au feu, conserve sa blan- cheur et son volume; mais il perd 5o pour cent de son poids. L’eau est sans doute pour quelque chose dans cette perte, car il n’est pas vraisemblable que cette terre absorbe une quantité d'acide carbonique égale à la sienne. Le carbonate de glucyne produit une effervescence avec tous les acides; mais cette effervescence ne se manifeste pas immédiatement avec les acides foibles, tels que le vinaigre distillé, par exemple, qui a besoin d’être aidé par la chaleur pour opérer cet effet.

La dissolution de glucyne dans l'acide acétique reste tou- jours légèrement acide, quoiqu’on ajoute un excès de terre, qu'on évapore la liqueur à siccité, et qu’on reprenne par l’eau.

La saveur de l’acétate de glucyne est très-sucrée et astrin-

gente; quand ce sel contient un excès d’acide , cette saveur ressemble beaucoup à celle du syrop de vinaigre. Sa disso- lution n’est pas précipitée comme celle d’yttria par loxalate d’ammoniaque, ni le tartrite de potasse, mais elle l’est par le phosphate de soud. L’infusion de noix de galles y forme un précipité de flo- 9 LS

12 ANNALES DU MUSEUM

conneux jaunâtre ; mais si la gluêyne contient du fer, comme cela arrive quelquefois, quoiqu’ayant été dissoute dans le carbonate d’ammoniaque, le précipité par la noix de galles est légèrement purpurn:

Il en est de même avec le prussiate de potasse, c’est-à- dire que le précipité est blanc s'il n’y a pas de fer, et lé- gèrement bleu si la glucyne contient quelques traces de ce métal.

De quelque manière que je m'y sois pris, je n’ai jamais pu faire cristalliser lacétate de glucyne; sa dissolution se réduit sous forme de gomme épaisse, qui en se desséchant se divise en petites lames minces, transparentes et.brillantes. Ainsi desséché il se redissout entièrement dans l’eau, et est toujours acidule.

Il en est à peu près de même de ses combinaisons avec les autres acides; elles prennent toutes la forme d’un muci- lage visqueux.

Lorsqu'on fait dissoudre à chaud le carbonate de glu- cyne dans l’acide-sulfurique, en en ajoutant plus que celui-ci n’en peut dissoudre, la portion qui reste perd sa forme pul- vérulente et son opacité; elle devient fluide, visqueuse et demi-transparente. La dissolution préparée de cette manière précipite par l’eau des flocons blancs que quelques gouttes d'acide redissolvent. Les flocons m'ont paru être un sulfate avec un excès de base, quoique la liqueur d’où ils s’étoient séparés fut légèrement acide.

La combinaison de la glucyne avec l'acide sulfurique est celle qui a le plus particulièrement fixé mon attention , parce que je la regardois comme plus propre qu'aucune autre à me

D'HISTOIRE NATURELLE. 15

faire connoître,la différence ou la ressemblance qui pouvoient exister entre celte terre et l’alumine.

L'on sait que le sulfate d’alumine évaporé convenable- ment, cristallise en petites lames brillantes et sans consistance; que la dissolution de ces lames mêlée avec un sel à base de potasse d’ammoniaque, ‘donne des cristaux d’alun ordi- naire. J'ai fait un grand nombre d’essais pour convertir en alun le sulfate de glucyne, soit en y mélant de la potasse, de lammoniaque, soit des sels de ces deux alcalis, en diffé- rentes proportions, et je n'ai jamais pu y parv enir.

D'une autre part j'ai précipité du sulfate d’alumine par un grand excès de carbonate d’ammoniaque, pour savoir st quelques portions d’alumine seroient dissoutes, et si par elles n’auroient pas acquis la propriété de la glucyne; mais il n’y a pas eu de dissolution sensible.

J'ai lavé ensuite Palumine préeipitée par le carbonate, et j'ai remarqué qu’elle .prenoit en desséchant une demi-trans- parence et une consistance qui la faisoient ressembler à de la corne, ce que ne fait jamais le carbonate de glucyne.

J'ai encore remarqué que cette alumine, quoique faisant effervescence en se dissolvant dans lacide sulfurique, ne contenoit pas une aussi grande quantité d'acide carbonique que la glucyne; d’ailleurs sa dissolution, mêlée avec du sul- fate d’ammoniaque, s’est convertie toute entière en alun.

Ainsi, quoique la glucyne ait des rapports très-voisins avec Valumine, soit par sa dissolubilité dans les alcalis fixes caus- tiques, soit par l’incristallisibilité de la plupart de ses sels, soit enfin par la manière dont elle se comporte avec un grand nombre de réacufs, elle en diffère cependant par la

14 ANNALES DU MUSÉUM

saveur sucrée qu’elle communique à ses combinaisons avec les acides, par sa solubilité dans le carbonate d’ammoniaque, par l’impropriété de former de l’alun , et par son affinité plus grande pour les acides. La saveur sucrée et astringente des sels de glucyne, et notamment celle de l’acétate, mériteroit qu’on fit quelques essais de ce dernier en médecine. Je suis persuadé qu'il produiroit de bons effets dans les dévoie- mens et les diarrhées, par exemple.

Si l'on trouve quelque jour des carrières de glucyne, comme l'on en trouve d’alumine et de quelques autres terres, je ne doute pas qu'on ne l’emploie de préférence à l’alumine pour la teinture cette dernière est indispensable aujourd’hui, car elle s'attache aux étoffes plus aisément que lalumine, et paroît avoir plus d’aflinité qu’elle avec les couleurs.

Ce que je dis ici paroîtra peut-être bien aventuré; mais quand j'ai découvert le chrôme dans le plomb rouge de Sibérie, prévoyoit - on que je le retrouverois bientôt après dans l’émeraude du Pérou, dans le rubis spinel, dans le smaragdite de Corse, dans le chromate de fer, qui forme pour ainsi dire des montagnes dans le département du Var ? Se doutoit-on, quoique je l’eusse soupçonné, qu’on le découvriroit à l’état d’oxide vert (1)? N’en auroit-on pas pu dire autant quand j'annonçois que le chrôme seroit employé quelque jour pour peinture sur poterie, sur émail, et pour limitation des émeraudes ?

(1) M. Leschevin, commissaire des poudres à Dijon, qui consacre ses mo- mens de loisir à l'étude de la minéralogie géologique, a trouvé assez abondam- ment le chrôme à l’état d’oxide vert, dans le département de Saône et Loire.

D'HISTOIRE NATURELLE. 15 ï Expériences sur l’Yüria.

L’yttria est une terre qui a été d’abord aperçue par M. Gadolin, chimiste suédois, dans une pierre trouvée à Ytterby, en Suède, et qu'on à désignée depuis sous le nom de gado- linite. M. Klaproth a repris ensuite l'analyse de cette pierre et a, par des expériences plus nombreuses, fait ressortir les propriétés de la terre qu’elle contient d’une manière assez évidente pour qu'on puisse la regarder comme différente de toutes les autres.

Jai fait moi-même plusieurs fois l'analyse de la gadolinite, et indépendamment de Pyttria, du fer et de la silice qui y ont été annoncés par M. Klaproth, j'y ai trouvé des traces d’alumine, de sulfate de chaux et de cuivre.

La difficulté de séparer le fer et surtout le manganèse de Vyttria, a fait penser à M. Klaproth que cette terre étoit colorée par elle-même et qu’elle formoit, à cause de cela, un passage entre les terres et les oxides métalliques; mais je me suis assuré par beaucoup d'expériences, que quand elle est complétement débarrassée de matière étrangère, sa cou- leur est parfaitement blanche.

Le procédé qui na le mieux réussi pour analyser l'yttria, consiste à traiter à une chaleur douce la pierre subtilement pulvérisée avec dix parties d'acide sulfurique étendu de six parties d’eau, et à agiter souvent le mélange pour éviter que la poudre ne se prenne et ne durcisse au fond du yase.

La pierre se dissout en totalité; sa dissolution a une cou- ‘leur légèrement verte : il se développe pendant cette disso- lution quelques bulles de gaz dont l'odeur est absolument

es

16 ANNALES DU MUSÉUM } semblable à celle de l'hydrogène tiré du fer, ce qui semble annoncer qu'il existe dans la gadolinite quelques traces de fer à l’état métallique.

La dissolution opérée, on la fait évaporer jusqu’à siccité, on reprend le résidu avec l’eau aiguisée d'acide muriatique pour redissoudre le fer qui auroit pu se séparer et obtenir la silice plus pure.

Celle-ci bien lavée, on réunit toutes les liqueurs, on les évapore à siccité et on calcine le résidu de cette opération à une chaleur long-temps soutenue.

Cette opération a pour objet la décomposition du sulfate de fer.

On fait bouillir la matière, qui a alors une couleur rouge rosée, dans vingt fois son poids d’eâu, on filtre la liqueur toute chaude, et on lave l’oxide de fer resté sur le papier avec de l’eau bouillante, jusqu’à ce qu’elle ne précipite plus par les alcalis. Fr

La liqueur a une saveur très-sucrée et astringente, et n’a souvent qu'une légère couleur rose.

Comme il est très-rare que par la première calcination, la totalité du sulfate de fer soit décomposée, il est bon d’éva- porer la liqueur, et de calciner une seconde fois son résidu.

Quand le fer est séparé, Pyttria n’est point encore pure, elle est toujours mêlée de manganèse et de cuivre. Le moyen qui m'a le mieux réussi pour en opérer la précipitation, est l'emploi de quelques gouttes d’hydromesure de potasse bien saturé; en faisant chauffer légèrement la liqueur, les sulfures qui se sont formés prennent la forme de flocons noirs qui se précipitent promptement.

D'HISTOIRE NATURELLE, CE7

Lorsque de nouvelles quantités d’hydrosulfure ne colorent plus la dissolution, on la filtre, on précipite Pyttria par Pam- moniaque; s’il s'y trouvoit quelques traces de chaux, elles resteroient dans la liqueur.

Telle est la méthode que j'ai mise plusieurs fois en usage pour analyser la gadolinite, et obtenir Pyttria à Pétat de pureté; elle m'a toujours bien réussi.

Nous allons maintenant exposer les propriétés de Pyttria pour les comparer ensuite à celles de la glucyne et de Palumine.

Propriétés de l’Yria.

Quand cette terre est pure, elle est blanche comme toutes les autres; si elle est quelquefois colorée en rose, elle doit cette couleur à du fer ou à du’ manganèse qui y sont restés.

Elle est sans saveur, insoluble dans l’eau, mais elle en fixe beaucoup en elle-même quand on la précipite par un alcali de ses dissolutions salines.

Les alcalis caustiques ne la dissolvent point.

Les acides sulfurique, nitrique, muriatique et acétique en s’unissant avec cette terre forment des sels solubles, cristal- lisables, très-sucrés et astringens : tous les sels solubles d’yt- tria sont toujours acidules quoiqu'ils refusent de dissoudre de nouvelles-quantités de terre.

Les acides phosphorique , carbonique , oxalique , tarta- reux, citrique forment des sels insolubles, et ces derniers peuvent être obtenus neutres.

L'on peut conséquemment précipiter lyttria de tous ses 19: 3

15 ANNALES DU MUSÉUM sels solubles par le phosphate de soude, le carbonate de soude, l’oxalate d’ammoniaque (1), le tartrite de potasse.

Le prussiate de Potasse la précipite aussi.

L'yttria paroit se combiner facilement à l'acide carbonique, car nouvellement précipitée par un alcali caustique et exposée à l'air, elle prend, pendant sa dessication, une assez grande quantité de cet acide pour devenir effervescente. Le carbo- mate d’yttria est blanc, pesant et opaque; il perd par la cal- cination 50 à 52 centièmes d’acide carbonique et d’eau.

Les alcalis, les terres alcalines et la magnésie séparent lyttria de ses sels solubles; mais celle-ci précipite la glucyne, Falumine et la zircone de leurs dissolutions salines.

Il me semble inutile d’accumuler un plus grand nombre de faits sur la glucyne, lyttria et lalumine, lorsque mon objet n’est que la comparaison des propriétés de ces trois terres, pour prouver qu’elles doivent être regardées comme ayant chacune une existence particulière ‘et indépendante lune de l’autre.

En effet, si la glucyne et l’yttria se ressemblent par la sa- veur qu’elles prennent dans leurs sels, elles diffèrent, 1°. en ce que ka glucyne forme des sels incristallisables, tandis que ceux de Pyttria cristallisent très-bien.

2°. En ce que la glucyne est soluble dans les alcalis fixes caustiques, et que l’yttria ne l’est pas du tout. #

9°. Enfin, en ce que les sels d’yttria sont précipités par

(1) Poxalate d’yttria est composé de 422? de terre et de 57 ? d’acide ét d’eau.

DH I:STOIR E;-N:A/TUIR ELLE. 19

loxalate d’ammoniaque, les tartrite et citrate de potasse, et que ceux de glucyne ne le sont pas.

Les différences qui existent entre l’yttria, la glucyne et lalumine sont encore plus marquées; d’abord il n’y a presque aucune analogie entre l’yttria et l'alumine; celles qui existent entre celle-ci et la glucyne ayant été exposées plus haut, et rendues, pour ainsi dire, sans valeur par un plus grand nombre de différences, je ne les rappellerai pas ici, et je finirai en disant que plus on examine la propriété de ces Lrois terres, et moins l’on est disposé à croire qu’elles soient de la même nature.

20 ANNALES DU MUSÉUM

SUR LA DÉTERMINATION DES ESPÈCES

Parmi les Animaux sans vertèbres, et particu- lièrement parmi les Mollusques testacés.

PAR M LAMARCK.

L ES animaux sans vertèbres, quoique beaucoup plus nombreux dans la nature que les autres, et singulièrement curieux par la diversité de leur organisation, sont en général ceux que l’on a le moins étudiés, soit parce qu’ils ont moins intéressé que les animaux à vertèbres, étant plus imparfaits, soit aussi parce qu'il est plus difficile de les conserver et de procurer les occasions de les observer sur le vivant. A cet égard, il n’y a guères que les z?sectes qui soient dans le cas de faire exception; car ces animaux singuliers ayant depuis long-temps obtenu beaucoup d'attention, ont été plus ob- servés et sont réellement les mieux connus des animaux sans vertèbres, même dans leurs espèces. Quant aux autres ani- maux de cette division, on peut dire que ce n’est que de- puis que l'anatomie comparée nous a éclairé sur la nature et la diversité singulière de leur organisation , que l’on a com- mencé à se douter de lintérêt que ces animaux imparfaits doivent inspirer, et dès-lors la nécessité d’en multiplier les classes et les genres s’est fortement fait sentir.

# D'HISTOIRE NATURELLE. 21

En conséquence, j'ai cru convenable de porter jusqu’à dix le nombre des classes qui divisent les animaux sans vertè- bres, avec lesquels Zinné n’en formoit que deux, les mêmes que l’on trouve encore dans toutes les éditions du Sys/ema naluræ. Jai aussi considérablement augmenté le nombre des genres parmi ces animaux, parce que depuis environ une trentaine d'années les observations des zoologistes, et surtout de ceux qui ont fait des voyages de long cours, ont singulièrement enrichi nos collections à l'égard des animaux dont il s’agit, ou de celles de leurs dépouilles qui peuvent servir à nous les faire connoître.

De tant d’acquisitions nouvelles, il est résulté que les col- _lections zoologiques qui se trouvent en Europe, contiennent actuellement une quantité considérable d'espèces de tout genre, soit ancien, soit nouveau, qui n'ont pas encore été déterminées ; que beaucoup d’autres espèces sont à peu près dans le même cas, les unes n’ayant été mentionnées que dans des ouvrages particuliers , parmi des objets qui leur sont étrangers, et les autres n’étant point rapportées avec leurs véritables congénères dans les ouvrages généraux qui présen- tent l’état de nos connoissances zoologiques.

Si l’on vouloit maintenant rédiger un species animalium, Pétat très-arriéré des déterminations à l'égard des espèces des animaux sans vertèbres, rendroit cette entreprise presque im- praticable, surtout les nouveaux genres établis parmi ces ani- maux n'offrant encore, dans aucun ouvrage, le tableau des espèces connues ou recueillies qui y appartiennent.

Ainsi, il ne suffit pas d’avoir augmenté le nombre des classes et celui des genres qu’elles comprennent, dans l’in-

22 ANNALES DU MUSÉUM:

tention de satisfaire aux besoins que les nouveaux objets dé- couverts nécessitent dans la méthode; il faut encore détermi- ner et rapporter à leur genre les espèces qui appartiennent aux différens genres établis. On n’en sauroit douter, la con- noissance des espèces doit être, et est effectivement, l’un des principaux buts des efforts des naturalistes dans leurs tra- vaux; et c’est particulièrement pour arriver à cette connois- sance qu'ils ont institué, parmi les productions de la nature, des classes , des ordres, des familles et des genres. C’est done un objet d’une grande utilité, en histoire naturelle, que d'avancer, de perfectionner le plus possible la connoissance des espèces; que de la mettre à l'état les observations des naturalistes et la richesse de nos collections nous permettent de la porter.

Dans l'édition du Systema naturæ , publiée en dernier lieu par GMELIN, on trouve à la vérité un assez grand nombre d’espèces rapportées aux anciens genres, la plupart établis par Linné, espèces que le naturaliste Suédois n’avoit pas connues ; mais, outre qu’il a été nécessaire de former de nou- velles classes et beaucoup de genres que l'ouvrage de GMELIN ne présente point, il y a dans cet ouvrage tant de confusion dans la synonymie, tant de caractères spécifiques défectueux ou insuflisans, et qui paroissent n'avoir été déterminés que d'après des figures , qu’une nouvelle détermination des es- pèces, au moins parmi les animaux sans vertèbres , estmain- tenant fort à désirer pour l'avancement de la zoologie.

On ne peut se dissimuler que pour se livrer avec quelque succès à ce travail difficile, il ne soit nécessaire d’avoir sous les yeux une collection fort riche dans les parties dont on

D'HISTOIRE NATURELLE: 23

voudra s'occuper; il fauttmême n’entreprendre les détermi- nations qui font le sujet du travail, que sur la vue et la compa- raison des objets mêmes dont on veut fixer les caractères. Par ce moyen, il sera possible de certifier les différences obser- vées, et l’on sera moins exposé aux doubles emplois et aux erreurs de synonymie que si l’on ne travailloit que d’après Les ouvrages que le public possède.

Malgré lavantage de ce moyen, et quelqu'attention que lon donne aux objets dans les déterminations spécifiques, il est difficile d'échapper au danger de donner comme espèce ce qui n’est que variélé, ou de prendre pour variété ce que l'on seroit autorisé à regarder comme espèce.

Les espèces, telles que les déterminations des naturalistes les établissent , devroient se composer d'individus en tout parfaitement semblables. Mais il n’en est pas ainsi; car, à l'égard d’un grand nombre d'espèces parmi les corps organi- sés, on trouve dans les individus qu'on y rapporte, que cer- tains d’entr'eux présentent des différences avec les autres, soit dans la taille, soit dans la forme, soit dans d’autres particu- larités; différences cependant qui, par leur peu d'importance, ne paroissent pas devoir servir à distinguer ces races d’indi- vidus comme des espèces particulières. Cette considération oblige les naturalistes à accorder une certaine extension aux caractères de l'espèce, afin de renfermer entre ses limites les variétés qui paroissent y appartenir. Qui ne sent combien Von est exposé à trop agrandir ou trop resserrer cette exten- sion, selon la manière dont peuvent nous affecter les diffé- rences que l’on observe entre les individus ou leurs races !

Outre cet obstacle, qui mettra loujours un terme au per—

, ; L

24 ANNALES DU MUSÉUM

fectionnement de nos déterminations spécifiques, ces déter- minations, parmi les animaux sans vertèbres, offrent encore de grandes difficultés, parce que beaucoup de ces animaux sont si frêles, si Ffugaces, si changeans dans leur état lorsqu'on s’en saisit, si difficiles à conserver ou à se procurer, qu’à leur égard nos collections ne nous présentent que des ressources très-bornées, et que ce ne sera qu’à l’aide du temps et du ras- semblement des observations isolées, que l’on parviendra à former, pour les genres, des /ableaux d’espèces successive- . ment moins incomplets et mieux rédigés.

D’après ces considérations, dont le fondement ne peut être contesté, quelle que soit l’activité et l'étendue des connois- sances du zo0ologiste le plus laborieux, il ne sauroit se flat- ter de pouvoir lui seul remettre au niveau des autres parties de l’histoire naturelle, les déterminations spécifiques si fort arriérées parmi les animaux sans vertèbres; il ne peut à cet égard entreprendre que celles de certaines parties circons- crites dans lesquelles il se trouve avoir le plus de moyens.

Ainsi, remarquant que relativement aux r70/lusques qui se forment une coquille, la détermination des espèces est ex- trêmement arriérée ; qu’elle ne répond nullement aux obser-

vations faites à leur égard, aux nouveaux genres établis , et à la grande quantité de coquillages de presque tous les pays que nos collections présentent; qu’en un mot cette détermi- nation n’a été ajnsi négligée que parce qu’on s’étoit persuadé , par erreur, que ces dépouilles n’offroient pas les moyens de connoitre les animaux dont elles proviennent; je vais profiter du travail que je fais pour nommer la collection des coquilles du Muséum, afin de présenter successivement, et le plus

L 2 D'HISTOIRE NATURELLE. 25

souvent sans description , le {ableau des espèces de chaque genre de mollusque testacé, tant ancien que nouveau.

Je joindrai au nom de chaque espèce une phrase latine, déterminatrice de son caractère distinctif, la citation d’un ou plusieurs des principaux synonymes de l'espèce lorsqu'il y aura lieu, l'indication de son lieu natal lorsqu'il sera connu, et à la suite quelques notes ou observations très- succinctes lorsqu’elles seront nécessaires.

Aux espèces que j'ai observées et dont je déterminerai le caractère, j'ajouterai celles qui me sont inconnues et qui se trouvent décrites et bien figurées dans de bons ouvrages, mais je distinguerai celles-ci par une *. De cette manière rien d’es- sentiel ne sera oublié, et je concourrai au complément du tableau des espèces, auquel il importe maintenant de tra- vailler.

Comme les mollusques, dans presque toutes les divisions de leur classe, offrent des animaux à coquille et d’autres qui en sont dépourvus, et qu'ici je n’entreprends de traiter que des genres qui comprennent les premiers, je ne suivrai pas régulièrement la distribution des animaux de cette classe ; mais je choisirai, pour la commodité de mon travail, les ordres et les familles qui y seront les plus favorables, me bor- nant à présenter les genres dont je m’occuperai dans l’ordre de leurs rapports.

Je vais commencer par le genre cône, comme occupant une des extrémités de la division qui le comprend. Ce genre est un de ceux dont les espèces recueillies sont les plus nom- breuses, et par plus difficiles à distinguer. Ce qui a sans doute contribué à nous enrichir ainsi à l'égard des espèces

15. 4

20 ANNALES DU MUSEUM

de ce genre, c’est qu’intéressant beaucoup par leur variété et par l’élégante diversité de leurs couleurs, ces espèces ont été fort recherchées et sont devenues précieuses au point que plusieurs d’entre elles obtiennent un prix, dans le commerce, qui est hors de la portée de la plupart des naturalistes.

CONE. (Convws.)

Coquille univalve, turbinée (en cône renversé ), roulée sur elle-même, Ouverture longitudinale , étroite, non dentée, versante à sa base,

T'esta univalvis, turbinata s. inversè conica, convo- luta : apertura longiludinalis, angustata, edentula, basi effusa.

OBSERVATIONS.

Le genre cône fait partie de l'ordre des mollusques cé- phalés, appartient à la division des gastéropodes et à la fa- mille des erroulées. Les animaux de ce genre sont marins, et ont la tête munie de deux tentacules qui portent les yeux près de leur sommet. [ls ont un manteau étroit et un tube au-dessus de la tête, par lequel arrive l’eau qu'ils respirent.

Le caractère le plus remarquable des coquilles de ce genre est d’avoir les tours de leur spire comme comprimés, et roulés en cornet sur eux-mêmes, de manière à ne laisser voir que le tour extérieur en entier, et seulement le bord supé- rieur des tours internes. Ce sont ces portions découvertes des tours internes qui forment ce qu’on nomme la spire de ces

D'HISTOIRE NATURELLE. 27

coquilles, et ce que d’autres ont appelé sa clavicule sl ré- sulte de la forme générale de la coquille dont il s’agit, que sa cavité en spirale, dans laquelle l'animal est contenu, est comprimée dans toute sa longueur.

Ces coquilles ont reçu le nom de’cône, parce qu’en les posant sur leur spire, leur forme est réellement conique; mais Linné ayant déterminé la spire comme le sommet de la coquille, il en résulte qu’en la posant verticalement sur sa base, cette coquille est véritablement turbinée etnon conique.

Le genre cône est très-naturel, très- facile à distinguer, et comprend un nombre d'espèces fort considérable. Elles vi- vent dans les mers des pays chauds, à 10 ou 12 brasses de profondeur. Foyez Annales, vol. 1, p. 386.

Comme les espèces de ce genre ont été décrites par Bru- GUIÈRE , avec lestplus grands détails, dans son Dictionnaire des vers qui fait partie de l'Encyclopédie, et que les déter- minations de ces espèces sont en général très-bonnes, il se- roit superflu d’en donner ici de nouvelles descriptions. Je me contenterai donc d’ajouter à la citation des espèces déter- minées par Bruguière quelques notes d’éclaircissement, et certaines rectifications qui sont indispensables; enfin j'expo- serai succinctement le caractère des espèces que ce savant n’a point connues. e

Je puis en outre rendre un service essentiel et relatif aux déterminations des espèces établies par Bruguière. En effet, quoique ce zoologiste ait donné la synonymie des espèces qu’il a caractérisées, il reconnut la nécessité d’en donner de nouvelles figures. En conséquence il fit dessiner avec le plus grand soin et par les meilleurs artistes, les coquilles mêmes

4 *

28 ANNALES DU- MU SÉUM

qui avpient servi à ses descriptions; mais ces figures bien gra- vées, ne purent être citées dans son ouvrage. Elles furent publiées après sa mort, parmi celles de l'Encyclopédie, sans discours et sans Ja citation des objets qu’elles représentent; en sorte que. la plupart d’entre elles, et surtout celles des variétés el des espèces nouvelles on très-rares, ne peuvent être que très- difficilement rapportées au texte qui les con- cerne, et sans s’exposer continuellement à l'erreur.

Étant à portée de suppléer à ce que Brüuguière n'eût pas le temps d’exécuter lui-même, ce sera donc rendre un service réel que d'indiquer les figures des originaux d’après lesquels les espèces du genre cône ont été déterminées.

Ainsi, je vais me borner, pour ce genre, à la simple expo- sition du nom et du caractère de chaque espèce, à l’indication des figures de l'Encyclopédie qui y appartiennent, et à celle du numéro, dans la collection du Muséum, chaque es- pèce est placée, lorsqu'il y aura lieu.

Après la citation essentielle du lieu d'habitation de l’es- pèce, j'ajouterai quelques notes explicatives ou de dévelop- pement, lorsque je le eroirai nécessaire,

Le nombre très-considérable des espèces que l’on a établies dans le beau genre dont il est ici question, fera sans doute penser que trop souvent l’on a pris pour espèce ce qui n’est simplement que variété d’une autre. Cela a pu arriver quel- quefois, comme il a pu aussi arriver que des races que lon n’a indiquées que comme des variétés, soient réellement dans le cas de pouvoir être distinguées comme espèce. A ces égards, l'arbitraire est nécessairement inévitable; on ne peut faire usage d'aucun principe rigoureux; tous les cônes pourroient

D'HISTOIRE NATURELLE. 20 être considérés comme des variétés les uns des autres. Et si on se laissoit ainsi entrainer à cette considération, tous les gastéropodes testacés seroïent dans le même cas : s’arrête- roit-on ? j'ai assez fait connoître dans ma Philosophie Zo0o- logique (vol. 1, page b3 ) ce que lon doit penser de ce qu’on nomme espèce parmi les corps vivans ; ce que les faits et les observations nous apprennent à cet égard, est bien suffisant pour fixer nos idées sur ce sujet.

TABLEAU DES ESPÈCES.

[COQUILLE COURONNÉE.]

1. Cône damier. Conus marmoreus.

C. Oblongo-conicus , coronatus , niger ; maculis albis subtrigonis ; spiré obtus& canaliculatà.

Mus., n: 1. Brug. Dict., n. 4. Encycl. pl. 317, f. 10, list. Synops., t. 787, f. 39. Gualt. ind. , t. 22, fig. D. Martini, Conch. 2, t. 62, f. 685.

B. Id. Granulatus. Encycl., pl. 317, f. 10.

C. Id. Zonatus. Encycl., pl. 317, f. 6. Brug.

D. Id. Zineis albis fasciatus. Chemu. Conch. 10, t. 138, f. 1279.

E. Id. Maculis longitudinalibus. Encycl., pl. 317, f. 8.

Habite les mers de l'Asie. Coquille assez grande, pesante, marquée d’une multitude de taches blanches et trigones, sur un fond noir. Elle est fort belle, et n’est point rare. La coquille c paroît appartenir plutôt au cône nocturne qu’à cette espèce.

2. Cône de Banda. Conus Bandanus.

C. Conicus, coronatus , nigricans ; maculis parvis albis trigono-cordatis | roseo et cœruleo tinctis ; spir& depressé coronatä.

Mus., n. 2. Brug., n.5. Encycl. pl. 3:18, f. 5, vulg. le damier rose.

Habite les mers des Moluques. Ses taches sont plus petites, plus serrées,

50 ANNALES DU MUSÉUM

teintes de rose et souvent de violet bleuâtre. La coquille de Rumphius, Mus, 1.32, n.1, S'y rapporteroit, si ses taches étoient moins grandes; ces taches sont teintes de rose. .

3. Cône nocturne. Conus nocturnus. .

7.

C. Conicus , coronatus , niger ; maculis albis cordiformibus connatis , fasciatim digestis ; spirâ obtusà ; basi granulatà.

Mus., n. 3. Brug., n. 6. Encycl. pl. 318, f. 1.

Martini, Conch. 2,1. 62, f. 687, 688.

B. Var. à taches plus séparées. Encyel. pl. 318, f. 6.

C. Var. grenue. Encycl. pl. 318, f. 2.

Habite les mers des Moluques et de l’Asie. Ce cône, que l’on nomme vulgai- rement le damier à bandes, offre plus de parties noires que de blanches. Ses taches sont par zônes transverses.

Cône de nicobar. Conus nicobaricus.

C. Conicus, coronatus, nigricans, fasciatus maculis numerosis albis furvo inclusis ; spirâ canaliculatä depressâ mucronaté ; fauce luteà.

Brug., n. 7. Encycl. pl. 318, f. 9, vulgairement le damier à rézeau.

Habite les mers des grandes Indes. Ses taches blanches, petites et très-nom- breuses, sont groupées par zônes irrégulières sur un fond noir. Mon cabinet.

. Cône esplandian. Conus araneosus.

C, Conicus, coronatus , albidus, furvo fasciatus , filis fuseis araneosis reticu- latus ; spirû convexo-obtusé mucronatà. .

Mus., n. 5. Brug., n. 8. Encyel. pl. 318, f. 8. Martini, Conch. 2, t. 61, £. 676.

B.— Encycel. pl. 318, f. 7. Chemn. Conch. 10, t. 144. A. fig. C. D.

Habite les mers des grandes Indes et des Moluques. Belle coquille, non commune : elle est ornée d’un rézeau délicat et très-fin que l’on a comparé à une toile d’araignée.

. Cône zonal. Conus zonatus.

C. Conicus , coronatus , violaceo-cæsius, tessulis albis alternatim zonatus ;

Jilis transversis croceis parallelis ; spir4 plano-obtusä, truncatä.

Mon cabinet. Brug., n. 9. Encyel. pl. 318, f. 4. Chemn. Conch. 10, tab, 139, f. 1286 à 1288.

B. Var. à taches blanches contournées, vermiformes. Conus nubifer, Mus. n. 9.

Habite l'Océan asiatique. Espèce rare et très-belle , remarquable par sa cou- leur d’un brun olivätre et violâtre, par ses taches blanches, et par ses lignes transversales colorées et un peu distantes entre elles.

Cône impérial. Conus imperialis.

D'HISTOIRE NATURELLE, 51

C. Conieus, coronatus , albidus ; fasciis olivaceis aut flavis ; cingulis linearibus albo fuscoque articulatis ; spirà obtusä depressä.

Mus., n. 6. Brug. ,n. 10. Encycl. pl. 319, f. 1.

B. Var. à spire élevée. Encycl. pl. 319, f. 2.

Habite l'Océan des grandes Indes et des Moluques. C’est une très - belle co- quille à fascies d’un fauve verdätre jaunâtre, et ornée de cordelettes transyerses articulées. Elle n’est point rare; on la nomme vulgairement la couronne impériale.

8. Cône maure. Conus fuscatus.

C. Conicus, coronatus , fusco-virescens, albo maculatus ; filis transversis nigris ; aperturä basi fuscé ; spirä truncatäà.

Mus., n. 7. Brug., n. 11. Var. C. Encyel. pl. 319, f. 7.

B. Var. à spire convexe. Encycel. pl. 319, f. 4.

Habite l'Océan méridional. Ce cône, très-distinct du précédent, a le fond de sa couleur d’un brun verdâtre ou seulement brun. Sur ce fond l’on aperçoit des lignes noires transverses, non articulées, et quantité de taches blanches déchiquetées sur les bords.

9. Cône verdâtre. Conus viridulus.

C, Conicus, coronatus, luteo-virescens , albo maculatus ; lineis transversis Jusco alboque articulatis ; spiré obtusà.

Mus., n.8. Brug., n. 11. Var. B. Encycl. pl. 319, f. 5. Chemn. Conch. 10, t. 139, f. 1289.

* Habite l'Océan austral. Cette coquille n’est peut-être qu’une variété de l’es- pèce précédente, comme Bruguière l’a pensé ; cependant elle a constamment un fond jaunâtre ou d’un jaune verdâtre qui lui donne un aspect particulier, et ses lignes transverses sont articulées de points blancs. Ses taches blanches sont ponctuées et disposées en flammes ou masses longitudinales.

10, Cône royal. Conus regius. C. Conicus, coronatus, roseus ; lineis fuseo-purpureis longitudinalibus sub- ramosis ; Spiré convex.

Brug., n.12. Encycl. pl. 318, f. 3. Chemn. Conch. 10,t.138,f.1276. . Habite l'Océan asiatique. Coquille très-rare, rougeâtre avec des flammes longitudinales étroites ét d’un pourpre brun.

11. Cône cédonulli. Conus cedonulli. C. Conicus, coronatus ; maculis albis disjunctis aut confluentibus ; lineis transversis fusco niveoque articulatis ; spir& concavo-acutd. À. Le vrai cédonulli. Cedonulli ammiralis. Deux cordons réguliers de petites taches d’un blanc bleuätre, difformes ,

52 ANNALES DU MUSÉUM

circonscrites de brun, placés en fascies au milieu de la coquille; en outre, quatre cordelettes formées de petites taches blanches presqu'arrondies, perlées et distantes; les uns et les autres étant indépendans des lignes trans- verses, brunes ou roussâtres, articulées de points blancs, et le tout disposé sur un fond couleur de cannelle.

Brug., n. 1, coquille A. Encycl. pl. 319, £. 1. Mus., n.10. Mon Cabinet [lexemplaire de M. Favanne ].

Le faux cédonulli et ses variétés. C. Pseudo cedonulli.

Point de cordons doubles et réguliers au milieu de la coquille, ni de corde- lettes au nombre de 4, 2 en haut et 2 en bas; mais seulement des lignes transverses brunes ou roussâtres , articulées de points blancs, et des taches blanches, de grandeur diverse, irrégulières, rarement circonscrites de brun ; le tout disposé sur un fond soit couleur de cannelle, soit orangé, soit fauve brun , soit enfin d’un noir roussâtre.

B. Le faux cédonulli géographique. C. Cedonulli mappa. Encyel. pl. 316, f. 7. Fond orangé ou cannelle.

C. Var. de Curaçao. C. Cedonulli Curassaviensis. Encyel. pl. 316, f. 4. Fond d’un fauve citron.

D. Var. de l'ile de la Trinité. C. Cedonulli Trinitarius. Encycl. pl. 316, f. 2. Fond olivätre.

E. Var. de la Martinique. C. Cedonulli Martinicensis. Encycel. pl. 316, f. 3. Fond de couleur marron. ,

F. Var. de la Dominique. C. Cedonulli Dominicanus. Encyl. pl. 316; f. 8: Fond d’un jaune de safran.

G. Var. de Surinam, C. Cedonulli Surinamensis. Encycel. pl. 316, f. 9. Fond couleur d’ocre.

H. Var. de la Grenade. C. Cedonulli Granadensis, Encycl. pl. 316, f. 5. Fond jaune.

I. Var. de Caracas. C. Cedonulli Caracanus. Encycel. pl. 316, f. 6. Fond d’un brun noirâtre.

Le cône cédonulli habite les mers de l'Amérique méridionale et celles des Antilles. C’est de toutes les espèces de ce genre la plus recherchée, la plus renommée et la plus précieuse, à cause de sa beauté et de sa rareté. Mais on doit la partager en deux sous-espèces, qui ont chacune leurs variétés, et qui diffèrent beaucoup entre elles.

Le vrai cédonulli, qui offre des cordons réguliers et des cordelettes perlées, indépendamment des lignes articulées de points blancs , présente lui-même des variétés, car les trois individus que j’ai observés sont dans ce cas. Cette

D'HISTOIRE NATURELLE. 33

sous - espèce est la plus belle, la plus précieuse et d’une extréme rareté. Les 8 variétés du faux cédonulli n’ont de commun avec la première sous- espèce, que la forme générale de la coquille, et que d’avoir sur un fond coloré, des taches blanches irrégulières et des lignes transversalesarticulées de points blancs. Sous ce point de vue, elles ne différent point de l’espèce suivante. Dans les 2 sous-espèces, les tours de la spire sont un peu canaliculés. 12. Cône écorce d’orange. Conus aurantius.

C. Conicus, coronatus , aurantius citrinus aut fulvus, sranulatus, albo ma- culatus ; lineis transversis punctatis ; spir& acuté.

Mus., n. 10. Brug., n. 2. Encyel. pl. 317, £. 7. Martini, 2. tab. 61, f. 679.

Habite l'Océan asiatique. Ce cône avoisine beaucoup les variétés du faux cédonulli; mais il est plus allongé, plus granuleux, et n’a point ses tours de spire canaliculés. Le fond de sa couleur est tantôt citron, tantôt orangé, et tantôt roussàtre ou ferrugineux.

13. Cône papier marbré. Conus nebulosus.

C. Conicus , coronatus , interdum granulatus, fusco-luteus, maculis albis marmoratus ; lineis transversis fuscis ; spir acutà.

Mus., n. 19. Brug., n. 3. Encycl. pl. 317, f. 1.

b. Encycl. pl. 317, f. 3.

ce. Encycl. pl. 317, f£. 9.

d. Encycel. pl. 317, f. 2.

Jf. Encyel. pl. 317, f. 4.

Habite l'Océan américain et celui des grandes Indes. Ce cône m'est point rare, et offre différentes variétés dans ses couleurs et leur disposition. Il est en général marbré de blanc sur un fond de couleur marron, ou d’un roux brun, ou d’un jaune fauve. Dans la variété B, les lignes transversales sont articulées de points blancs. La variété D est très-granulense, La coquille f est d’une couleur citron et n’est point marbrée. Il est probable qu’elle n’ap- partient point à cette espèce.

14. Cône papier ture. Conus minimus.

C. Conicus, coronatus , glaucinus , fulvo-maculatus ; lineis transversis fusco et albo articulatis ; spir& obtusà.

Brug., n. 13. Encycl. pl. 322, f. 2.

Mon cabinet.

Habite les mers des grandes Indes. Ce cône est petit, court, grossi dans sa partie supérieure, tacheté de roux-brun, et orné de lignes transyerses arti- culéeSÆur un fond d’un blanc rosé ou teint de violet.

15. Cône cannelé. Conus sulcatus, *

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©

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19.

ANNALES DU MUSÉUM

C. Conicus, coronatus, transversim sulcatus, albus ; spir4 obtusä.

Brug., n. 14. Encyel. pl. 321, f. 6.

Habite les mers des Indes orientales. Cette coquille est blanche, et n’a que 10 ou 11 lignes de longueur.

Cône hébraïque. Conus ébrœus.

C.Conicus , coronatus ; albus ; maculis nigris subquadratis fasciatim digestis ; striis transversis ; Spirä convexé.

Mus., n. 22. Brug., n. 15. Encyel. pl. 321, f. 9. Martini, Conch. 2, t, 56, f. 617.

B. Encycl. pl. 321, f. 2. Chemn. Conch. 10, t. 144; À. fig g,r.

Habite les mers des climats chauds de l'Asie, de l’'Afriqueet de l'Amérique.Il offre, sur un fond blanc, des taches noires, carrées ou en carré long, et disposées par zônes. Il n’est point rare.

Cône vermiculé. Conus vermiculatus. ;

C. Conicus , coronatus , albus ; fiammis nigris longitudinalibus, perangustis ; striis transversis ; spirä convexà.

Mus., n. 21. Brug., n. 15, Var. Encycl. pl. 321, f. 1 et 8. Martini, Conch. 2, t. 63, f. 699 et 700.

B. Var. granuleuse. Encyel. pl. 321, f. 7.

Habite les mêmes mers que le précédent, dont il est toujours distinct par ses raies ou flammes noires longitudinales, étroites et souvent rameuses.

‘Cône piqüre de mouche. Conus arenatus.

C. Conicus, coronatus , albus, punctis nigris aut rubris acervatim conspersus ; spirä obtusâ mucronatà.

Mus., 0. 15. Brug., n. 16. Encycl. pl. 320, f. 6.

B.— Encycel. pl. 320, f. 3 et 7.

C. Encyel. pl. 320, f. 4. Var. granuleuse.

Habite l'Océan asiatique et celui des Philippines. Cette espèce est fort re- marquable par les points nombreux qui ornent la surface de la coquille. Elle n’est point rare et présente différentes variétés, tant pour la grosseur des points que pour la forme générale de la coquille. Sous l'indication de la variété B, l’on comprend deux cônes un peu différens pour la forme, mais dont les points dans l’un et l’autre sont très-pelits.

Cône morsure de puces. Conus pulicarius.

C. Conicus , coronatus , albus ; punctis majusculis fuscis ; zon@ duplici au- rantia ; spir@ subdepressä mucronatà.

Mus., n.16.Brug.,n. 17. Encyel. pl. 320 , f. 2. Martini, Coucb. 265, f. 698.

Habite lOcéan pacifique. Coquille blanche, ornée de gros points d'un brun

Cdi nt

D'HISTOIRE NATURELLE. 929 rougeâlre, groupés par places. Elle est échancrée à sa base ainsi que la pré- cédente. Bruguière en cite une variété granuleuse. )

20. Cône fustigé. Conus fustigatus. C. Conicus , coronatus , albus ; guttis nigris aut Jfusco-cinnamomeis difformi- bus ; spirä subdepressä mucronatä. Mus., n. 17. Brug., n. 18. Encycl. pl. 320, f. 1. Habite l'Océan asiatique, et-des Moluques. II a de gros points rougeâtres ou d’un brun cannelle, et la plupart difformes.

21. Cône civette. Conus obesus. C. Conicus, coronatus, niveo-roseus ; maculis punctis et nubeculis violaceis undulatus ; spirä concavo-obtusä. ° Mus., n. 23. Brug., n. 19. Encycl. pl. 320, f. 8. B. Encycl. pl. 320, f. 5. Habite les mers des Indes orientales. Ce cône est très-beau et fort recherché. On le nomme vulgairement la peau de civette. Il a des mouchetures brunes et violettes sur un fond blanc nuancé de rose.

22. Cône chagrin. Conus varius. C. Conicus , coronatus, muricatus , albus , castaneo-maculatus ; spiré acutà.

Mus., n. 13. Brug., n. 20. Encycl. pl. 321, f. 3.

B.— Encycl. pl. 321, f. 4. Habite les mers des climats chauds, La surface de ce cône est hérissée de

grains saillans qui l'ont fait nommer peau de chagrin. Bruguière en cite une variété ayant deux zônes orangées, et les grains plus petits. Ce cône ne devient jamais grand.

23. Cône tulipe. Conus tulipa. C. Oblongus , subcoronatus , rufescente albo et cæruleo undatus ; lineis trans-

versis fuscis albo punctatis ; spirà brevi obtusé ; aperturâ patente.

Mus., n. 25. Brug., n. 21. Encycl. pl. 322, f. 11.

Habite les mers de l'Inde, de l'Afrique et de l'Amérique. Il se lie par ses rapports ayec le suivant et avec le cône bullé. Ce cône est oblong et varié de fauve, de rose et de violet bleu , sur un fond blanchätre.

24. Cône brocard. Conus geographus.

C. Oblongus, coronatus , albo fulvoque nebulatus ; spirä concavo-obtusé ; apertur& dehiscente.

Mus. , n. 24. Brug., n. 22. Encycl. pl. 322, f. 12.

B. Le même réticulé.

Habite les mers des grandes Indes. Ce cône est une des plus grandes espèces de ce genre; il est mince relativement à sa grandeur; et offre des nébulo-

5 *

56 ANNALES DU*MUSÉUM

sités de fauve, de marron, de couleur de chair et de bleuâtre, sur un fond ‘blanchâtre. 25. Cône ponctué, Conus punctatus.

C. Conicus, obsolete coronatus , helvaceus, albo zonatus ; striis trañsversis elevatis fusco punctatis ; spir& obtusé , albo fuscoque maculatä.

Mon cabinet. Brug., n. 23. Encyel. pl. 319, £. 8. Chemn. Conch. 10, t. 139, f. 1294. Mus., n. 44.

Habite l'Océan africain. Sa couleur est d’un fauve pâle, un peu rosée.

26. Cône rubané. Conus tæniatus.

C. Conicus , coronatus , albus, amethystino fasciatus ; cingulis fusco alboque

articulatis ; spiré obtusä.

Mon cabinet. Brug., n.24. Encyel. pl. 319, f. 5. Martini, Conch. 2, t, 57, f. 632. Chemn. Conch. 10, t. 144; A fig. m,n.

Habite les mers de la Chine. Coquille petite, fort jolie et peu commune. Ses petites taches noires et carrées, disposées par lignes ou cordelettes trans- verses, ont élé comparées à des notes de musique.

27. Cône musique. Conus musicus. -

C. Conicus,, coronatus, albus ; zonû cærule&; lineis fusco punctatis ; fauce violaceë ; spirâ obtus& maculatä.

s Mus., n. 24. Brug., n.25. Encycl. pl. 322, f. 4.

Habite les côtes de la Chine, Petite coquille, peu recherchée: elle est blanche, à zônes bleuâtres, avec des lignes transverses de points bruns.

28. Cône miliaire. Conus miliaris.

C. Conicus , coronatus , carneus, albo zonatus ; fasciis duabus lividis ; lineis transversis fusco punctatis; spir4 obtusä.

Brug., n. 26, Encycl. pl. 319, f. 6. Catal. de la Tour d’Auv.,f. 572.

B. Id. Punctis sparsis. Mon cabinet.

Habite les côtes de la Chine. Coquille d’un pouce et demi de longueur, ornée partout de très-petits points bruns sur un fond couleur de chair, avec: deux zônes pâles, jaunätres, ou livides. Ce cône n’est pas commun.

29. Cône souris. Conus mus.

C. Conico-ovatus , coronatus, cinereus , albo faciatus ; maculis fulvis longi- tudinalibus ; striis transversis elevatis ; spiré variegal& acutà.

Mus., n.18. Brug., n. 27. Encycel. pl. 320, f. y. Gualt. ind. 1. 20, fig. R. Habite les côtes de l'Océan américain, à la Guadeloupe. I1 est strié, varié de flammes fauves et d’un peu de blanc. Ce cône n’est point rare; sa taille: est petite.

30, Cône livide. Conus lirvidus:

D'HISTOIRE NATURELLE. 57

C Conicus , coronatus , livido-virescens ; spir& albä obtusä ; zon& albidä ; basi muricatä subcærule.

Mus., n. 13. Brug., n. 28. Encycl. pl.321, f. 5.

B. Martini, Conch. 2, t. 63, f. Ga4.

C.— Martini, Conch. 2, t. 61, f. 681.

Habite l'Océan des grandes Endes. Coquille d’un jaune verdätre ou livide, avec une zône blanchätre sous le milieu -et quelques stries granuleus inférieurement. La base est d'un brun violâtre; la spire est blanche et obtuse. Ce cône varie dans sa teinte principale, et n’acquiert qu'un pouce

et demi de longueur.

31. Cône gourgouran. Conus barbadensis.

32.

33.

C. Conicus , coronatus , roseus aut rufescens ; lineis transversis coloratis inter- ruplis ; fasciis duabus albidis ; spirä obtusä.

Mon cabinet. Brug., n. 29. Encycl. pl. 322 ;°f. 8.

Habite les mers des Antilles. Ce cône, plus agréable par ses couleurs que le cône souris, n’acquiert qu'un pouce de longueur. Il est remarquable par les lignes transverses articulées de brun et de blanc dont il est orné, par deux zônes blanchätres, et par le fond de sa couleur qui est rose, ou rouge, et quelquefois un peu fauve. Sa base, qui est un peu granuleuse, n’est point tachée de pourpre-brun comme dans le suivant.

Cône rosé. Conus roseus.

C. Conicus, coronatus , roseus, transversim sulcatus ; fasci& albid& ; spirä obtusé.

Mon cabinet. Mart. Conch. 2, t. 63, f. 707. Encycl. pl. 322, f. 7.

Habite les mers des Antilles. Ce cône, que l’on a probablement confondu avec le précédent, ne lui ressemble que par sa taille. Il est sillonné trans- versalement depuis les tubereules jusqu’à la base, n’offre aucunes lignes colorées interrompues et articulées, n’a qu’une zône blanche sur un fond rose ou couleur de chair, et n’est point granuleux inférieurement. La base de sa columelle est tachée de pourpre-brun.

Cône cardinal. Conus cardinalis.

C._Conicus, coronatus, coccineus , granosus ; zon@ alb& fusco- maculatä ; spir& depressé.

Mon cabinet, Brug., n. 30. Encycel. pl. 322, f. 6. Martini, Couch. 2,t. 61, f. 680. À Habite l'Océan indien et américain. Ce cône est petit, et remarquable par sa couleur incarnat ou d’un rouge de corail. H à quelquefois deux zônes blanches tachetées de brun, au lieu d’une seule,

58 ANNALES. DU MUSÉUM

Cône magellanique. Conus magellanicus. * C. Conicus, coronatus, aurantius ; fasciä albo fulroque punctaté ; spir4 truncatà. Brug., n. 31. Encycl. pl. 322, f. 3. Habite les parages du détroit de Magellan. 35. Cône mennonite. Conus distans. C. Conicus , coronatus , flavescens ; lineis transversis impressis distantibus ; basi subviolaceë ; spir& convex4 , àlbo fuscoque maculatä. Mus., n. 12. Brug., n.32. Encycl. pl. 321, f. 11. Chemn. Conch. 10,t. 138, f. 1281. Habite l'Océan pacifique, les côtes de la nouvelle Zélande. Ce cône est grand, d’un blanc jaunâtre, sans élégance, mais remarquable par ses caractères. 36. Cône pontifical. Conus pontificalis. C. Conico-ovatus , coronatus, albus , transversim subtilissimè sulcatus ; epi-

Cu

a

derme luteo-virescente ; spir@ elevaté , conicä.

Mus., n. 21.

Habite les parages de la terre de Diemen. Ce cône, découveft et rapporté par M. Péron,, est long de 45 millimètres, sur une largeur de 25. Il est d’un blanc de lait, mais recouvert d’une épiderme d’un vert jaunâtre qui se détache aisément. Ses sillons transverses sont très-fins , marqués de points enfoucés. Sa spire élevée, conique et tuberculeuse, ressemble à à une thiare pontificale.

. Cône calédonien. Conus caledonicus. * F .

C. Conicus , coronatus , aurantius , filis tenuissimis rufe s parallelis contiguis cingulatus ; spirä acut&.

Brug., n. 33. Encycel. pl. 321, f. 10.

Habite la mer pacifique , les côtes de la Caledonie. Ce cône est très-rare. 11 est d’un jaune orangé, et son tour extérieur est garni de fils circulaires roussâtres, dont les inférieurs sont un peu granuleux.

38. Cône époux. Conus sponsalis. *

C. Ventricosus, coronatus , luteus , maculis fulvis oblongis distinetis bifas- ciatus ; spiré convexo-acutà ; basi granulaté ; intus nigricante.

Brug., n. 54. Encycl. pl. 322, f. 1. Chemn. Conch. XI, tab. 182, £ 1766, 1767.

Habite les mers pacifiques, les parages des iles St.-George. Petite coquille ventrue, jaunâtre ou blanchätre avec des flammes onduleuses, fauves ou roses.

39. Cône piqué. Conus puncturatus. *

D'HISTOIRE NATURELLE. 59

C. Conicus, coronatus , lividus , superne albo-zonatus ; sulcis subtilissimè puncturatis ; spir& obtusä ; apice roseo ; fauce amethystiné.

Brug., n. 35. Encycl. pl. 322, f. 9.

Habite les mers de la nouvelle Hollande. Ce petit cône semble avoir des rapports ayec le cône pontifical, n. 36.

4o. Cône chingulais. Conus ceylanensis. *

C. Conicus , coronatus , flavidus ; fascià intermediä ramosä pallidè cæsié ; superné zon@ alb@, cingulis fulvo punctatis distincté ; spir& obtusà ; basi granosû ; fauce violaced.

Brug., Dict., p. 636. Encycl. pl. 322, f. 10.

Habite les côtes de l’île de Ceylan.

41. Cône lamelleux. Conus lamellosus. *

C. Conicus, coronatus, subsulcatus, albus, roseo-maculatus ; spir4 acutä ; anfractibus excavatis lunato-lamellosis ; basi sranulatä.

Brug., n. 36. Encycl. pl. 322, f. 5.

Habite les côtes de l’île de Ceylan. Petite coquille blanche avec des taches roses.

42. Cône nain. Conus pusillus.

C. Conicus, subcoronatus , albus , maculis aurantio-fuscis variegatus ; lineis transversis albo fulvoque ‘articulatis ; spir4 convexo - acuté ; Jauce subvio- laceä.

Mon cabinet. Conus pusillus , Chèmn. Conch. XF, tab. 183, f. 1788 et 1789.

Habite les parages de la Guinée. Ce petit cône est panaché de blanc et d’une couleur orangée plus moins brune.

43. Cône exigu. Conus exiguus.

C. Oblongo-conicus, coronatus, albus; maculis Juscis longitudinalibus ; striis transversis laxis ; spir& convexo-acutà.

Mon cabinet.

Habite les mers de l'Asie. Petit cône de la forme et de la taille du conus ceÿlanensis ; mais offrant d’autres caractères. 11 présente sur un fond blanc des taches longitudinales d’un brun rougeâtre, et wa ni zône ni lignes ponctuées. Ses stries transverses sont écartées les unes des autres.

4%. Cône rude. Conus asper. *

C. Conicus, coronatus, luteo-albidus, transversim sulcatus ; suleis elevatis scabris ; spir4 convexo-acut& ; labro denticulato.

Conus costatus. Chemn. Conch. XI, p. 47, t.181, f. 1745 à 1747.

Habite les mers de la Chine. Ce cône, remarquable par ses sillons trans- verses, élevés et plus ou moins scabres, n’est point muni de côtes, puisque

40 ANNALES DU MUSEUM

l'on ne donne ce nom qu’aux saillies longitudinales que l’on trouve sur différentes coquilles. Sa couleur est d’un blanc jaunâtre. Les tours de sa spire sont canaliculés, striés et noduleux.

Ozs. Quoique le cône antidiluvien appartienne à Ja division des cônes couronnés, je n'en ferai mention qu’en exposant, à la fin du genre, les cônes fossiles. d

[COQUILLE NON COURONNÉE.]

45. Cône tigre. Conus litteratus.

C. Conicus, albus, maculis nigris aut fuscis seriatim cinctus ; spir& obtusd ; anfractibus sub canaliculatis.

Mus., n. 28. Brug., n. 38.

À. Le tigre commun, ou le mille points. Encycl. pl. 323, fig. 5. Brug. var. i.

B. à taches un peu distantes. Brug. var. G. Encyel. pl. 323, £. 5.

C. rougeâtre, à taches anguleuses. Brug. var. E. Encycl. pl. 323, f. 2.

D. Le tigre panthère. Encyel. pl. 324, f. 4.

E. à spire convexe. Brug. var. C. Encycl. pl. 324, f. 3.

-F. petite, à taches allongées et transverses. Brug. var. B. Encycl. pl. 324, f. 6. à

Habite l'Océan asiatique. Grande et belle coquille, remarquable par ses points nombreux , disposés par sériesgransverses, sur un fond blanc, et par sa spire obtuse. Le bord inférieur de sa spire est anguleux, ce qui distingue cette espèce du cône tine, qui est ponctué de la mème manière. La variété F semble appartenir à l'espèce suivante. :

46. Cône arabe. Conus arabicus.

C. Conicus , albus, maculis nigris aut fuscis seriatim cinctus ; zonis tribus luteo-aurantiis ; spir& truncatà , plané ; anfractibus canaliculatis.

Mus., n.29. Brug. var. du C. tigre.

A. Encyel. pl. 323, f. 1.

B. Encycl. pl. 323, f. 4.

C. Encyel. pl. 324, f.5,

Habite l'Océan asiatique. Ce cône, que l’on a confondu avec l'espèce précé- dente, et que l’on distingue cependant dans toutes les collections, diffère constamment du cône tigre, par sa spire tronquée et applatie, et par trois zônes jaunâtres ou orangées, plus ou moins vives, mais loujours apparentes. On le nomme le tigre à bandes, ou le tigre arabe.

D'HISTOIRE NATURELLE. 41

SUR LES MÉDUSES DU GENRE ÉQUOREE (1).

PAR MM. PÉRON ET LESUEUR (2).

Equidem et his sensum inesse arbitror, qui nec animantium, neque fruticum, sed tertiam ex utroque naturam habent, urticis (Medusis) dico et spongüs. Plin., Hist. nat., Lib. IX, p. 45.

N ous venons de terminer la description de toutes les es- pèces d’Équorées connues jusqu’à ce jour; nous ayons succes- sivement parcouru tous les détails d’organisation qui les ca- ractérisent, tous ceux qui sont relatifs à la forme, à la couleur, à la phosphorescence, à l'habitation particulières de ces méduses. C’est à des considérations plus générales qu'il convient de nous élever. maintenant; c’est de la vie même de ces animaux que nous allons nous occuper ici; nous dirons tout ce que

(1) La plupart des considérations physiologiqués dont il est question dans ce travail sont applicables à toutes les Méduses.

(2) Cet article est extrait de l’Histoire générale et particulière de toutes les Méduses connues jusqu’à ce jour , par les mêmes auteurs, il fait suite à l’Histoire des Equorées, l’un des nouveaux genres qu'ils viennent d'établir. ( Voyez le Tome 14°. des Annales, p.325, Genre X°.

15. 6

43 ANNALES DU MUSÉUM

nous avons pu découvrir sur les fonctions qui la constituent et l’entretiennent, sur les phénomènes qu’elle développe, sur ceux qui la terminent et qui la suivent. Cette partie de notre travail est, sans doute, bien loin d’être complète; mais la plupart des observations que nous allons faire connoîïtre sont absolument nouvelles, et plusieurs d’entre elles nous parois- sent de la plus incontestable exactitude.

1°. Substance.

La substance de tous les zoophites dont il s’agit, présente au premier coup d'œil l'apparence d’une sorte de gelée plus ou moins diaphane, plus ou moins consistante, plus ou moins agréablement colorée, suivant les espèces. A l'exception des lignes, des lamelles et des vaisseaux qui tapissent la face in- férieure de l’ombrelle, le tissu de cette substance paroît homo- gène, alors même qu’on l’observe avec les plus fortes loupes: en quelque sens qu’on la déchire ou qu’on la coupe, l’appa- rence ne change pas, on ne découvre aucune trace de vais- seaux intérieurs ; telles paroissent même la densité, lhomo- généilé de cette matière, qu’on ne saurGit concevoir la té- nuité prodigieuse des canaux qui doivent la pénétrer et la nourrir. Exposée au contact de lair atmosphérique, elle se résout en un liquide incolor et très-analogue à l’eau de mer ordinaire : nous parlerons ailleurs des particularités que pré- sente cette liqueur lorsqu'on la laisse passer à la décompo- sition putride; nous dirons quels résultats on a obtenu des analyses qu’on en a faites; il nous suffit d'observer mainte- nant, que cette sorte de fusion des équorées est si complète,

__ D'HISTOIRE NATURELLE. 45 que d’un individu pesant plusieurs kilogrammes, à peine reste-t-il sur le filtre quelques milligrammes d’un résidu membraniforme.

20. Locomolion.

Malgré cette composition singulière de leur substance, les équorées ; ainsi que toutes les autres espèces de méduses, jouis- sent d’une force de contraction véritablement étonnante. Toujours actives à la surface des mers, on les voit alternati- vement se resserrer sur elles-mêmes, et se développer ensuite avec une rapidité plus ou moins grande : nous décrirons dans une autre circonstance le mécanisme de ces mouvemens, at- tachons-nous d’abord à l'effet qu’ils doivent produire par rap- port à la position de l’animal qui les exécute.

En se resserrant sur elles-mêmes, les Équorées tendent à repousser la colonne d’eau qui se trouve immédiatement en contact avec la face inférieure de leur ombrelle; par la résis- tance du fluide, et la décomposition de mouvement qu'elle produit, le zoophite se trouve en quelque sorte projeté dans une direction contraire à celle de la colonne d’eau déplacée par le choc; il aura donc changé de place d’une quantité quelconque, et cette quantité, toutes choses égales d’ailleurs, sera proportionnelle à la force de répulsion qu'ilaura dévelop- pée. Dans l'expansion qui succède aussitôt à la contraction, l'animal heurte également la colonne d’eau subjacente, et de cette seconde percussion, résulte pour lui un nouveau pas, s’il est permis de s'exprimer ainsi.

Quelque nombreux, quelque variés que puissent être les

6 7

44 ANNALES DU MUSÉUM

mouvemens des méduses, on peut cependant les ramener tous à ces deux élémens aussi simples que faciles à concevoir. Ainsi l’un de ces animaux veut-il s'élever du fond des mers à leur surface , il s'établit dans une situation verticale, frappe de bas en haut, et s'élève par une suite de pas, Ou pour par- ler sans métaphore, par une succession plus ou moins rapide de contractions et de dilatations, jusqu’à la hauteur qui lui convient? Veut-il changer la direction de sa route, il s'incline de manière à ce que l’ombrelle forme avec l’horison un angle plus ou moins aigu, et dans cette situation nouvelle, ‘la di- rection du choc étant oblique comme celle de la résistance, Vanimal se trouve repoussé lui-même et chemine dans ce dernier sens. Parvenu à la surface des eaux, la position verti- cale ne peut plus avoir d'autre effet que de maintenir le zo0- phite en place; mais pour en changer, il faut qu'il revienne à la situation oblique. C’est, en effet, de cette dernière façon que toutes celles des méduses dont le corps est entièrement gélatineux et orbiculaire, nagent sur les eaux ; jamais leur ombrelle n’est sur la ligne d’horison que dans les cas de re- pos ou d’immobilité relative.

Le mécanisme que les équorées emploient pour redes- cendre au fond des eaux est encore plus simple que les di- vers mouvemens que nous venons de décrire. Leur sub- stance étant, en effet, d’une pesanteur spécifique plus grande que celle de l’eau de mer, il leur suffit de se contracter for- tement sur elles-mêmes, pour qu’aussitôt elles se trouvent en- trainées par leur propre poids. Dans certains cas, et, sans doute, alors pour précipiter leur descente, elles se renversent de manière à ce que le dessus de lombrelle soit dirigé en bas,

D'HISTOIRE NATURELLE. 43

et dans cette position elles exécutent les mêmes mouvemens que pour s'élever sur les flots.

5°, Moyens de découvrir et de saisir la proie.

Toutes ces évolutions des Équorées ont pour but essentiel la recherche de la proie qui leur convient, et quoique moins ‘favorisées, sous ce rapport, que les méduses pourvues de bras, elles ont reçu pourtant de la nature des moyens assez variés, assez puissans pour assurer le succès de leurs efforts. Les tentacules filiformes plus ou moins longs, plus ou moins nombreux qui garnissent l’ombrelle, sont doués de la sensi- bilité la plus exquise : toujours en action autour de l'animal, ils cherchent avidement la proie dont il a besoin; ils s’en- lacent autour d’elle, et l’entraînent vers l’ouverture de l’es- tomac; celle-ci se dilate, les lanières, les franges, les cils qui terminent son rebord s'appliquent sur la victime, elle ne tarde pas à être engloutie dans la cavité fatale qui se referme aussitôt.

A ces moyens de préhension, quelques espèces d’Équorées unissent peut-être cette causticité brülante qui distingue plusieurs autres méduses, mais aucune de celles que nous avons observées ne nous a paru jouir de cette propriété re- marquable.

La nourriture des Équorées se compose vraisemblablement en grande partie de ces myriades d’animalcules gélatineux qui pullulent dans toutes les mers, et dont Pétude à peine ébauchée sur quelques points de nos rivages, a déjà dévoilé tant de merveilles, et reculé si loin les bornes de l’existence

46 ANNALES DU MUSÉUM

et de l’organisation animales : l’'Équorée amphicurte, la buno- gastre, la mésonème et la phospériphore doivent être surtout dans ce dernier cas; il paroît impossible, en effet, que l'estomac étroit et vittuliforme de ces zoophites, puisse recevoir autre chose que des animalcules; la foiblesse et la brièveté des ten- tacules dans ces mêmes espèces viennent à l'appui de cette présomption; à l'égard des Équorées dont l'estomac est large et profond , elles ne craignent pas, ainsi que nous l'avons ob- servé nous-mêmes, de s'attaquer aux plus grandes espèces de béroës, de salpas et même aux petits poissons pélagiens qui vivent habituellement dans les fucus.

4°. Système digestif.

Aucun organe ne paroîït moins propre à remplir les plus importantes fonctions de la vie, que l'estomac des zoophites dont nous parlons; d’une substance mollasse et gélatineuse, d’une grande ténuité dans ses parois, d’une délicatesse ex- trême dans son tissu, il paroït également incapable et de retenir et de digérer les animaux qu'il a reçus. L’incertitude augmente, alors que pénétrant dans l’intérieur de cette cavité singulière, on veut en examiner les détails. Nulle part l'œil armé des meilleures loupes ne peut découvrir aucune trace de ces nombreux suçoirs que nous aurons occasion de décrire ailleurs, et qui tapissent le fond de l’estomac de plusieurs autres méduses ; tout ce qu’on peut voir dans celui des Équo- rées, c’est qu'il est lubrifié, sur tous ses points, par une es- pèce de suc gastrique légèrement visqueux au toucher, et qui, lorsqu'on l’applique sur la langue, détermine aussitôt

D'HISTOIRE NATURELLE. 47

une sensation assez vive, mais très-fugace, de douleur et de brülure. Quelque soit la nature de ce fluide important, et dont nous aurons souvent occasion de parler dans PHistoire géné- rale des Méduses, il paroît certain qu’il joue le principal rôle dans la digestion des Équorées ; c’est par lui que la substance des animaux surpris par ces zoophites, est plus particulière ment attaquée; c’est lui qui la pénètre, qui la dissout et la décompose.

5°. Nutrition.

Après avoir subi cette première espèce d’altération, les ali- mens sont vraisemblablement portés dans un système géné- ral d'absorption et de circulation intérieure où, par de nou- velles modifications, ils achèvent de s’assimiler à la substance des Équorées ; mais tous les agens de cette double fonction nous échappent : on ne peut découvrir, ni pores absorbans, ni vaisseaux autres que ceux qui tapissent la face inférieure de l'ombrelle, et qui paroissent servir à la respiration , ainsi que nous le dirons bientôt. D'ailleurs ces derniers vaisseaux sont absolument simples, et l’on ne découvre aucun rameau qui s’en détache, pour pénétrer dans lépaisseur de Panimal.

G°. Accroissement et dimensions.

Quel que puisse être le système de nutrition des Équorées, il paroît jouir d’une énergie considérable, car indépendam- ment de la croissance rapide et des dimensions assez fortes auxquelles ces animaux peuvent arriver, il est une particu-

48 ANNALES DU MUSÉUM

larité de leur histoire qui suppose une force de réparation et d’assimilation bien puissante,

7°. Excrétions.

Qu'on abandonne, en effet, un de ces zoophites dans un vase rempli de plusieurs litres d’eau de mer très-pure; bien- tôt la transparence du liquide s’altère; des flocons glaireux se manifestent sur tous les points du vase; ils augmentent si rapidement, que dans un espace de temps très-court, on voit l'animal expirer au milieu des excrémens qu’il a rendus. Que si l’on a soin de renouveller très-souvent l’eau du vase, la méduse conservera toute son activité; mais telle est toujours l'abondance de la matière visqueuse qui transsude de toutes . les parties de son corps, que la 20°. portion d’eau en sera, pour ainsi dire, aussitôt altérée que la première. Quels peu- vent être les canaux excréteurs d’une espèce de transpiration aussi extraordinaire ? Nous n’avons rien pu découvrir de sa- tisfaisant à cet égard, et la solution du problème est d’autant plus difficile, que la substance de l’ombrelle paroît plus com- plétement étrangère à l’organisation vasculaire , qu’une pa- reille excrétion sembleroit devoir exiger.

8°. Contractibilité.

En traitant de la locomotion des Équorées, nous n’ayons dit qu'un mot de la force de contraction qui caractérise es- sentiellement tous les animaux de la grande famille des mé- duses ; nous reviendrons dans une autre circonstance sur le

D'HISTOIRE NATURELLE. 49

siége principal et sur les agens de cette faculté précieuse; c’est sous un point de vue tout nouveau que nous allons la con- sidérer dans l’esquisse suivante de nos recherches, et de la découverte que nous pensons avoir faite à cet égard.

gg. Respiration.

La contractibilité dont il s’agit se manifeste par des phé- nomènes si sensibles, qu’il n’est pas étonnant que la plupart des auteurs en aient fait une mention particulière. Tous s’ac- cordent à reconnoïître, dans les contractions et les dilatations alternatives de ces zoophites, un système particulier de lo- comotion et de progression; sans doute cette assertion est exacte, et les détails que nous avons donnés nous-mêmes à cet égard ne peuvent laisser aucun doute raisonnable sur ce point essentiel de l'Histoire des Méduses : mais ces mouve- mens si réguliers, si constans, sont-ils donc exclusivement consacrés à cette dérnière fonction ? tel est le problème que nous allons chercher à résoudre.

Qu'on observe une méduse quelconque à la surface des caux, et dans quelque circonstance que ce puisse être, on verra contrater et dilater alternativement son ombrelle; qu’on étudie le rapport de ces oscillations avec la progression du zoophite, on réconnoîträ bientôt que, dans certains cas, et alors même qu’elles sont le plus vives, elles ne sont cepen- dant suivies d’aucun déplacement de l’animal qui les opère; que retirant la méduse des flots, on la place dans un vase de verre suffisamment fourni d’eau de mer fraîche, et dont le diamètre soit dans un tel rapport avec celui de l’ombrelle,

19. 7

5o ANNALES DU MUSEUM

que la progression soit physiquement impossible, les oscil- lations n’en auront pas moins lieu avec les mêmes caractères que lorsque la méduse nageoit en liberté sur les eaux; que l'animal descende au fond du vase, et s'applique contre ses parois inférieures, dans cette dernière circonstance encore, les mêmes mouvemens continueront, et quoique moins énergiques en apparence, ils offriront toujours les caractères de cette succession régulière que nous venons d'indiquer; qu'arrachant le zoophite à son élément naturel, on le place sur la main, sur une table, sur une pierre, ou sur tout autre corps solide, il n’en continuera pas moins à se mouvoir; les oscillations, sans doute, paroïîtront plus foibles, parce que les organes qui les déterminent seront, pour ainsi dire, affais- sés sous le poids du corps, mais elles ne seront ni moins ré- gulières, ni moins constantes; qu'avec certaines précautions qui seront exposéesailleurs, on découpe en plusieurs morceaux l’'ombrelle d’une méduse, chacun des tronçons continuera à se mouvoir pendant un temps plus ou moins long. Qu’après avoir constaté l'existence de ces oscillations sous tous les rapports que nous venons d'indiquer, l'observateur cherche à connoitre jusqu'a quel point ces mouvemens peu- vent être réguliers, il s’assurera‘ bientôt que les contractions etlesdilatations sont isochrônes, c’est-à-dire , qu’à des parties de temps égales correspondent des nombres égaux de cha- cune d’elles ;que, dans des circonstances semblables, la quan- tité de ces oscillations est la même pour les individus de pro- portions analogues; qu’elle est d’autant plus grande, toutes choses égales d’ailleurs, que les animaux de chaque espèce sont plus petits, et vraisemblablement plus jeunes; que ces

D'HISTOIRE NATURELLE. 51

sortes de pulsations deviennent d'autant plus rares ct plus foibles, que l'énergie vitale diminue davantage; mais que, dans ce dernier cas encore, elles conservent leur isochronéité; qu’elles persistent même quelque temps après la mort géné- rale de l'individu, et qu’elles peuvent être entretenues ou ex- citées par divers agens physiques et chimiques.

Spallanzani avoit déjà répété lui-même la plupart de ces expériences, et nous, quoiqu'étrangers alors au travail de ce grand homme, nous avions été conduits aux mêmes résultats par l'observation de plusieurs milliers de méduses de diverses espèces, recueillies dans toutes les mers.

Maintenant, nous osons en appeler à tous les physiologistes, comment concevoir que tant de caractères éminens, que tant d'ordre et de régularité, puissent appartenir exclusivement à ce même système de locomotion qui, dans toutes les autres familles d'animaux, semble exiger de la nature et pa- roit avoir reçu d’elle le plus de mobilité dans son principe, le plus d’anomalie dans ses développemens, le plus d’indé- pendance et de versatilité dans ses agens immédiats? Comment se refuser, de bonne foi, à reconnoître, aux caractères nom- breux que nous venons d'indiquer, un véritable système de contractibilité générale, dont la locomotion est, à la vérité, un des résultats les plus sensibles, mais qui paroït se ratta- cher d’une manière bien plus importante encore à l'essence même de la vie des méduses ?

Si Von parcourt, en effet, la série nombreuse des êtres qui composent le règne animal, on reconnoît bientôt que, quelles que soient les différences de formes et d'organisation qu’ils affectent, tous ont cependant un certain nombre de fonctions

Le

52 ANNALES DU MUSÉUM

communes, sans la réunion desquelles leur existence seroit, pour ainsi dire, impossible à concevoir. Dans les animaux plus parfaits, chacune de ces grandes fonctions a son siége propre, ses organes distincts et ses lois particulières; mais il n’en pouvoit pas être ainsi de ces espèces anomales, sur les- quelles la nature semble, en quelque sorte, s'être essayée aux grandes créations animales : la substance singulière de ces espèces moins parfaites, l'homogénéité de leur tissu, la sim- plicité de leur organisation, réduite aux premiers élémens de la vie, tout s'oppose en elles à la distinction, et surtout à la multiplicité des organes. Subordonnées dès-lors à des agens communs, les fonctions les plus essentielles à l’existence peu- vent être aisément méconnues, parce qu’elles se confondent dans leurs effets, comme dans le principe qui les détermine et qui les entretient.

Ce principe paroît être pour les méduses la contractibilité même dont il s’agit. Qui ne voit, en effet, combien ces mou- vemens si continus, si réguliers de sistole et de diastole, sont favorables à la circulation des liqueurs dans les vaisseaux les plus délicats de l’ombrelle? Combien ils aident à la digestion, à la nutrition? Combien ils ont d'influence sur ces excrétions abondantes dont nous avons parlé? Combien, enfin, ils ont d’analogie avec ces mouvemens d’inspiration et d’expiration que nous offrent la plupart des autres productions du règne animal ?

Dans l’un et l’autre cas, la marche des phénomènes est pa- reille; les modifications en sont comparables, et les résultats en sont également utiles, également indispensables à la con- servation des êtres qui les produisent : de même, en effet,

D'HISTOIRE NATURELLE. 55

que par le jeu de leurs poumons et de leurs branchies, les mammifères et les poissons peuvent renouveler la portion d'air ou de liquide qui les environne ou qui les pénètre, de même aussi, par les contractions et les dilatations alterna- üves de leur ombrelle, les méduses ont la faculté de rem- placer par de nouvelle eau celle qui se trouve immédiatement en contact avec elles ; et ce changement leur est peut-être en- core plus indispensable qu'aux animaux avec lesquels nous les comparons sous ce rapport. L’abondance de leurs excré- tions est effectivement si considérable, la nature en est si par- ticulière, qu’elles ne sauroient vivre long-temps, et qu’elles meurent réellement dans l’eau de mer la plus pure, lorsqu'on néglige de la changer très-souvent.

Nous ne croyons donc pas devoir hésiter, d’après les con- sidérations importantes que nous venons d'établir, à recon- noître dans les oscillations des méduses, indépendamment de la puissance locomotrice qui leur est départie, deux autres fonctions analogues, l’une au système de contractibilité géné- rale, l'autre à celui de respiration des animaux plus parfaits.

Cette intéressante analogie paroît n’avoir pas échappé aux plus anciens observateurs; c’est au moins ce qu’il est permis de conjecturer, pourles Grecs, des noms de Æali Pleumon, Pleumon Aliôs, Pneumon T'halassios, Pneumon T'ha- lastios, Pneumon T'halattios, par lesquels Aristote, Dios- coride, Kiranides-Kirani et quelques autres ont désigné les méduses; pour les Latins, de la dénomination de Pulmo Marinus appliquée à ces mêmes zoophites, et reproduite parmi nous, dès les premiers jours de la science, par Gyllius, Massarius, Ruellius, Cordus, Rivius, Bélon, Mathiole, Aldro-

54 ANNALES DU MUSÉUM

vande et Merret : le Polmone marino des naturalistes ita- liens, le Sea-Lungs des Anglais, des Hollandais, des Alle- mands,le Poumon marin des auteurs français se rapportent tous à la même idée, et cette idée repose sur des faits si simples, sur une comparaison si naturelle, qu'on a peine à concevoir pourquoi parmi tant d’illustres observateurs qui, dans ces dernières années, se sont occupés des méduses, aus eun n’a porté ses recherches sur cette partie curieuse de leur histoire. Spallanzani lui-même, que ses belles observations devoient plus particulièrement ramenér vers cette espèce de tradition des Anciens, ne paroît pas avoir soupçonné l’inté- ressant rapport dont il s’agit.

Tout ce que nous venons de dire sur la respiration des mé- duses, suppose qu’il n'existe en elles aucune espèce d’organe respiratoire apparent, et telle est, en effet, le cas se trou- vent la plus grande partie de ces animaux singuliers : 1l en est cependant plusieurs qui forment une importante exception à cette règle, et qui sont évidemment pourvus de branchies plus ou moins parfaites. Les Équorées présentent elles-mêmes à cet égard une suite d'observations bien curieuses. En effet, dans celles qui constituent notre premiersous-genre, on voit d’abord un cercle singulier de lignes simples que nous avons décrit ail- leurs, et qui ne se retrouve que dansun très-petit nombre d’au- tres méduses : bientôt ces lignes s'étendent, se développent , et se transforment en folioles, en lamelles si nombreuses, si délicates, si mobiles, qu’on ne peut plus douter qu’elles ne jouent un rôle important dans l’histoire des animaux qui les ont reçu de la nature; et lorsque, portant sur ces organes une attention plus particulière, on parvient à découvrir, ainsi

D'HISTOIRE NATURELLE, 55

que Forskaël l'avoit fait déjà, que ces folioles sont suscep- tibles, en se rapprochant deux à deux, de former une multi- tude de canaux dans lesquels l’eau peut circuler du rebord de l’ombrelle jusqu’à la base de l'estomac, il est bien difficile de ne pas reconnoître, dans ces innombrables lamelles , au- tant de véritables branchies parfaitement analogues dans leur structure, leur distribution et leur usage, à celles de plusieurs autres animaux marins.

Ainsi, ce n’est pas seulement sur une suite d’analogies aussi nombreuses qu’incontestables, que la respiration des méduses se trouve établie; l'existence même des organes appropriés à cette fonction, ne peut laisser aucun doute raisonnable sur la découverte importante que nous avons pu faire; nous ajouterons même, pour lever toute espèce d'incertitude sur ce grand fait d'histoire naturelle, qu’il est des espèces de meé- duses d’une organisation plus composée que celles dont il s’agit maintenant, et dans lesquelles on peut aisément suivre tous les détails du système respiratoire. Telles sont entre autres les Rhizostômes, les Aurellies, les Cyanées, les Chrysaores et la plupart des autres méduses polystômes. En traitant de ces derniers genres nous développerons, dans une suite de beaux dessins, tout ce qui tient au mécanisme de cette fonction importante dont les Équorées n’offrent à bien dire que la

première ébauche.

56 ANNALES DU MUSÉUM © ————————————r

Favres à corriger dans le Tableau des caractères génériques et spécifiques des Méduses. (Voyez tome x1v des Annales, p. 325- 366.)

Page 326, ligne 20, garnis d’une multitude de suçoirs, lisez : garnis de suçoirs, 328 =—— 12, garnis de nombreux suçoirs,yisez : garnis de suçoirs.

—— 332 —— 4, côtes silicées, lisez : côtes ciliées. ibid. —— 8, caract. gén., lisez : caract. —— 333 ——— 26, iles Huunter, lisez : Hunter. —— 541 1, ajoutez une * devant le n°, #1. ——ibid.—— 6, ajoutez une * devant le n°.42. —— 342—— 3,n°.43, lisez : n°. 44. —— 350 26, ajoutez une * devant le n°. 70.

351 5', supprimez * devant Je n°. 72. —— ibid. 14, organes, lisez : ovaires.

—— 352—— 6,n°.72, lisez: n°. 74, et ainsi de suite jusqu’au n°. 120 qui est réellement le n°. 122 du tableau.

—— 356—— 15, Forskalca, lisez : Forskalea.

—— 357 3, Baster, lisez : Borlase.

—— 364 30, aérienue, lisez : aérienne.

D'HISTOIRE NATURELLE. 57

HISTOIRE

DE LA FAMILLE DES MOLLUSQUES PTÉROPODES;

Caractères des dix Genres qui doivent la composer.

PAR MM. PÉRON ET LESUEUR.

« Cr fois que l’on trouve dans les êtres organisés » quelque forme qui ne se laisse point exactement comparer » avec celles des familles ou des groupes naturels déjà con- » nus, on peut présumer que l’on a découvert le premier » échantillon, le premier indice de quelque groupe, de quel- » que famille nouvelle (1). »

Ainsi s’exprimoit naguère M. Cuvier pour justifier l’établis- sement de sa famille des ptéropodes, et jamais peut-être au- cune règle générale ne reçut, en zoologie, une confirmation plus prompte et plus entière : à peine, en effet, quelques mois se sont écoulés, et déjà cette famille qui d’abord n’avoit

(1) Cuvier, Annales du Mus., 21°, cah., p. 223,

15. 8

58 ANNALES DU MUSÉUM

pour type qu'un seul genre, qu’une seule espèce Dien connue, se trouve accrue par nos propres découvertes de neuf genres nouveaux; elle compte plus de 50 espèces ré- pandues à la surface de toutes les mers, et sous le rapport de la singularité, de l'élégance et de la beauté des animaux qui la composent, elle est, sans contredit, Pune des plus cu- rieuses et des plus importantes du règne animal; elle réunit, en effet, ces innombrables Clio du Nord dont se nourrit la baleine ; ces Æ/yales élégantes, semblables à autant de petites tortues ailées, et qui des rivages de la Grèce et de Fftalie, s’ayancent à travers l'Océan Atlantique, jusqu’au milieu des flots orageux du cap de Bonne-Espérance; les Phyliroës, à corps aplati, lamelleux, et dont la tête, surmontée de deux longs tentacules coniques, a quelque ressemblance avec celle d’un taureau; les Prneumodermes qui portent leurs branchies à l'extrémité du corps, et peuplent lOcéan Atlantique de leurs tribus agiles; les Glaucus, mollusques charmans, qui simulent autant de petits lésards marins, et dont l'enveloppe gélatineuse brille à la fois des doux reflets de l’argent, et de l'éclat du lapis.

C’est aux ptéropodes qu'appartiennent aussi ces Ptérotra- chées ou Æroles, découvertes il y a 5o ans par Forskaël, qui n’avoient jamais été revues depuis, et dont nous donnerons les premiers l’intéressante histoire; les Cyrrbulies, mollusques véritablement bizarres, intermédiaires en quelque sorte entre les ptéropodes nus et les ptéropodes testacés, et qui reposent dansune nacelle gélatineuse à la surface des mers;les C/éodores, découvertes jadis par Browne, et repoussées depuis du genre Clio que ce navigateur célèbre avoit créé pour elles; les Cal-

D'HISTOIRE NATURELLE 5g

lianires, dont les branchies distribuées en forme de cils au pourtour des nageoires, ressemblent à celles des béroës; c’est aux ptéropodes, enfin, que se rapporte l'animal étrange qui forme ces précieuses coquilles que lon désigne sous le nom de Carinaires, animal inconnu jusqu’à ce jour, et qu’on croyoit relégué sur les rivages d’Amboine et des Moluques.

De ces dix genres d'animaux pélagiens , un seul avant nous étoit bien connu; c’est celui du Clio dont M. Cuvier, en 1802, publia la description anatomique dans le 5°. cahier des Annales du Muséum; les conclusions de ce beau travail ont un rapport trop immédiat et trop important avec lhis- toire des ptéropodes, pour que nous puissions nous dispenser de les reproduire textuellement ici; On voit donc, dit M. » Cuvier, que le clio n'ayant qu’un cœur, et étant dépourvu » de sac, de pieds, d’yeux, et de tous les autres caractères » particuliers aux seiches ou à mes CÉPHALOPODES, on ne » peut l'en rapprocher dans une méthode naturelle, mais » qu’il faut le laisser avec les limaces, les doris et les autres » mollusques que j'avois appelés jusqu’à présent GASTÉRO- » PODES; et comme ce clio n’a point ce pied sous le ventre » dont j'avois fait le caractère, et d’où j’avois pris le nom de » cet ordre, il Jaudra changer l’un et l’autre, ainsi que je » l’indiquerai dans un autre mémoire (1).5

Ainsi, bien loin d’être conduit par ses observations sur le clio à l'établissement d’un nouvel ordre, M. Cuvier ne son- geoit à rien moins qu'a réformer la dénomination et le carac-

(1) Cuvier, Annales du Mus., n°.3, p. 249. (1802.)

6o ANNALES DU MUSEUM

tère de sa belle famille des gastéropdes, afin de pouvoir y faire entrer ce dernier genre.

Heureusement, le nouveau mémoire qui devoit consacrer un tel changement n’avoit point encore paru, lorsque 18 mois après, la corvette le Naturaliste revint en Europe chargée de la première partie de nos collections zoologiques; c’est que M. Cuvier reconnut, ainsi qu'il se plaît à l’avouer lui- même (1), les types de deux autres genres analogues à celui du clio, lun dans un mollusque singulier qu'il décrivit sous le nom de Preumoderme , l'autre dans une nouvelle espèce du genre //yale, genre établi naguère par M. de Lamarek, mais dont le premier type étoit si mal connu, que cet habile naturaliste s’y étoit mépris lui-même, et l’avoit rangé parmi les acéphales (2). |

Éclairé par ces nouvelles découvertes, M. Cuvier ne songea plus à modifier son ordre ancien des gastéropodes, mais pour Jui conserver toute la rigueur de sa détermination première, il en sépara les trois genres dont nous venons de parler, et les réunit sous le nom de p{éropodes, en ajoutant, que la firole devroit PEUT-ÉTRE appartenir à cette famille (5).

Ainsi, l'établissement du bel ordre des ptéropodes, la créa- üon du genre pneumoderme, et la connoissance exacte de celui des hyales, #ont autant de résultats précieux de cette première partie de nos travaux. |

.

(1) Cuvier, Annales du Mus., n°. 21, p. 232, ( 1804.) (2) Lamarck, Syse. des Anim. invert., p.51, 139. ( 1801.) (3) Cuvier, Annales du Mus., n°, 21, p. 233. (1804.)

D'HISTOIRE NATURELLE. Gi

Depuis cette époque, de nouvelles découvertes nous ont permis de constater :

1°. Que le genre role devoit appartenir, en effet, ‘aux ptéropodes, ainsi que M. Cuvier lavoit habilement pressenti.

2°, Qu'il en étoit de même du genre Glaucus, que ce na- turaliste célèbre, trompé sans doute par de mauvaises figures ou par des descripuüons inexactes, avoit cru devoir laisser parmi les gastéropodes, auprès des scyllées, des tritonies et des éolides (1).

3°. Qu'il en est de même, enfin, de l’animal de la Cari- naire, des Phylliroës, des Cymbulies et dés Callianires qui tous les quatre se présentent pour la première fois dans les annales de la science.

Quelque développement que la famille des ptéropodes re- çoive ainsi de nos découvertes, elle reste toutefois suffisam- ment distinguée par les caractères que lui assigna M. Cuvier: tous les animaux que nous rapportons à cette famille sont, en effet, pourvus d'une tête distincte ; tous nagent. libre- ment à la surface des mers, et n’ont pourit. d’autres membres que des nageotres ; mais de ces animaux divers, les uns sont absolument nus; d’autres ont un test plus ou moins solide : de là, nous avons cru devoir établir deux coupes secondaires dans la famille principale, celle des pééropodes nus , et celle des ptéropodes testacés. É

Dans l’une et l’autre de ces deux tribus secondaires, on observe que des animaux qui sy rapportent, les uns sont privés de tentacules, tandis que d’autres èn ont reçu de la

(1) Cuvier, «dnnales du Mus., n°.36, p. 4291 (1805)

Ga ANNALES DU MUSÉUM

nature ; de cette différence, naît pour nous une nouvelle sub- division de la famille des ptéropodes, en ptéropades non- tentaculés, ex ptéropodes tentaculés (1).

A peine cette nouvelle famille venoit d’être établie, que M. de Roissy ladopta dans son Histoire des Mollusques (2), en y faisant entrer le genre firole, et tranchant ainsi une dif ficulté que M. Cuvier n’avoit pas eru devoir résoudre.

Ce dernier exemple fat suivi par M. Duméril, dans sa Zoologie Analytique, en 1806 (3), et son Traité Élémentaire, en 1807 (4); dans l’un et l’autre de ces deux ouvrages, M. Duméril, en voulant ajouter aux caractères de la famille, nous paroît en avoir détruit la simplicité rigoureuse; il est évident, en effet, qu’en assignant /e défaut de tentacules allongés comme un des caractères essentiels des ptéropodes, il faudroit en exclure aujourd’hui non-seulement les phylliroës, les glau- cus, les cymbulies et les carinaires , mais même les hyales, les clio et les pneumodermes qui portent aussi des /entacules allongés , ainsi que nous le prouverons dans la suite de cette histoire; d’un autre côté, en restreignant le nombre des na- geoires à deux au plus, on se trouveroit réduit à écarter de la nouvelle famille les callianires, les glaucus, les cymbulies, les carinaires, et même quelques firoles.

M. Duméril ne nous paroït pas avoir été plus rigoureux . dans l’établissement de ses sous-ordres; le nombre des na-

+ (1) Voyez le Tableau ci-joint, et la note qui s’y rapporte. (2) De Roissy, Histoire naturelle des Moll., 1. V, p. 61 et 78. (1805.) (3) Duméril, Zoo. anal., p. 158-159. ( 1806.) (4) Duméril, Traité élém. d'Hist. nat. ,t.2,p: 121-122. ( 1807.)

D'HISTOIRE NATURELLE, 63

geoires ne sauroit offrir, dans cette famille, des caractères assez précis, assez constans pour servir de base à des divisions d’une telle importance; on voit ce nombre varier, en effet, suivant les divers genres, de 1 à 8, en passant à peu près par toutes les combinaisons intermédiaires; ainsi, tandis que la phylliroë n’a qu'une seule nageoire, le clio, le pneumoderme et l’hyale en ont deux. On en compte trois dans les cymbulies et les callianires, quatre dans les carinaires, et le nombre - s’en élève jusqu’à huit pour les glaucus; dans quelques genres même on le voit varier, suivant les espèces, de un à trois, et de six à huit; telles sont, entre autres, les glaucus et les firoles. Tout récemment le célèbre auteur de la Philosophie Zoo- “logique a tenté lui-même de simplifiér les caractères de la famille des ptéropodes, en les réduisant tous à celui-ci : deux ailes opposées, natatorres (1); cette dernière définition sern- bleroit être à la fois trop générale et trop exclusive; d’une part, en effet, elle peut eonvenir aux aplysies, par exemple, qui, ayant aussi deux aïles opposées, natatoires, ne se distinguent véritablement des: ptéropodes que par /e pied dont M. de Lamarck ne prononce pas aussi positivement l'exclusion. que M. Cuvier l’a fait lui-même; d’une autre part, ce caractère de deux ailes opposées repousseroit la famille des ptéro- podes, non-seulement tous les genres nouveaux que nous avons cru devoir y inscrire, mais même les firoles dont les

nageoires ne sont pas opposées. e

(1) Lamarck, Phil, Zool!} UT, p. 319: (1809: ) :

»

64 ANNALES DU MUSÉUM

Ainsi, de tous les caractères qui ont été proposés pour dis- tinguer le bel ordre dont il s’agit, ceux de M. Cuvier sont in- contestablement les plus rigoureux et les plus simples; dis- cutés d’ailleurs par d’habiles zoologistes , éprouvés par de nombreuses découvertes, ils ont reçu déjà la double sanction de l'expérience et de la critique. Nouvel et glorieux monu- ment de la sagacité profonde du naturaliste célèbre qui les proclama le premier!

TABLEAU

DES CARACTERES

DES DIX GENRES DE MOLLUSQUES PTÉROPODES.

MOLLUSQUES PTÉROPODES.

Caract. Corps libre, nageant; tête distincte; point d'autre membre que des nageoires.

A. PTÉROPODES NUS. Caract. Aucune espèce de test gélatineux, corné ou calcaire, * Nox-TexracuLés. I. GENRE. FIROLE : Firola.

(PL Tyfg. 8.)

Caract. Point de tentacules; des mâchoires cornées ; deux yeux; 1-2-3 nageoires; les branchies en forme de panaches, flottant librement au dehors, et

D'HISTOIRE NATURELLE. 65

roupées avec le cœur, autour d'un nucleus oblons à la base de la ? o? queue. d

IIS GENRE. CALLIANIRE : Callianira.

(PL IT, fig. 16.)

Caract. Point de tentacules; bouche simple et transversale ; point d’yeux appa- rens; trois nageoires dont deux latérales et une caudale; les branchies en forme de cils, distribués au pourtour extérieur des nageoires la- térales. &

* * TENTACULÉS.

II. GENRE. PHYLLIROE : PAy lliroë. CPP) 3) Caract. Deux tentacules ; une trompe rétractile; deux yeux; une seule nageoire à

Vextrémité de la queue; les branchies en forme de cordons granuleux et intérieurs; le corps très-comprimé, presque lamelleux.

IV: GENRE. PNEUMODERME : Pneumoderma.

(PI. I, fig. 7.) Caract. Deux tentacules; une trompe rétractile; point d’yeux apparens; deux na-

geoires aux côtés du col; les branchies en forme de lamelles, à l’ex- trémité du corps.

V. GENRE. CLIO : Chio.

(PL I, fig. 4,5, 6.) Caract. Deux tentacules; une trompe rétractile; point d’yeux apparens: deux s nageoires à la partie antérieure et latérale du corps; les branchies en

forme de réseau à la surface des nageoires.

15. 9

66 ANNALES DU MUSÉUM VI. GENRE. GLAUCUS : Glaucus. (PLIL, fig. 9.)

Caract, Quatre tentacules; une trompe rétractile; point d’yeux apparens; 6-8 nageoires palmato-digitées, faisant les fonctions de branchies, et dis- tribuées par paires aux côtés du corps.

PTÉROPODES. B.: TEST ACÉS.

Caract. Un test gélatineux , corné ou calcaire,

* Non-TENTACULÉS,

VII. GENRE. CLÉODORE : Cleodora. .

(PL I,fig. 24.)

Caract, Point de tentacules; deux yeux; deux nageoires à la partie antérieure et latérale du corps; branchies., .. Un test gélatinoso-cartilagineux,

XX TENTACULÉS.

NEII. GENRE CYMBULIE : Cymbulia.

( PI. IT, fig. 10, 11,12.) Caract. Deux tentacules; une trompe rétractile; deux yeux; trois nageoires; les branchies en forme de réseau très- fin à la surface des deux nageoires

latérales. —— Tout le corps de l'animal logé dans un test gélatinoso- carlilagineux,

D'HISTOIRE NATURELLE. G7

IX. GENRE. HYALE : Hyalæa. (PI. IE, fig. 13.)

Caract. Deux tentacules; une trompe rétractile; point d’yeux apparens; deux nageoires aux côtés de la bouche; branchies polymorphes et latérales ;

Coquille sub-cornée, pellucide, avec plusieurs ouvertures pour donner passage à la tête, aux nageoires, aux branchies et à l’anus,

GENRE. CARINAIRE : Carinaria.

(PL IT, fig. 15.)

Caract, Deux tentacules; une trompe rétractile; deux yeux; quatre nageoires le cœur et les branchies pendant au-dessous de l’animal, et réunis dans une coquille univalve, uniloculaire, hyaline, à spire involute et carénée,

Le]

68 ANNALES DU MUSÉUM

TABLE AU des Genres qui dowent composer

l’ordre des PréroroDEs.

PTÉROPODES.

RS à

TESTACES.

( _ : |

NON - TENTACULÉS. TENTACULÉS. NON-TENTACULÉS. TENTACULÉS.

Firole. Phylliroë. Cléodore. Cymbulie. Callianire. Clio. Hyale. Pneumoderme, Carinaire.

Glaucus.

N. B. Quelque simple, quelque rigoureuse même que cette distribution des Ptéropodes puisse paroitre , nous sommes cependant bien éloignés de la regarder commeparfaite ; la Firole s’y trouve, en eflet, trop éloignée de la Carinaire avee laquelle elle a d’ailleurs les plus grands rapports naturels; on peut croire aussi, que les animaux de cette famille qui, par une suite nécessaire de leur orgarisalion , se trouvent habituellement relégués au milieu des mers, ils ont été négligés jusqu'à présent, ne sauroient manquer d'offrir un jour une foule d'espèces encore inconnues qui nécessiteront de nouvelles coupes; par ce que nous avons fait nous-mêmes , on peut juger de tout ce qui reste à faire sur ces mol- Jusques pélagiens..... En attendant, nous croyons pouvoir assurer que, dans l’état actuel de la science , il paroît impossible d'établir, parmi les Ptéropodes, des divisions plus importantes, plus précises et plus simples que celles que nous proposons aujourd'hui...

Zom . 15.

Fig.

NOLL USQUES PTEROPODES PL.L.

L RC] b.4 77 44 s Ai Le Pre

Tom .15 = CET ESP

TEE

== = =

sais : CLS D EE, ess

=

MOLLUSQUES PTEROPODES PL.H.

D'HISTOIRE NATURELLE. 69

EXPLICATION

DES PLANCHES RELATIVES AUX PTÉROPODES.

IN. B. Vingt-deux planches sur vélin, réunissant un très-grand nombre de figures coloriées, font partie de notre travail sur les Mollusques Ptéropodes ; en attendant qu’il nous soit possible de publier cette riche collection de peintures, il nous a paru nécessaire de faire graver au trait simple une espèce de chacun des genres qui doivent composer la belle famille dont il s’agit. Quelque grossières que ces figures puissent être, elles sufliront du moins pour l'intelligence des caräctères.

PLrancxe ÎI.

Fr. 1. Puyrrimoe Bucéphale vu de profil. Grandeur naturelle.

2,3. Tète du Phylliroë, vue de trois quarts, avec les tentacules diversement contournés.

4. Crio Boréal de grandeur naturelle. Dessus.

5. Id., Id. également de grandeur naturelle. Dessous.

6. Tète du Clio Boréal, vue de profil. Double de la grandeur naturelle,

7. Pneumonerme Capuchonné, vu de profil, et nageant au milieu des flots. Grandeur naturelle.

8. Firore Cuvier, vue de profil et de grandeur naturelle; les mAchoires sont représentées saillantes au dehors,

Prancux Il.

9. Graucus Austral. De grandeur naturelle, vu en dessus.

10. Cymeurte Proboscidée. Grandeur naturelle; dessus. L'animal est repré senté les nageoires développées, et tel qu’on le voit nager sur la mer,

11. Test gélatineux de la Cymbulie; dessus. Grandeur naturelle.

12. Test sélatineux de la Cymbulie; profil. Grandeur naturelle.

13. Hyarr Témiobranche, vue en dessus et de grandeur naturelle,

14. Créonorre Pyramidale avec son test gélatineux; grandeur naturelle: Dessus.

15. Carinaine Lamarck , avec sa coquille telle qu’on la trouve nageant à Ja surface des flots; profil. Grandeur naturelle,

36. CarztaniRe Diploptère, Tiers de la grandeur naturelle. Dessus,

70 ANNALES DU MUSÉUM

HISTOIRE DU GENRE FIROLE : Frroza (1).

PAR MM. PÉRON ET LESUEUR.

1°. HISTORIQUE.

D: tous les animaux que la Méditerranée nourrit dans son sein, il n’en est point peut-être de plus nombreux que les firoles; c’est par milliers qu'on les voit, durant les temps calmes, nager à la surface des flots, ou qu’on les trouve, à la suite des tempêtes, rejetés sur la grève; c’est avec la même abondance que les pêcheurs, dont elles font quelquefois le désespoir, les ramènent chaque jour dans leurs filets. Com- ment concevoir donc que des animaux si remarquables par l'élégance de leurs formes et la richesse de leurs couleurs, aient pu rester ignorés jusqu’à ces derniers temps ? C’est à Forskaël que vient se rattacher le premier anneau de leur histoire; c’est lui qui, dans sa célèbre Faune d'Arabie (2), RME": 1 LI PISTNRENT RENE RER PERRET

(1) En adoptant le nom français de Bruguière , il nous a paru convenable d’em- ployer aussi le synonyme latin de cet auteur.

(2) Fonskazz, Faun, Arab, p.112, 117-119. ( 1775.) Id. Icon. tab. XXXIV; XLIIL (1776).

D'HISTOIRE NATURELLE. 71

créa le beau genre Péérotrachée (1) qui les comprend, et décrivit toutes les espèces que lon en a connues jusqu’à ce jour. Malheureusement , les individus qui servirent de type aux observations du célèbre voyageur Danois s'étant trouvés tous plus ou moins mutilés, il lui fut impossible de se faire une idée juste des animaux singuliers dont il s’agit, et d’en tracer exactement les caractères.

En effet, des cinq espèces qu'il a décrites et figurées , la première et la plus grande de toutes, la péerotrachea coro- nala (2), est privée de son zucleus , et par conséquent aussi du cœur et des branchies qui s'y rattachent (3); elle est d’ailleurs représentée dans une position inverse de celle qui est propre aux firoles ; et comme la même erreur se reproduit dans toutes les figures, dans toutes Les descriptions des autres espèces, il est bien évident pour nous, que jamais F'orskaël ne vit aucun de ces animaux jouissant de toutes leurs facultés. Eh! comment, en effet, auroit-1il pu sans cela méconnoître la véritable position de la grande nageoire du dos, répéter à chaque instant qu’elle appartient au ventre, et faire d’une telle erreur le caractère essentiel de son nouveau genre ?

Ce que nous venons de dire de la firole couronnée, con- vient à l’Ayaline (4); outre qu’on ne voit aucune trace de nucleus dans la figure de cette espèce, Forskaël dit positive- ment qu’elle en étoit privée, 2ec in dorso nucleus ; comme

(1) Nomen sumptum à Pinnë mobili, affix4 corpori pervio et tracheato, Forsk. Faun. Arab., p. 112. (2) Forskaël, Faun. Arab., p. 117, et Icon. tab. XXXIV, fig. A. (3) Voyez les caractères du genre Firole. (4) Forskaël, Fun. Arab., p. 118, et Icon. tab, XXXIV, fig. B. à -

72 ANNALES DU MUSÉUM

sa congénère donc, elle manquoit à la fois d'estomac, d'in- testin , de cœur, de branchies, etc.

A l'égard de la ptérotrachée pulmonée (1), il nous paroït impossible de concevoir , d’après toutes nos observations sur les firoles , que la nageoire et les branchies puissent se rap- porter à la même face, et plus particulièrement à celle du dos de cet animal; d’ailleurs cette prétendue #mpression transversale du tronc, cette double bouche (duplici gul&), pendante, échancrée qui se trouve entre la téte et la na- geoire, tous ces détails nous paroissent autant de preuves que l'animal dont il s’agit étoit mutilé lui-même au moment l’observa Forskaël.

Nous ne dirons rien de la péerotrachea aculeata (2); c’est une firole privée de la tête et de la plus grande partie du tronc; il en est de même de la figure D (5); et ce que Fors- kaël indique sous la lettre c, comme une portion de {œænia , est un appendice naturel de la queue (4).

Indépendamment de toutes ces erreurs, le travail du na- turaliste Danois est étranger à toute espèce de détail sur l'organisation des firoles, sur les mœurs de ces animaux, sur leurs différens systèmes de digestion , de nutrition, de loco- motion , de génération, etc. Sous tous les rapports donc, il est incomplet autant qu'inexact.

Re ne EEE EE

(1) Forskaël, Faun. Arab., p. 118, et Icon. tab. X LIT, fig. A.

(2) Forskaël, Z'aun. Arab., p. 118 ,et Icon. tab. XXXIV, fig. C.

(3) Forskaël, Jcon., p. 10, tab. XXXIV , fig. D.

(4) Forskaël, Faun. Arab., p. 119, et Icon. , p. 10, tab. XXXIV, fig. c,

D'HISTOIRE NATURELLE. 75

Gmelin , en 1788 (1), introduisit le genre péérotrachée dans la 12°, édition du Système de la nature.

Bruguière, en 1791 (2), reproduisit les figures de la Faune d'Arabie, en substituant à la dénomination primitive de Fors- kaël, celle de Firole, Frrola (3), qui a généralement prévalu depuis.

M. de Lamarck ladopta le premier dans son système des animaux sans vertèbres, en 1801 (4). Dans cet ouvrage cé- Rbre, le genre firole se trouve aussi naturellement placé qu'il étoit possible de le faire alors, c’est-à-dire à la suite des seiches, et tout auprès des clios.

M. Bosc le rapprocha des bullées, des tethys et des phyl- lidies (5); du reste, cet habile naturaliste adopta, comme M. de Lamarck , la nouvelle dénomination de Bruguière, en lui conservant aussi le nom de pferotrachea pour synonyme latin.

M. Latreille, en 1804 (6), reporta le genre firole à la suite des céphalopodes, en lui conservant les mêmes noms que M. de Lamarck et M. Bosc.

Avec cette même année 1804 (7) parut, dans les Annales du Muséum , le beau travail de M. Cuvier sur les ptéropodes;

(1) Gmelin, Sysé. nat. Verm. Moll., p. 3137. (1788.)

(2) Bruguière, Encycl, méth. Vers. , pl. 88, fig. 1-5. (1791.)

(3) Nous n’avons rien pu découvrir sur l’étymologie de ce nom.

(4) Lamarck, Syst. des Anim. invert., p. 61. (1801.)

(5) Bosc, 7ers., t, 1, p. 35, pl. 2, fig. 1.( 1802.) Id. Dicé. d'Hist. nat., , 8, p. 485. ( 1803.)

(6) Latreille, Dice, d'Hist. nat.,t. XXIV, Tabl. synopt. des Anim., p. 108. ( 1804.)

(7) Cuvier, Annal. du Mus., n°. 21, p. 233. (1804. )

15. 10

74 ANNALES DU MUSÉUM

c’est que ce savant professeur annonça que le genre firole devroit peut-être aussi appartenir à cette famille. Un pareil doute de la part d’un si habile homme, prouve assez limper- fection de nos connoissances sur les firoles , à l'époque M. Cuvier s’en occupoit lui-même.

Fort de cette présomption, enhardi d’ailleurs, dit1l, par une certaine ressemblance extérieure de cet animal avec les ptéropodes, M. de Roissy crut pouvoir inscrire le genre de la firole parmi ceux de cet ordre (1); heureusement qu'une telle réunion se trouve établie sur des bases beaucoup plus solides, car il seroit bien difficile de la justifier par le prétendu caractère dont il s’agit, rien ne ressemblant moins à la firole que l’hyale, par exemple, ou même aucun des autres ptéro- podes connus alors.

Sous le nom de Biphora elepñantina , c'est une véritable tête de firole, quedM. Bory de Saint-Vincent a décrite et figurée dans son voyage aux quatre principales îles d’Afri- que (2); la ressemblance de ce prétendu animal avec la tête de la ptérotrachée couronnée de Forskaël (5) est même si frappante, qu'il est impossible de pouvoir, en les compa- rant l’une à l'autre, conserver le plus léger doute sur cette méprise.

À Pexemple de M. de Roissy, M. Duméril, dans sa Zoo-

logie analytique (4), en 1806, et l’année suivante dans son

(1) De Roissy, Hist. nat. des Moll., t. V , p. 78. ( 1804.)

(2) Bory St.- Vincent, Voyage aux quatre principales îles d’ 1e t. 3; p: 287, pl. LIV, fig. 3. ( 1804.)

(3) Forskaël, Faun. Arab., p. 117, et Tcon., p. 10, tab. XXXIV, fig. A

(4) Duméril, Zoo!. Anal, p. 158-159. ( 1806. )

D'HISTOIRE NATURELLE. 7

Traité élémentaire d'Histoire naturelle (1), rangea la firole parmi les ptéropodes ; mais cet estimable naturaliste, en donnant à ce genre pour caractère essentiel we seule na- geotre, a été évidemment induit en erreur; sans parler, en effet, des nouvelles espèces que nous avons découvertes, et qui toutes ont deux nageoires, la ptérotrachée couronnée est dans ce dernier cas; la description de Forskaël est si posi- tive à cet égard (2), et la figure qui s'y rapporte présente ces deux nageoires d’une manière si distincte (5), qu'il nous paroït impossible de se refuser à leur existence.

Tous les travaux que nous venons d'analyser n’ayant rien ajouté aux notions incomplètes que Forskaël nous avoit trans- mis sur les firoles, M. de Lamarck partageant à leur égard l'incertitude de M. Cuvier, et ne pouvant non plus que lui déterminer exactement la place naturelle de ce genre, a pris le parti extrême, sans doute, mais peut-être nécessaire alors, de l’exclure de ses nouvelles tables (4).

Ainsi, après Bo ans de découvertes, deux de nos plus cé- lèbres zoologistes en étoient encore réduits au point, Pun de ne vouloir pas prononcer définitivement, même sur l’ordre

(1) Duméril, Traité élém. d'Hist. Nat., 1. 2,p. 121-122 ( 1807.)

(2) Forskaël, Faun. Arab., p. 117. Ventre, caudâque pinniferis..... Pinna pone medium trunci, orbicularis, diametro pollicis, compressa, etc. Cauda angu- lato-siatra terminata pinnul@ utrinque horisontali , semi cordatä, caudâ quater breviore, ete., etc.

(3) Forskaël, Icon. tab. XXXIV , fig. A. n°‘.5et9, et l'explication de cette planche, p.10, n°.5, Pinna ( dursalis ); n°. 7, Pinnula caudæ.

(4) Lamarck, Phil. Zool., t. 1, p. 319-320. ( 1809.) On voit que ce genre est exclus de l’ordre des ptéropodes, et même de tous les autres ordres de mollusques.

10

76 ANNALES DU MUSÉUM

auquel les animaux de Forskaël devoient appartenir, et l’autre à les proscrire du catalogue de la science (1).

Grâces, enfin, aux circonstances favorables au milieu des- quelles nous nous sommes trouvés placés, un tel état de choses va changer maintenant, et le genre problématique dont il s’agit, sera désormais peut-être un des mieux connus que la science possède : non-seulement, en effet, nous en avons dé- couvert cinq espèces nouvelles, mais encore nous les avons toutes observées, décrites et figurées vivantes; de nombreux individus en ont été recueillis et conservés dans l’alcool; plu- sieurs d’entre eux seront mis à la disposition de M. Cuvier, et en attendant que ce profond anatomiste puisse s'occuper de leur histoire, nous avons nous-mêmes exécutés plusieurs recherches anatomiques sur les firoles; d’un autre côté, en poursuivant ces animaux à la surface des mers, nous avons étudié les principaux phénomènes de leur physiologie, observé leurs mœurs, reconnu leurs habitudes, etc. De l’ensemble de ces observations et de ces recherches, se compose l’histoire générale des firoles dont nous allons traiter d’abord; nous parlerons ensuite des diverses espèces qui doivent former ce beau genre, et des caractères qui les distinguent.

( La suile à un prochain Numéro. }

(1) M. Cuvier, dans son Tableau élémentaire de l Histoire naturelle des Ani- maux, paroît avoir eu la même opinion que M. de Lamarck sur les firoles; om ne trouve du moins aucune trace de ce genre dans l'ouvrage célèbre dontil s’agit.

D'HISTOIRE NATURELLE. 77

MÉMOIRE

Sur lexistence d’une combinaison de Tannin et d'une matière animale dans quelques Végétaux.

PAR MM. FOURCROY ET VAUQUELIN.

6. Ir. Sujet de ces Recherches.

à de étoit naturel de penser que lorsqu'il se forme, soit suc- cessivement , soit simultanément, du tannin et des substances animales dans les végétaux, ces deux composés devoient s'unir lorsqu'ils se rencontroient; cependant, et quoique les con- noissances acquises sur les propriétés du tannin et de la ma- tière animale donnent beaucoup de vraisemblance à cette opinion, aucun chimiste n’a encore annoncé jusqu’à présent l'existence de ce genre de combinaison dans les plantes.

En faisant l'analyse de plusieurs matières végétales plus ou moins différentes entre elles, et spécialement du marronier d'Inde, des fèves de marais, des lentilles, etc., nous avons eu occasion de découvrir le composé dont il s’agit, et c’est du résultat de nos expériences à ce sujet que nous allons nous occuper dans ce mémoire.

Les faits qui y seront décrits nous ont paru mériter quelque

73 Li ANNALES DU MUSÉUM

intérêt, parce qu'ils donnent lexplication d’un assez grand nombre de phénomènes observés dans l'analyse des végétaux ainsi que dans leur emploi pour la teinture ou d’autres-arts, phénomènes dont les chimistes n’avoient pas encore rendu raison.

$. IL. Æxamen de la peau des fèves de marais.

C’est dans la peau qui recouvre les cotylédons de la fève de marais que nous avons reconnu pour la première fois la combinaison du tannin avec une matière animale.

Macérée dans l’eau tiéde pendant 24 heures, cette tunique a communiqué à l’eau la propriété de rougir la couleur du tournesol, celle de précipiter en bleu la dissolution du sul- fate de fer, en blanc jaunâtre la solution de colle-forte, l’eau de chaux en flocons rouges comme de loxide de fer, l’acétate de plomb en blanc Tégèrement jaunâtre, et en même temps la propriété de n’éprouver aucun effet par l’infusion de noix de galles.

Les caractères de cette eau prouvent qu’elle contient un acide hbre et du tannin. Il faut remarquer à cette occasion que le tannin pur précipite le fer en brun et que lorsqu'il est uni à un acide il le précipite en bleu.

Les peaux de fèves de marais soumises à quatre reprises différentes à l’action de grandes quantités d’eau bouillante, lui ont toujours communiqué les propriétés ci-dessus énon- cées, mais dans un degré décroissant très-remarquable.

Lorsqu'elles ne fournirent plus rien à l’eau, elles conser- voient encore la propriété de noircir sur-le-champ et d’une

D'HISTOIRE NATURELLE. 79

manière très-intense par l'application d’un peu de sulfate de fer; réduites même en pulpe et lavées avec de l’eau bouillante, elles noircissoient toujours par le contact de ce sel.

$. IL. Premier résultat des Essais précédens : Expé- riences ultérieures sur le méme corps.

Ces expériences commencèrent à nous faire soupçonner que le tannin, à qui les effets décrits ci-dessus sont manifestement dus, étoit combiné dans les pellicules de fèves de marais: avec quelque substance qui s’opposoit à sa solubilité dans l’eau.

Pour reconnoitre s’il étoit possible la nature de cette sub- stance, nous avons mis dans une légère dissolution de potasse une portion des pellicules broyées, et nous avons chauffé dou- cement ce mélange. La liqueur s’est bientôt colorée en rouge pourpre, ainsi que la matière même des pellicules. Filtrée et mélée jusqu'à sa saturation avec l'acide acétique, cette liqueur a laissé précipiter une matière rougeûtre sous forme de flo- cons d'apparence gélatineuse ; elle ne conservoit plus elle- même qu'une foible couleur.

La lessive alcaline ainsi dépouillée par Pacide acétique de la substance qu’elle avoit enlevée aux pellicules de fèves de ma- rais, n'a point coloré en bleu la dissolution de sulfate de fer, seulement le mélange a pris une couleur légèrement brunâtre; mais la matière précipitée, au contraire, à noirci fortement avec cette dissolution métallique, en sorte que le tannin a réellement été dissous par la potasse avec la matière à laquelle il étoit uni, et précipité ensuite avec cette même matière par

80 ANNALES DU MUSÉUM

l'acide acétique dont l’action s’est bornée ici à la saturation de la potasse. Les pellicules de fèves épuisées par les lavages, distillées à un feu bien ménagé, ont fourni une liqueur légè- rement acide, mais dont la potasse caustique a dégagé une grande quantité d’ammoniaque : le produit de la distillation avant d’avoir été ainsi mêlée avec la potasse précipitoit en bleu le sulfate de fer.

D’après ces dernières expériences, il ne nous paroissoit plus douteux que les tuniques des fèves de marais ne continssent véritablement une combinaison de tannin et d’une matière animale : nous sommes mème portés à croire aujourd’hui que la plus grande partie du parenchyme de ces tuniques en est formée.

Leur charbon a donné par l’incinération une petite quantité de cendres formées de carbonate de chaux, de phosphate de la même base, et du fer oxidé.

Les enveloppes des lentilles nous ont offert absolument les mêmes propriétés et les mêmes résultats que celles des fèves

de marais; ainsi nous nous dispenserons d’entrer dans plus de détails à cet égard.

$. IV. Examen des feuilles de marronier d’Inde.

Les feuilles de marronier épuisées par l'alcool de tout ce qu’elles contenoient de soluble dans cette liqueur, ayant été ensuite soumises à l’action de l’eau bouillante, lui ont com- muniqué une couleur brune légère, de la viscosité et la pro- priété de mousser par l'agitation.

Cette liqueur évaporée à siccité a laissé une petite quantité

D'HISTOIRE NATURELLE. 81

de matière brunâtre qui s’est attachée à la capsule en couche mince et brillante comme une gomme, qui a brülé en se boursouflant et en exhalant une vapeur fétide sensiblement ammomiacale. Sa dissolution dans l’eau a précipité le fer en noir, l’acétate de plomb en jaune, mais n’a occasionné aucun effet dans la colle forte, ni dans l’infusion de noix de galles.

Nous pensons que cette substance est encore une combi- naison de matière animale et de tannin insolubie dans lal- cool, et nullement une gomme, ainsi que l'apparence auroit pu le faire croire, et cette combinaison est, comme dans les pellicules ou les enveloppes de fèves de marais et de lentilles, accompagnée par une surabondance de tannin que l'alcool enlève. Aussi lorsqu'on traite directement ces substances par l’eau, l'acide et le tannin libres favorisent la solubilité de la combinaison saturée de la matière animale et du tannin, dont la plus grande partie reste insoluble, dans le cas l’on.traite d’abord ces matières végétales par l'alcool.

Les feuilles de marronier, épuisées successivement par l'alcool et par l’eau de tout ce qu’elles contenoient de soluble dans ces deux agens, séchées et soumises ensuite à la distil- lation, ont fourni une vapeur ammoniacale si forte qu'on pouvoit à peine la supporter, et un produit liquide qui étoit très-alcalin. Ce dernier saturé par lacide muriatique préci- pitoit la dissolution de sulfate de fer en bleu noirâtre; ce qui prouve qu’il restoit encore dans ces feuilles une certaine quantité de la combinaison de matière animale et de tannin que l'alcool ni l’eau n’avoient pu dissoudre.

82 ANNALES DU MUSÉUM

f. V. Tentatives pour imiter le composé végétal ci- dessus décrit.

Quoique nous fussions bien convaincus par les propriétés que nous venons de rapporter, et par plusieurs autres expé- riences sur les feuilles du marronier, que la matière dont il s’agit est une véritable combinaison d’un principe animal et de tannin , cependant nous étions embarrassés pour expliquer sa dissolution dans l’eau , cette combinaison ne l’étant en effet que très-peu par elle-même.

Soupçonnant que les acides qui se trouvent souvent dans les plantes, et le tannin lui-même quand il est en excès, pou- voient favoriser cette dissolution, nous crûmes devoir faire quelques essais pour vérifier cette conjecture : en conséquence après avoir saturé une dissolution du tannin de la noix de galles avec de la colle animale fondue dans Peau, nous trai- tâmes le précipité bien lavé avec de Pacide acétique d’une part et avec de lacide phosphorique de l'autre; ces deux acides opérèrent, à l’aide d’une douce chaleur, la dissolution complète du {annate de gélatine ou de la gélatine tannée.

Voici quelles sont les propriétés que nous a présentées celle de ces dissolutions faite par Pacide acétique : 1°. si lon élève sa température jusqu'à l’ébullition , elle se trouble et devient blanche comme du lait, mais ne précipite rien; 2°. la disso- lution de gélatine ni celle du tannin n’y produisent aucun changement; 3°. elle précipite le fer en noir et lacétate de plomb en jaune ; 4. l'alcool très-déflegmé précipite en flocons blancs, qui deviennent bruns en se rassemblant, le /annate de gélaline de sa dissolution acide.

D'HISTOIRE NATURELLE. 83

Cette dernière expérience annonce que quand on traite par l'alcool des parties de végétaux qui contiennent en même temps des acides solubles dans cet agent, et du {annale de gélatine d’albumine , les premiers sont enlevés, et l’autre devient insoluble dans l’eau s’il ne se trouve pas dans la ma- tière végétale quelqu'autre acide insoluble dans l'alcool. Aussi lorsqu'on traite directement ces sortes de plan tes par Peau, l’on obtient, comme nous l’avons dit plus haut, beaucoup Plus de la combinaison de tannin'et de matière animale en dissolution dans ce fluide.

L'on voit par ce qui précède qu’il y a entre les propriétés de tannin et de gélatine animale, et celles de la combinaison naturelle que nous avons découverte dans plusieurs végétaux astringens, la plus remarquable analogie : seulement, il y a plus de tannin dans la combinaison naturelle : l’aruficielle contient plus de matière animale et donne plus d’ammonia- que à la distillation. *

6. VI. Vues sur l’existence de ce composé dans beaucoup de végétaux et sur ses usages.

Quoique nous n’ayons encore recherché la combinaison dont il s’agit que dans un petit nombre de végétaux, nous avons lieu de penser qu’elle est assez fréquemment répandue dans ces êtres. C’est elle qui quelquefois trouble les infusions végétales, ou s’en sépare sous la forme de pellicules plus ou moins colorées, lorsqu'on les fait bouillir ou évaporer. C’est à elle que nous paroissent être dus les sédimens qui se forment dans quelques infusions, à mesure qu’elles réfroïdissent, et qui

nait

84 ANNALES DU MUSEUM

ne se dissolvent ensuite que plus ou moins difficilement. C’est peut-être aussi cette matière qui, ainsi que quelques autres combinaisons de différens principes végétaux aux- quelles elle peut se trouver mêlée, a été prise depuis plus d’un demi-siècle pour un principe unique qu’on a nommé extrait des plantes. Cela est certainement vrai pour les plantes astringentes et spécialement pour les racines, les bois, les écorces, el, qui ont ce caractère.

Il seroit très- mtéressant d'examiner avec soin et sous le rapport que nous indiquons ici les extraits qu’on prépare en pharmacie, et de rechercher si le nom d’extractif, adopté de- puis 1787 pour désigner un principe homogène dans les plantes, doit rester dans l’état actuel de la science.

En attendant qu’on se livre à ce travail utile, nous assure- rons ici que les substances végétales qu'on emploie en tein- ture pour donner des pieds de couleur et des brunitures aux draps communs, contiennent une combinaison de tannin et de matière animale : de ce nombre sont principalement l'écorce d’aune, de hêtre, le brou de noix, la racine de noyer, etc, ; on peut y joindre le marronier, puisque le composé de tannin que contiennent ses feuilles s’unit très-bien aux étoffes de laine, de soie, et même au coton; et puisque cette teinture nous a paru assez solide.

Il est permis de croire, d’après ces observations sur l’usage tictorial des végétaux astringens, que la théorie de la teinture pourra tirer quelques lumières nouvelles de la connoissance plus exacte d’un composé jusqu’iei inconnu dans les plantes, et qui joue un rôle particulier dans la production des couleurs appliquées sans apprêts sur les tissus.

D'HISTOIRE NATURELLE. 85

Par exemple, il résulte immédiatement de nos recherches, que pour fixer la matière colorante fauve des bois et écorces sur les tissus végétaux, il seroit peut-être avantageux de don- ner à ces tissus un apprêt avec des liqueurs animales, afin de précipiter plus abondamment le tannin et la nature tannée qu'il rend trop soluble; il y a même lieu de croire que lon se sert déjà de ce procédé dans quelques ateliers de teinture.

Sera-t-il également permis d'attribuer au même composé un usage physiologique par rapport aux graines, et de voir dans la composition chimique de leurs enveloppes un soin de la nature pour les conserver en les couvrant d’une sub- stance indissoluble et imputrescible? Ce que nous avons trouvé dans les fèves et les lentilles se trouvera certainement dans une foule d’autres graines soumises au même examen, Celles qui n’offrent pas la même nature dans leurs tuniques, montrent tantôt des enveloppes ligneuses, cornées, ou des pellicules sèches enduites ou pénétrées de substance cireuse, d'huiles âcres et aromatiques, dans lesquelles le naturaliste doit reconnoître une égale propriété défensive et conservatrice.

86 ANNALES DU MUSÉUM

DESCRIPTION DES ROUSSETTES ET. DES CÉPHALOTES,

Deux nouveaux genres de la famille des Chause- SOUTLS.

PAR M. GEOFFROY-SAINT-HILAIRE.

ART. Ï, DES ROUSSETTES.

N ous avons déjà eu occasion de remarquer (1) que Brisson avoit eu le premier l’idée de séparer les chauve-souris en plu- sieurs genres et qu'il n’avoit exécuté ce plan que pour mettre ensemble des animaux qui # convenoient sous le seul rapport du nombre des dents, ayant imaginé, comme on le sait, de fonder sa distribution méthodique des quadrupèdes sur cet unique caractère, auquel il sacrifia scrupuleusement toutes les autres considérations de son sujet.

Quoique nous ne soyons pas dirigés par les mêmes prin- cipes que ce savant, nous croyons toutefois devoir adopter ses vues sur les chauve-souris, et nous allons particulièrement reproduire le genre pleropus (roussette) qu'il avoit établi.

Il est tant de données pour ladopter, qu'on seroit étonné

(1) Annales du Muséum d'H. N., tom. 8, pag. 187.

D'HISTOIRE NATURELLE. 87

qu’on ne l’eut pas fait encore, si l’on ne savoit qu’on n’a ja- mais cru ce genre comme composé de plusieurs espèces : on s’est jusqu'ici accordé à attribuer au même animal les diverses observations, sur les roussettes, de Seba, de Clusius, de Bris- son , d'Edwards et de Buffon, en sorte que c’est toujours sous un seul nom spécifique, sous celui de vespertilio vampyrus, qu’on a employé tout ce qui a été dit et écrit au sujet de ces chauve-souris.

Les dernières recherches des naturalistes en Égypte, au Bengale, à Timor et à Java, ont beaucoup contribué à aug- menter cette petite famille, et nous ont ainsi mis sur la voie de comparer entre elles les roussettes déjà publiées et qu’on avoit prises jusqu'a ce jour pour de simples variétés d’âge ou de sexe; et c’est alors que nous avons reconnu qu’il existe un certain nombre de ces animaux assez semblables pour s’ap- partenir comme espèces du même genre et assez différens pour mériter d’être inscrits dans le catalogue des êtres comme espèces distinctes.

Nous avons annoncé un groupe des plus naturels, et lon va voir en effet par combien de traits les roussettes se res- semblent. On les reconnoît facilement à leur.port, à leur tête longue et conique, à leur museau effilé et pointu , à leurs oreilles courtes et simples, enfin à la brièveté de leur manteau en arrière. Elles ont peu ou point de queue, les extrémités postérieures simplement bordées, mais non réunies par la membrane inter-fémorale, et la membrane des ailes (1)

(1) Les autres chauve-souris ont les membranes des ailes et de la queue dans une positiou différente, en ce qu’elles sont adhérentes aux côtés des extrémités postérieures,

88 ANNALES DU MUSÉUM

étendue sur le dessus des jambes et aboutissant, en passant par dessus le métatarse, à l’origine du quatrième doigt. Elles sont les seules qui aient le deuxième doigt de la main pourvu d’ongle et de phalange onguéale , et les seules aussi qui soient privées d’une seconde oreille externe ou du moins de la par- ue de loreille formée par un repli et un développement ex- cessif du tragus. Leur langue est rude et papilleuse comme la langue des chats, et leurs dents ressemblent pour la forme et le nombre à celles des singes.

L’analogie, sous ce rapport, des roussettes avec ces der- niers animaux est si grande que Brisson est en quelque sorte excusable de les en avoir rapproché, à l'exclusion des makis.

Leurs dents sont au nombre de 54, savoir : 8 incisives, 4 canines et 22 molaires; Daubenton n’avoit compté que 20 de celles-ci, n’en ayant aperçu que 8 au lieu de 10, à la mà- choire supérieure.

Les incisives sont taillées en biseau, espacées avec symé- trie et rangées demi-circulairement.

Les canines sont longues, comprimées et à trois faces.

. La petitesse de la première et de la dernière molaire em- pèche qu’elles soient d’une grande utilité dans la mastication, mais les autres molaires y suppléent, étant beaucoup plus grandes : elles ont au surplus une forme qu’on neretrouve dans aucun autre animal. Leurs couronnes ne sont pas hérissées de tubercules : elles présentent une surface longue et étroite, le plan en est oblique et la détrition exerce son action plus sur le centre que sur les bords qui saillent en vives arêtes.

A la seule inspection de ces molaires, il seroit aisé de juger, si d’ailleurs ce n’étoit un fait acquis déjà par des observations

D'HISTOIRE NATURELLI. 89

directes, que les roussettes ont d’autres habitudes et surtout un autre régime diététique que les chauve-souris de nos contrées.

Elles présentent les mêmes caractères ostéologiques que celles-ci, à l’exception que leur omoplate est plutôt triangu- laire que carrée; que leur cubitus, presqu’entièrement effacé dans les autres chauve-souris, est plus apparent et plus dé- gagé du radius qu'il accompagne dans les deux tiers de sa longueur; que le sternum forme une bien plus forte saillie, se relevant en une espèce de brechet; et que la première pièce sternale, plus large, plus robuste et plus profondément sépa- rée antérieurement, rappelle davantage les formes et les usages de la fourchette des oiseaux.

Le second doigt de l'aile, ce qui est peut-être un effet du développement de la membrane dans le vol, est à demi- tourné de dedans en dehors; un peu moins la phalange mé- tacarpienne, davantage la pénultième, et beaucoup plus la pha- lange onguéale. Il en résulte que longle qui embrasse l’extré- mité de cette dernière phalange est dans une situation opposée, au lieu d’être, comme il étoit naturel de s’y attendre, inférieur par rapport au plan de aile : on a eu soin d’exprimer dans nos planches cette singularité, à laquelle personne, à ce que je sache, n’a encore donné attention.

Ce deuxième doigt, à qui il ne manque aucune phalange, est de plus remarquable par plus de brièveté : il est plus long dans les autres chauve-souris, quoiqu’elles soient privées de l'osselet qui porte l’ongle.

Enfin je ne dois pas oublier de rappeler que les rous- settes ressemblent à nos principales chauve-souris de F rance

15. 12

90 ANNALES DU MUSÉUM

par le défaut de feuilles ou de membranes autour des narines.

El est sans doute impossible d'imaginer un groupe mieux circonscrit, et de trouver une famille plus parfaitement isolée de ses congénères et plus naturelle : mais ces avantages sont balancés par des inconvéniens. On en éprouve d'autant plus de difficultés dans l'étude des espèces ; car alors les caractères à l'emploi desquels on se trouve réduit sont d’un ordre plus inférieur et laissent trop souvent prise à l'arbitraire : c’est lem- barras dans lequel nous nous trouvons pour la détermination des espèces de roussettes.

Ces chauve-souris sont cependant susceptibles d’une dis- tinction dont nous nous empresserons de profiter. Les grandes roussettes n’ont pas de queue et les autres en ont une petite : nous les partagerons d’après ce caractère en deux sections, en les rangeant d’après leur taille et en commençant par les plus grandes.

On peut se borner dans l’'arrangement systématique de ces: animaux aux principaux caractères suivans.

ROUSSETTE. Prerorus. Dents : éncisives à canines ; molaires ,2. La couronne des m10laires large et terminée par deux arêtes : le deuxième doigt de la main pourvu de sa pha-

lange onguéale. * Drs Roussgrres sans queue.

[. LA ROUSSETTE ÉDULE. Pteropus edulis.

Caract. Entièrement noirâtre : le dos couvert de poils ras

et luisans.

\

D'HISTOIRE NATURELLE. OL

Nouvelle espèce (1) découverte par MM. Péron et Lesueur dans leur voyage aux terres Australes. Nous lui conservons le nom qw'avoient adopté ces deux sa= vans voyageurs, et qu'ils lui avoient donné, parce que sa chair blanche, délicate et très-tendre est regardée par les Timoriens comme un mets exquis : les insulaires (ajoute M. Péron dans ses notes, dont il a bien voulu me permettre d’extraire celle-ci ) la confondent avec toutes les autres espèces de cheiroptères sous le nom de Malanon Bourou (oiseau de nuit ).

Grandeur du bout du museau jusqu'à l'anus 28 centi- mètres : envergure 192 : longueur de la tête 9.

Poils d’un brun-noirâtre partout le corps, d’une teinte plus foncée sur la poitrine et plus claire sur le dos : peu four- nis en général, assez épais autour du col, moins sur le ventre et.plus rares encore sur le dos ils adhèrent à la peau dans toute leur longueur.

Parnis. L'ile de Timor.

(1) Je rapporte à cette espèce le paragraphe suivant d’un manuscrit de M. Les- chenault de la Tour sur les animaux de Java. Je donnerai par la suite d’autres extraits du même manuscrit, d’après la permission que l’auteur m'en a bien voulu accorder : de semblables notes, recueillies sur les lieux mêmes, ont un intérêt qui sera sans doute apprécié des naturalistes.

« La Roussette kalou. Les Malais lui donnent le nom de £aou ; elle a 5 pieds » d'envergure (160 centimètres ) et 11 pouces de long (30 cent. ), mesurée depuis » le bout du museau jusqu’au bout de la croupe. L’iris est très-brun et les ongles » des pieds sont longs et très-aigus. Le museau ressemble à celui d’un chien dont » le bout du nez seroit fendu en deux : les narines sont comme roulées en » cornet. Le poil est rude : depuis l’occiput;usqu’aux épaules, il est roux enfumé, » et dans toutes les autres parties il est noir, mélangé de quelques poils blancs.

» Ces chauve-souris sont très-communes dans l’île de Java : elles vivent en » grande société : elles restent pendant le jour suspendues aux branches des » arbres les plus élevés et s’y accrochent si bien que si on les tue dans cette posi- » tion, elles y demeurént : il faut les épouvanter, afin de les faire fuir, et les tirer » ensuite au vol, fpour s’en procurer.

» Leur langue est armée de papilles très-rudes: leur cri, quand on les tourmente, » est fort aigu : elles vivent de fruits. »

HUE

92 ANNALES DU MUSÉUM

Nota. Il arrive assez souvent que les espèces d'un genre très-naturel habitent une même région, et particulièrement la zone torride d’un continent à l’exclusion de l’autre : cette observation est applicable à tout le genre péeropus, aux roussettes dont on n’xencore trouvé aucune hors des contrées chaudes de Pancien continent.

IT. LA ROUSSETTE D'EDWARDSs. Péeropus Edwardsu,

Caract. Pélage roux; le dos brun-marron.

La grande chauve-souris de Madagascar. Epw. Ois., page 108.

Vespertilio vampyrus. Lx. Gx.

Cette roussette est un peu moins grande que la précédente : Edwards lui a trouvé 45 pouces anglais d’envergure : elle est aussi plus velue.

Son dos, à partir des épaules, est d’un brun -marron; les épaules, le cou et la tête d’un roux vif; la poitrine d’un roux- terne, et le ventre d’un brun clair. L’individu d'Edwards avoit le museau noir : le nôtre , dont nous sommes redevables à l’estimable naturaliste M. Macé, a le museau moins foncé et seulement de couleur marron.

Parrie. Madagascar, d’après Edwards.

IL. LA ROUSSETTE VULGAIRE. Péeropus vulgaris.

Caract. Noir; la face et les flancs supérieurs roux,

Vespertilio ingens. Crus. Exot. tab., p. 94.

La Roussette. Briss. Quad., p. 216.

Le Chien-volant. Daus. Acad. des Sciences, année 1759, p. 384.

La Roussette. Burr., tom. X, tab. 14.

Vespertilio vampyrus, Linx. G.

Grandeur 23 centimètres : envergure 98 : longueur de la tête 7. |

Cette roussette est couverte, particulièrement sur le ventre, d’un poil épais et grossier : tout le dessous du corps est d’un

D'HISTOIRE NATURELLE. ‘95

noir foncé hors la région du pubis entièrement roussätre : la face est aussi de cette couleur, ainsi que les côtés du dos; la teinte des parties supérieures est moins foncée et üre plus sur le marron.

Les incisives supérieures sont séparées presque également, les latérales sont à peine plus courtes. L’oreille est petite, pontue, fort peu échancrée à la partie supérieure et latérale.

Un autre individu, dernièrement apporté de l'ile de France, et dont j'ai donné les habitudes, d’après M. Roch, dans les Annales du Muséum , tome 7, page 227, paroît n'être qu'une variété dans cette espèce : M. Huet l’a peint sur vélin pour la collection du Muséum. Il à en marron-clair tout le noir du sujet de notre description, et en jaune pâle tout ce que celui-ci nous montre de roux.

Parrie. L'ile de France et celle de Bourbon.

IV. LA ROUSSETTE A COU ROUGE. Péeropus rubricollis.

Caract. Gris-brun : le cou rouge.

La Roussette à cou rouge. Brrss. Quad. , p. 217. La Rougette. Burr., tom. X , tab. 17. Vespertilio vampyrus. Lis. Gu.

Envergure 65 centimètres : longueur de la tête 4 cent. 5 millimètres.

Les dents incisives sont plus rapprochées, celles du milieu étant contigués : elles sont rapprochées par paire à la mâchoire inférieure. Les oreilles sont petites et cachées dans les poils: la membrane inter-fémorale est aussi plus étroite.

Le poil est beaucoup plus touffu que dans toute autre

94 ANNALES DU MUSÉUM

roussette : il est d’un gris -brun sur tout le corps, à l'excep- tion du cou , il est d une ser très vive, mêlée d'orangé ét de rouge.

Parnie. L'ile de Bourbon. Le seul individu que nous possédons provient du cabinet de Réaumur auquel il avoit été envoyé par M: de la Nux.

« Nota. Brisson avoït! composé son genre preropus des deux précédentes rous+ seltes et d’une troisième espèce, le vespertilio spectrum, qui n'est point de ce genre et sur laquelle nous nous proposons de revenir, quand nous trditerons des chauve sonris à feuille sur/le néz, nôtre genre pÿ/lostome.

!

NV. LA ROUSSETTE GRISE. Preropus 8 oriseus.

: Caract. Gtis=roux : : Ja têté ét cou roux.

Nouvelle espèce + voyage ‘de MM. Péron et Lesueur aux terres Australes. + 9 59 , NON)

Grandevr 18 centimètres : envergure Go.

Cette roussette a ses dents i incisives Fe Te à égales et bien rangées, tandis qu’un intervalle à leur milieu sépare celles d'en bas : nulle autré n ’à les oreilles aussi courtes. La mem- brane des ailes ne naît pas précisément des flancs, mais pro- vient de beaucoup plnsé haut” et presque de la pi moyehne du dos. ,

Les poils du cou sont idss et frisés, à ceux du dos, de- puis les épaules, courts au contraire et couchés, mais non toutefois adhërens comme dans la grande roussette.

La tête et le cou sont d’un roux assez vif et tout le reste du pélage ést gris-roux, passant presque à Be couleur he de vin, particuteretferte sur Le dos.

*

RÉ. L'ile de Timor. NOUS en possédons tés 82! sexes el la féméllé, avéé de

lungues tétines. * : Hal SÈs

** Des Rovssernes à queue. aie

71è

ro]

19

LA ROUSSETTE Grise. PTEHROPUS Criseus. PL.

FL TO

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D'HISTOIRE NATURELLE. 9

VI. LA ROUSSsETrE PAILLÉE. Peropus stramineus.

Caract. Jaune-roussâtre ; queue très-courte.

Chien-volant. Ses4, Mus. 1, tab. 57, f. 1, 2.

Thé lesser ternate bot. Pexx. Syn., tab. 31, f. 1.

Grandeur 16 centimètres; envergure 65.

Nous en avons deux individus sous les yeux, Pun de Timor et l’autre sans patrie connue. Il n’y a que le premier qui ait ses poils du dos couchés, caractère qu'il est fort singulier de ne rencontrer que dans les roussettes de Timor. Celles-ci fe- roient-elles un séjour plus prolongé que d’autres dans le creux des arbres, et cette circonstance empécheroit-elle le poil de prendre tout son accroissement ? Nous n’essayerons pas de donner plus de probabilité à cette conjecture (1).

Malgré une différence aussi notable, nous penchons à re- garder nos deux individus comme appartenant à la même es- pèce : nous ne voyons pas qu'ils diffèrent en d’autres points.

La roussette paillée a le poil court et toutefois abondant : la membrane de l'aile en est aussi plus garnie, et il n’y a pas jusqu’à l'avant bras qui en soit recouvert. Le pélage est jaune en dessus, roux au cou et d’un roux marron sur la tête et le dos. Nous avons enfin trouvé les incisives inférieures conti- gués et les supérieures séparées par paire.

Parrie. Timor, d’après MM. Péron et Lesueur, et Ternate, d’après Seba. Nous

;

sommes redevables de notre second individu à l’illustre confrère que nous ve- LE

nons de perdre, M. Fourcroy.

(1) Toutes les roussettes de Timor se tiennent, en eflet , dans le tronc des vieux arbres ou dans le creux des rochers : il n’y a que la grande espèce qui habite des cavernes, ordinairement les plus profondes et les plus obscures. More de M. Péron.

96 ANNALES DU MUSÉUM VIT. za rousserre D'écyrre. Péeropus Egyptiacus.

Caract. Poils laineux, gris-bruns.

Nouvelle espèce provenant de mon voyage en Egypte.

Grandeur 14 centimètres : envergure 56.

Cette nouvelle espèce a la tête proportionnellement plus courte et plus large que les autres; son poil est épais, doux, court, gris-brun et plus foncé en dessus qu’en dessous, et ses incisives très-petites, fines et symétriquement rangées.

Parrir. La basse Egypte. Jen ai rapporté plusieurs individus que j'ai déta- chés moi-même du plafond d'une des chambres de la grande Pyramide. VIITL. LA ROUSSETTE AMPLEXICAUDE. Pleropus amplexi- * caudatus.

Caract. Gris-roux; la queue de la longueur de la cuisse et à moitié envéloppée dans la membrane inter-fémorale,

Nouvelle espèce du voyage aux terres Australes.

Grandeur 12 centimètres : envergure 45.

Le trait le plus remarquable de cette petite roussette est _ la dimension de sa queue, dont la longueur n’excède pour- tant pas celle de la cuisse. La membrane inter-fémorale n’est pas aussi fortement échancrée que dans les précédentes , mais s'étend de part en part-de manière à passer par dessus la queue et à en recouvrir la moitié.

Nous avons plusieurs individus de cette espèce, entre au- tres un mâle et une femelle dont le pélage varie : le mâle tire plus sur le roux, et la’ femelle sur le brun : le dos et le sommet de la tête sont roux dans Pun et bruns dans lautre : le reste est gris-roux : le poil est court, couché et comme ve- louté : les incisives sont toutes contiguës et de même grandeur.

PL

LA ROUSSETTE Amplexiwaude . PTEROPUS Anplexwaudrtus, PL.L.

LA ROUSSETTE a oreles borntes. PTEROPUS mar ginralus. PL-IT.

D'HISTOIRE NATURELLE, 97 Parrie. L'ile de Timor, d’où cette espèce a été rapportée par MM, Péron et Lesueur. IX. LA ROUSSETTE À OREILLES BORDÉES. P/eropus marginalus.

Caract, Brun-olivâtre : un liseret blanc autour des oreilles.

Nouvelle espèce due aux recherches de M. Macé.

Grandeur 10 centimètres : envergure 35.

Ces caractères suffisent à la détermination de cette espèce : nous remarquerons cependant qu’elle a ses dents incisives très- fines et néanmoins très-resserrées entre les canines : sa tête est en apparence plus ramassée et moins longue que dans les précédentes, parce qu’elle est renflée vers le chanfrein : enfin ses poils sont partout ras, courts et bruns-olivätres.

Parnie, Le Bengale.

X. LA ROUSSETTE KIODOTE. Péeropus HUUUINUS.

Caract. Poils laineux et d’un roux vif; langue extensible.

Nouvelle espèce découverte et rapportée par M: Leschenault de la Tour (1).

(1) M. Leschenault en donne la description suivante dans le manuscrit qu’il a eu la bonté de me communiquer.

- 4 La Roussette kiodote. C’est sous ce dernier nom que les Javans la connoissent: » elle ressemble en petit à la roussette kalou, mais elle a le museau proportion- » nellement plus long et les oreilles un peu plus grandes. Sa longueur est de 3 » pouces et demi (9 centimètres # ) et son envergure de 10 pouces ( 27 cent. ).

» Le poil est fin et doux. La langue de cet animal est longue de 2 pouces: ila » la faculté de la sortiren entier et dela retirer comme le pangolin fait de la

=

sienne : elle est épaisse et couverte, l’espace de 7 lignes, de papilles qui sont re-

troussées en arrière et qui, à raison de leur petitesse, ne sont point rudes au tou- » cher. Les yeux sont grands, l'iris jaune, Le mâle porte de gros testicules : il fait

15. 13

98 ANNALES DU MUSÉUM

Grandeur 9 centimètres : envergure 27.

Les poils sont longs, doux au toucher et touflus : ils sont d’un ton de couleur égal, roux vif en dessus, roux terne en dessous ; de la même teinte enfin que la serotine ( vesp. sero- tinus). La tête de cette roussette m'a paru d’une longueur dé- mesurée, ce que j'attribue en partie à la manière dont on aura préparé les deux dépouilles dont nous sommes redevables à M. Leschenault.

La petitesse de cette roussette est digne de remarque. En effet les envois qu’on avoit faits jusqu'ici en Europe des es- pèces de ce genre avoient persuadé les naturalistes que la gran- deur étoit un attribut constant de ces animaux : nous appre- nons le contraire par cet exemple. Car il n’y a nul doute que les deux dépouilles de M. Leschenault provinssent de rous- settes adultes : nous en sommes certains tant par des obser- vations directes que par le témoignage du savant voyageur qui nous les a remises.

Nous en dirons autant des autres espèces que nous venons de passer en revue : ce n’est qu'après les avoir soigneuse- ment étudiées sous toutes les considérations d'âge et de sexe que nous nous sommes déterminés à les comprendre comme espèces distinctes dans cette monographie.

Parrie. L'ile de Java.

*#* Roussettes. à ailes sur Le dos.

» entendre par fois un cri très-aigu. J'ai ouvert une femelle qui étoit pleine, et » qui ne portoit qu'un petit : ses mamelles au nombre de deux étoient placées » très-près des aisselles.

« Cette espèce vit de fruits et ne vole que la nuit. »

D'HISTOIRE NATURELLE. 99

XI. LA ROUSSETTE MANTELÉE. Pleropus paliatus.

Caract. Les membranes des ailes naissant de la ligne moyenne du dos.

Nouvelle espèce, constatée d’après un jeune individu.

Grandeur de notre jeune sujet 10 centimètres : envergure 58 : longueur de la tête 4 : longueur de la queue 1 centimètre 5 millimètres.

Quoique nous ne connoissions pas encore cette roussette dans son état parfait et dans son entier développement, nous ne craindrons pas cependant de nous tromper en la présen- tantici comme une espèce distincte : trop de caractères la sé- parent des précédentes.

La tête de notreandividu est grosse, arrondie, ellipsoïde, et son museau court et épais comme dans des sujets de pre- mier âge. Ses dents aussi n’étoient pas entièrement formées : les canines ne faisoient que de paroître et excédoient à peine les molaires. Jai vu distinctement ses dents incisives et les ai comptées au nombre de 4 à chaque mâchoire, circons- tance sur laquelle il est important d’insister, comme on le verra par la suite : les incisives supérieures sont égales et à une petite distance les unes des autres, et celles d’en bas plus rapprochées et plus petites : les intermédiaires sont encore plus fines que les latérales. |

Les narines sont tubuleuses et écartées comme dans la céphalote de Pallas, et les oreilles étroites et terminées en pointe : le dos n’est couvert que d’un duvet dont on trouve

quelques traces sur toute la membrane des ailes, tandis que 2% 13

100 ANNALES DU MUSÉËUM

les épaules, le cou, la tête et le ventre sont couverts de poils longs, soyeux et peu fournis.

La couleur du pélage est le jaune très-pâle, ou la teinte de la paille. |

Mais deux grands caractères distinguent particulièrement cette espèce et permettent de conjecturer qu’elle sera un jour retirée des roussettes, pour être élevée au rang de genre, si l'on continue à mieux étudier ces animaux et si l’on vient à en connoître d’autres espèces analogues.

Ces deux caractères sont 1°. l’absence de l’ongle au doigt indicateur, absence qui n'empêche pas que ce doigt ne soit tout aussi court qu'il l’est dans les roussettes , et qu’il ne soit pourvu de toutes ses phalanges; et 2°. l'insertion des ailes, dont les membranes adhèrent entre elles,

Rien sans doute n’est plus singulier qu'une telle organisa- tion : dans les autres chauve-souris la membrane étendue entre les doigts de la main naît des flancs et se trouve formée par un prolongement de la peau qui s’amincit en prenant

une aussi grande extension; mais dans la roussette que nous décrivons, les membranes des ailes proviennent au contraire de la ligne moyenne du dos, la peau forme une saillie ou arête de 2 à 5 millimètres, avant que de s'étendre horisonta- lement et de se porter sur les extrémités. On diroit un man- téau jeté sur les épaules de cette roussette, d’où j'ai pris oc- casion de lui donner le nom de mantelée ( paliatus).

Cette disposition ne peut avoir lieu sans qu’elle soit em- ployée avec beaucoup d'avantages par Panimal en qui elle se rencontre : ainsi premièrement en augmentant sa surface, elle le rend spécifiquement plus léger et le seconde dans le vol;

D'HISTOIRE NATURELLE. 1907

et deuxièmement en donnant lieu, quand l'aile est replice, à la formation d’une poche ample et profonde, elle procure aux petits qui se nourrissent encore du lait de leur mère, une enveloppe commode et un abri ils trouvent toute la sûreté et toute la chaleur qui leur est nécessaire.

Parnre. Elle or est inconnue, Nous sommes redevables du sujet de cette description à M. Van-Marum qui nous l’envoya avec quelques autres doubles

du cabinet de Teyler à Harlem, en compensation d’objets que nous lui avions fait parvenir.

ART. II. DES CÉFHALOTES.

Nous donnons ce nom à la céphalote de Pallas et à une nouvelle espèce du voyage aux terres australes, qui ont une très-grande affinité avec les roussettes, mais qui en diffèrent assez pour ne pouvoir être comprises dans le même genre.

Ces deux chauve-souris ressemblent en effet aux roussettes par ce qu'il y a de plus essentiel dans les parties qui les cons- tuent : la tête conique, le museau aigu, les oreilles sans tra- gus, le doigt indicateur de la main court et pourvu de toutes ses phalanges, la brièveté de la membrane inter-fémorale, la position de celle-ci par rapport à la jambe, la petitesse de la queue, la langue papilleuse et surtout par la forme, que nous avons dit si remarquable, des dents molaires.

Mais elles en diffèrent à d’autres égards. Les céphalotes ont la tête proportionnellement plus courte et plus large et la face davantage que le crâne : la boîte cérébrale est sensible- ment plus évasée en arrière et plus étroite antérieurement ; les dents ne sont plus qu’au nombre de 28, 4 incisives, 4 ca- nines et 20 molaires, dont 8 à la mâchoire supérieure et 12

102 ANNALES DU MUSÉUM

à l’inférieure ; et les incisives sont ainsi réduites à moitié de leur nombre dans les roussettes, sans que ce soit un effet de la gène qu’auroit pu occasionner un rapprochement trop grand ou un excessif développement des dents canines : car les incisives supérieures sont à une certaine distance entre elles et parfaitement isolées; ce qui toutefois ne s'applique pas aux deux incisives inférieures plus rapprochées l’une de l'autre et des canines.

Une aussi grande anomalie dans un caractère de cette im- portance n’existe jamais seule; pour le peu qu’on soit au cou- rant des lois zoologiques , on sait qu’une pareille modification en entraine nécessairement d’autres : c’est la conséquence de ce qu'il existe une sorte de subordination dans les caractères, de ce que tout est lié dans l’organisation , et de ce que sans qu’on en connoisse bien le comment et la cause, on trouve toujours qu'il y a corrélation, à même l’on n’aperçoit au- cune connection nécessaire.

A bien dire, ce manque de deux incisives ne peut passer pour une anomalie qu’autant qu’on attribue aux roussettes les deux espèces s’observe ce défaut.

Car si en poursuivant l'examen de leurs caractères, on ar- rivoit à constater dans tous leurs principaux organes d’autres différences du même ordre, il faudroit bien reconnoître dans de semblables animaux les conditions d’un type particulier et distinct ; et en se laissant guider par cette indication, on évi- teroit d’une part de déformer un genre aussi bien circonscrit que l’est celui des roussettes et l’on se procureroit de l’autre l'avantage de faire valoir Vhiatus qu'il y a entre ces deux genres et d’en faire en quelque sorte mesurer l'étendue.

D'HISTOIRE NATURELLE. 105

Ces réflexions vont trouver ici leur application.

Les dents molaires des céphalotes (1), pour se rapprocher davantage de celles des roussettes , ne sont cependant pas identiquement les mêmes. La mâchoire supérieure en a deux de moins qui sont les petites molaires antérieures dont nous avons parlé plus haut : lavant- dernière est proportionnelle- ment plus longue ; enfin celles d’en bas sont plus étroites et la première de celles-ci est si petite que la gencive la recouvre et empêche de lapercevoir, Ce que ces dents présentent en outre de fort singulier, c’est l'effet de la détrition sur leurs couronnes : la substance osseuse s’use dans les roussettes plus que celle de lémail, tandis que toutes deux sont également usées dans les céphalotes. La surface de ces dents et particu- lièrement des arrières-molaires est tout-à-fait plane: ce qui n’a lieu que dans les animaux qui vivent d'herbes et de graines. Faudroit-il conclure de cette observation que les céphalotes se nourissent un peu différemment que les roussettes, qu’elles ne mangent pas des mêmes fruits sucrés et qu’elles se conten- tent d’une nourriture végétale plus grossière ?

Les organes du mouvement diffèrent dans la même pro- portion que les parties que nous venons de décrire : les ailes sont conformées comme dans la roussette mantelée : comme dans cette singulière espèce, dont, précisément à cause de cette organisation merveilleuse, jai traiter dans une sec- ton particulière, les tégumens communs se relèvent sur la

(1) J'en donne la description d’après Pindividu que jai sous les yeux : nous verrons plus bas ce qu'on doit penser des différences qui résulteroient, à cet égard , des observations de Pallas,

104 ANNALES DU MUSÉUM

ligne moyenne du dos et y forment de même une lame de quelques millimètres, qui devient le point de départ des membranes prolongées sur les bras et étendues entre les doigts.

Pallas ne cite rien de semblable dans sa description du Vespertilio cephalotes ; mais un arrangement si nouveau et si étrange auroit bien pu lui échapper : Panalogie me permet du moins de le supposer ainsi. L’œil ne voit souvent que ce que l'esprit a aperçu à l'avance.

Telles sont les différences d’après lesquelles je me suis dé- terminé à séparer les céphalotes des roussettes : il n’y a nul doute que sans la roussette mantelée, les limites de ces genres eussent été plus tranchées, et l’intervalle qui les sépare plus considérable. La roussette mantelée est un chaïnon qui réunit et rattache ensemble ces deux petites tribus : mais dans la persuasion je suis qu’un jour, en découvrant de nouvelles espèces analogues, on trouvera à former un -troisième genre pour ce chaînon intermédiaire, j'ai cru devoir admettre ces deux petites tribus.

Pallas n’a fourni le nom de céphalote et la détermination de ce nouveau genre me paroît donnée et se trouve dans l'énoncé suivant.

CÉPHALOTE. CEpHAroTEs. Dents incisives ; canines ; molaires ;*,. La couronne des z1olaires large et sans tubercules ,

ni arêtes; le deuxième doigt de la main pourvu de sa phalange onguéale.

[. LA CÉPHALOTE DE PÉRON. Cephalotes Peront.

Caract. Point d’ongle au doigt indicateur de la main.

LA CEPHALOT EsdaironeCEPHALOTESÉP POS PE MT:

D'HISTOIRE NATURELLE. 10) Espèce nouvelle, dont la science est redevable aux recherches de M. Péron, pendant son voyage dans les terres Australes.

Grandeur 16 centimètres : envergure 66 : longueur de la tête b:— de la queue 1.

La céphalote de Péron est si semblable à la roussette man- telée par son port, ses ailes qui prennent leur naissance dans toute la longueur et au milieu du dos, son doigt indicateur court et sans ongle, la longueur de sa queue, la manière dont celle-ci est embrassée à son origine par la membrane inter- fémorale et la proportion de toutes les autres parties, qu’on est dans le cas de se demander si le jeune âge d’après lequel cette dernière espèce vient d’être constatée ne seroit pas plu- tôt le jeune âge de la céphalote que nous décrivons.

Dans l'exposé de leurs caractères génériques, nous avons dit avoir observé dans l’une deux et dans l’autre quatre dents incisives à chaque mâchoire. Seroit-il possible que le renou- yellement ou l'accroissement de certaines dents donnât lieu à la disparition de quelques autres? Si cette explication est inadmissible dans ce cas-ci, du moins est-il vrai que cela arrive quelquefois. Il est très- ordinaire que les dents inci- sives tombent dans les chauve-souris; mais c’est toujours un événement dont on peut suivre les phases, et dont il est fa- cile de s'assurer par des observations. Ces dents, engagées dans une alvéole qui a peu de profondeur, ne sont que foible- ment retenues par les gencives; l’osgfication continuant à faire des progrès, la cavité alvéolaire est promptement et plu- tôt remplie que dans d’autres animaux, et alors il n’est pas étonnant que des incisives, dans de semblables circonstances, soient ébranlées et finissent par disparoître; mais quand ceci se

15. A

106 ANNALES DU MUSEUM

passe, c’est sans influence ni réaction sur les dents canines : celles-ci, plus profondément logées dans l'os maxillaire, conser- ventlemêmeécartémentetn’éprouventd’autre variation, qu’un peu d'usure, parce qu’elles frottent les unes contre les autres. Cela posé, il est facile de nous décider dans la question qui nous occupe. On doit retrouver la place des incisives tombées par accident par vieillesse : or, dans les cépha- lotes il n’y a nul emplacement possible pour des imcisives au delà des deux que nous avons citées : les dents canines, et plus encore lesinférieures que les supérieures, sont incompara- blement plus rapprochées que dans les roussettes : il est donc manifeste que c’est un état naturel et non un effet de läge. Si ensuïte on se reporte à la roussette mantelée, il est tout aussi aisé de juger à l’écartement deses canines, que, quelqu’en soit le développement, ces dents ne sauroient rien entre- prendre sut Pemplacement réservé aux incisives. Nous avons sous les yeux deux individus mâles de la cé- phalote de Péron, ou du moins deux individus que j'attribue à cette espèce : ils me paroissent également adultes et diffèrent pour la taille et la couleur. Le plus grand, dont nous avons donné plus haut les di- mensions, est brun, et l'autre roux. j Le poil est dans tous deux court et fourni : tout le dos au-dessus de la membrane en est garni comme le reste. La membrane des ailes, tant la partie qui recouvre le dos que celle qui se répand entre les doigts de la main, est nue, ou recouverte seulement d’une sorte de duvet; les orcilles sont étroites et terminées en pointe,

Parure. L'ile de Timor.

D'HISTOIRE (NATURELLE. 107 IL. LA CÉPHALOTE DE PALLAs, Cephalotes Pallasi.

Caract. Un ongle au doigt indicateur de la main.

Vespertilio cephalotes. Par. Spicilegia, fas. 3, tab. 1 et 2.

La Céphalote. Burr., Supp. tom. LE, tab. 52. !

Vespertilio cephalotes., Linx. Gm.

Grandeur 5! 9"! ou 10 centimètres : envergure 1! 2" 6"! ou, 59 centimètres : longueur de la tête 1"! 3" 3 centi- mètres 5 millimètres : longueur de la queue 1 centimètre 2 millimètres.

Cette espèce nous manque au Muséum d'histoire naturelle, et je n’en parle que sur le témoignage de Pallas.

Elle est plus petite et porte une plus longue queue que la précédente : elle en diffère surtout par un earactère qui est très-bien exprimé dans les deux figures et trop soigneusement noté dans la description pour qu’on puisse douter de sa réa- lité, c’est un ongle au doigt indicateur de la main : il paroït aussi que les narines sont plus prolongées, plus écartées et plus ouvertes. Pallas ne décrit et ne figure que deux incisives supérieures : il assure n’en avoir point vues en bas. Comme aucune chauve-souris n’est privée d’incisives, et que le rappro- chement des canines inférieures n’en permet pas plus de deux, je ne doute pas qu’il en ait été de cette chauve-souris comme de beaucoup d’autres, qu’elle ait perduses incisives inférieures, et l’analogie me fait croire qu’elle en ayoit eu deux avant cet événement.

Cette céphalote diffère encore de celle de Péron par la grosseur de son museau et la forme arrondie de ses oreilles.

Son poil est assez rare, doux, et ondulé sous le ventre : il

TA

108 ANNALES DU MUSÉUM

est en dessus d’un gris cendré, et d’un blanc pâle en dessous.

Nous n’ajouterons rien à ces détails, qui suflisent pour faire apprécier les différences de cette espèce d’avec la céphalote de Péron. Pallas en a donné une anatomie qui ne laisse rien à désirer et à laquelle je renvoie le lecteur.

Je me bornerai à faire une remarque au sujet de la cépha- lote gravée dans le troisième volume des supplémens de Buf- fon. L'artiste qui fut chargé de copier la figure de Pallas, le fit avec une telle négligence qu’il introduisit dans sa eopie deux caractères qui ne sont point dans l'original et qui, s'ils étoient réels, reporteroient dans un autre genre l'espèce qui en est l’objet; c’est un oreillon, ou le tragus de l’oreille qu’ik a rendu apparent et la membrane inter-fémorale qu’il a re- présentée d’un très-grand volume et retroussée par dessus la queue.

Para. Les iles Moluques:. .

D'HISTOIRE NATURELLE. 109

ADDITION

Au Mémoire sur le genre et les espèces de VESPERTILIONS.

PAR M. GEOFFROY-SAINT-HILAIRE.

N ous avons conservé dans notre travail sur les Vesperti- lions (1) l'espèce #7. lasiopterus établie par Schreber, et adoptée par Gmelin, quoiqu’elle nous parut dès-lors assez semblable au . serotinus : nous avons insisté su la ressém-

blance de ces deux chauve-souris, sans oser nous prononcer sur leur identité, ne possédant pas de lasiopterus et ne con- noissant de cette espèce que la figure qu’en avoit donnée Schreber. Mais aujourd’hui que nous venons de recevoir de Vienne trois individus du 7. lasiopterus, qui ne nous ont paru différer en rien de la Sérotine, nous sommes dans le cas d'affirmer que ces deux espèces nominales n’en forment qu’une seule.

Nous profiterons de cette addition pour faire savoir qu'ayant comparé les chauve-souris des environs de Vienne, que le Cabinet de cette ville vient de nous adresser, avec les chauve-souris analogues des environs de Paris, nous n’avons trouvé entre elles aucune différence. Il étoit peut-être fa- cile de le prévoir : mais il m’a paru néanmoins intéressant d’en acquérir la connoissance par des observations directes.

(1) Annales, tome 8, page 203,

110 ANNALES DU MUSÉUM

CONSIDÉRATIONS

Sur la manière d'étudier F Histoire naturelle des Végétaux, servant d'Introduction à un travail ÆAnatomique, Physiologique et Botanique sur

la Famille des Labiées.

LETTRE. DE M. MIRBEL A M. DELEUZE,

SECRÉTAIRE DE L’ASSEMBLÉE DES. ANNALES.

Rhone

Je vais publier mes observations sur la famille des labiées; mais avant, je veux vous soumettre quelques idées générales, que je me propose de donner au public, comme une sorte d'introduction à ce travail. Votre jugement a souvent éclairé le mien; c’est pourquoi. je désire votre critique avec autant et plus d’ardeur peut-être que l’on désire des éloges,

Les recherches auxquelles je me livre ne peuvent guère trouver d’approbateurs que parmi les personnes qui, comme vous, Monsieur, jugent que la connoissance de l’histoire na- turelle des plantes ne se, borne pas à. savoir nommer les es- pèces à l’aide d’un petit nombre de signes convenus; mais qu’elle embrasse luniversalité des: traits qui constituent la

D'HISTOIRE NATURELLE. 111

physionomie particulière de chaque végétal, les faits relatifs à l’organisation intérieure, les phénomènes de la végétation, les ressemblances et les différences qui rapprochent ou éloi- guent tous les êtres dont est composée cette grande tribu du règne organique.

Cette manière si philosophique de considérer les végétaux n’est point une nouvelle conception de la raison humaine. Un élève d’Aristote, un philosophe dont nous admirons le génie, un botaniste qui n’eut point de modèle et qui fut long-temps sans égal, Théophraste vouloit que l’histoire des plantes offrit, non -seulement la description fidèle de toutes leurs parties extérieures, mais encore celle de leurs organes internes, et l’exposé des phénomènes physiologiques qu’elles présentent (1).

Bien distinguer les espèces est, sans doute, le commence-

(1) Plantarum differentias reliquamque naturam, ex partibus, affectionibus , generationibus vitâque petere oportlet........ .

Plantarum verd historia (ut simpliciter dixerim) aut per partes externas totam- que formam , aut per internas haberi potest. Ut etiam in animalium genere partes abditæ dissectionibus patent. Sed rapere in his ipsis oportet, quæ in omni- bus,insunt eadem : quæque propria cujusque generis sunt : aique eliam quæ in his habentur similia......

Ad summam, ominium quæ in genere plantarum spectäntur similitudo petenda ex ts est, quæ in animaälibus insunt ; quod adfieri possit. Partium vérd difftrentiæ, (ut breviter rem complectar) tribus fere inrebus consistunt. Aut enim in ed, quod quædam habent, quædam non habent, ut folia, fructus : aut quod non similia neque paria habent : aut tertio quod non similiter habent. Horum dissimilituda »

isura, colore, spissitate, raritate, asperitate, levitate, reliquis affectionibus enotescit. Ad hœc omnibus differentits säporum. Inœqualitas autem in excessu, atque diminutione est multitudinis magnitudinis ve, ( Theophrasti de Historia plantarum, Theodoro-Gaza interprete, Lib. I. Cap.I, p. 1 et 2.)

112 ANNALES DU MUSÉUM

ment de toute étude en histoire naturelle; c’est la base sur laquellerepose l'édifice de nosconnoissances; et si Théophraste resta si loin du but qu’il avoit entrevu, n’en cherchons pas la cause autre part que dans son ignorance des caractères dis- tinctifs des végétaux. k

Mais cette connoissance de la botanique descriptive, la- quelle suppose déjà une étude immense, n’est toutefois, qu’un travail préparatoire pour arriver à de plus importans résultats. C’est ce que paroissent avoir ignoré tous les botanistes, jus- qu’à l’époque vécurent Grew et Malpighi. Et remarquons que ces deux observateurs, qui poussèrent bien plus loin l’ana- tomie et la physiologie végétales que n’avoit pu le faire Pélève d’Aristote, furent totalement étrangers à la botanique descriptive, qui, de leur temps, étoit cependant beaucoup plus avancée qu’au siècle d’Alexandre-le-Grand.

Hales et Duhamel, qui ajoutèrent de nombreuses décou- vertes physiologiques à celles qu’avoient faites Grew et Mal- pighi, négligèrent, comme eux, la description et la classifica- tion des espèces.

Linnœus, au contraire, porta cette partie de la science à un degré de perfection inconnu jusqu’à lui; mais cet homme extraordinaire, dont le génie aussi vaste que profond, embrassa dans ses recherches la Nature presque toute entière, jeta un regard dédaigneux sur l'anatomie végétale (1), et ne fit faire que. de foibles progrès à la physiologie.

(1) Linnæus faisoit si peu de cas de l’anatomie végétale, qu'il ne s’est pas même donné la peine d’exposer, dans ses ouvrages élémentaires, les découyertes de Grew et de Malpighi, et de discuter les opinions de ces deux observateurs.

D'HISTOIRE NATURELLE, 113

C’est ainsi que, durant une longue suite de siècles, V’his- ioire naturelle des végétaux, envisagée tantôt sous un point de vue, tantôt sous un autre, ne le fut jamais dans son en- semble.

Les vues profondes de Bernard de Jussieu donnèrent une nouvelle direction aux esprits. À la vérité, ce grand homme n’écrivit rien sur l'anatomie et la physiologie; mais il rendit à la science toute sa dignité, en montrant que l’on devoit substituer à l'étude systématique des êtres, l’étude beaucoup plus importante des rapports qui les unissent. Ce fut sur ce principe, entièrement négligé jusqu’à lui, qu'il établit ses fa- milles naturelles. Ce beau travail, expliqué et perfectionné par Antoine-Laurent de Jussieu, jeta le plus grand jour sur les phénomènes de la vie végétale, et ils devinrent le sujet des méditations des botanistes philosophes. (0

Quoi qu’il en soit, ce ne fut que vers la fin du dix-huitième siècle que la doctrine de Théophraste reçut toute son appli-

M. Corréamm’a communiqué à ce sujet l’anecdote suivante, dont il a.bien voulu me permettre de faire usage.

M. Dryander, bibliothécaire de la Société Royale de Londres et de Sir Joseph » Banks, dit M. Corréa, m'a fait voir un manuscrit qui appartient à la biblio- » thèque de ce dernier, et qui contient des notes sur les lecons de l’illustre na- » turaliste suédois. Ce manuscrit est de la main de M. Montin, disciple favori » de Linnæus. Il y est dit, d’après ce grand botaniste lui-même, que lorsqu'il étoit » en Hollande, il avoit voulu étudier l'anatomie interne des plantes, mais qu’il » en avoit été détourné par le célèbre anatomiste Albinus, lequel lui avoit fait » entendre que tout ce que l’on avoit publié sur cette matière étoiton ne sauroit » plus vague, et que jamais des recherches de ce genre ne conduiroient à des » résultats avantageux pour la science. »

L'école Linnéenne est encore imbue de cette erreur que les disciples des Jus- sieu doivent extirper tôt ou lard.

de 19

114 ANNALES DU MUSÉUM

cation. Vous devinez, monsieur, que je veux parler du travail de notre savant ami M. Desfontaines. Ce naturaliste eut la gloire de montrer le premier, par un exemple on ne sauroit plus frappant, les rapports de l’organisation interne des plantes avec leurs formes extérieures.

Ainsi s’évanouirent les doutes qu’avoient conçu quelques savans sur la possibilité d'établir une anatomie comparée des végétaux; et l’Institut de France , mesurant dès-lors l'étendue de la carrière qui s’ouvroit devant les observateurs, se hâta de proposer pour sujet de prix, la question de savoir quels sont les caractères organiques qui distinguent les principales fa- milles naturelles : question d’une haute importance; mais qui étoit prématurée et qui resta sans réponse. Les observations manquoient; Grew et Malpighi avoient fait plusieurs belles découvertes ; mais n’ayant trouvé aucune route tracée , ils s’étoient avancés au hasard , et leurs travaux sur les organes élémentaires étoient trop incomplets pour devenir la base des recherches des nouveaux anatomistes. D'ailleurs, ces deux savans étoient fort éloignés d’être d'accord; il falloit donc considérer leurs ouvrages comme non-avenus et reprendre la science à son otigine pour s'assurer de la vérité. Si nous réflé- chissons à toutes ces choses, nous concevrons facilement qu'aucun travail d’un mérite supérieur ne püt être envoyé au concours.

Les idées n’étoient pas encore bien arrêtées sur ce qu’on devoit entendre par anatomie comparée des végétaux. Sur quel système d’organes pouvoit-on établir cette comparaison ? Les plantes ne ressemblent que très-imparfaitement aux ani- maux. Elles n’ont de commun avec eux que les caractères gé-

[SA

D'HISTOIRE NATURELLE. 11

néraux inhérens à l’organisation, Ce mot d'anatomie comparée prend donc en quelque sorte, une différente signification, sui- vant qu'on l’'applique à l’une à l’autre classe du règne or- ganique.

Sentir est l’atiribut exclusif des animaux. Les organes qui servent à cette importante fonction sont aussi variés que Pins- tinct et les habitudes de chaque espèce. Voilà, par consé- quent, un vaste sujet d'observation pour le zoologiste; mais le botaniste ne trouve rien de semblable dans les plantes. Celles-ci étant privées du sentiment, ne sauroient avoir de mouvemens volontaires. [1 n’en est pas de même des animaux qui, par la seule raison qu’ils sont doués de la faculté de sentir, ont reçu des organes pour se mouvoir; car le con- traire offriroit une contradiction mamifeste, tout-à-fait incom- patible avec la puissance et la sagesse du Créateur.

Les plantes puisent leur nourriture par toute la surface de leur corps. De l’eau, de l'air, du gaz acide carbonique, des sels et des terres en dissolution , sont les alimens qu’elles en- lèvent au sol et à l'atmosphère. Les suçoirs imperceptibles par le moyen desquels elles aspirent ces substances, ne don- nent accès à aucune partie grossière. Les gaz et les fluides parcourent tout le tissu végétal, traversent toutes les mem- branes, se portent dans les cellules et dans-les tubes : et si, d’une part, on ne peut attribuer leur mouvement à la seule influence des causes extérieures, de l’autre, on ne peut assi- gner avec certitude, aucune cause interne qui les favorise.

Les tubes s'étendent dans la longueur des racines, des tiges, des branches, etc., et ne font, en général, aucun circuit. Ils sont percés de pores et de fentes qui laissent un libre cours

15 *

116 ANNALES DU MUSEUM

aux fluides. Mais ces tubes eux-mêmes, comme je l'ai dé- montré (1), ne sont encore que des modifications du tissu cellulaire. La transpiration insensible, le mouvement des fluides, leurs décompositions et leurs combinaisons diverses, leur proximité plus ou moins grande de la surface du végétal, d’où résulte action plus ou moins directe de la chaleur, de la lumière et de l'air; enfin, le passage de ces fluides à travers le tissu des membranes, transforment l’eau et les gaz en ré- sine, en huile, en mucilage, en acides végétaux; et toutes ces métamorphoses s’opèrent sans le concours d'appareils orga- niques spécialement destinés à la respiration, à la digestion et à la circulation. Ainsi, tandis que dans la plupart des ani- maux ces systèmes d'organes, bien distincts, nous présentent une multitude de faits comparatifs, le travail le plus assidu ne nous fait découvrir dans les plantes, qu’un tissu cellulaire d’une uniformité désespérante pour quiconque y voudroit chercher les principes évidens d’une bonne anatomiecomparée.

Nous obtenons des résultats plus sûrs dès Pinstant que nous en venons à considérer les organes de la génération. La forme et la structure des sachets qui renferment la poussière fécondante; la disposition des filets vasculaires qui passent de la plante-mère dans la fleur et dans l'ovaire; et de ceux qui, partant des embryons, s'élèvent jusqu’au stigmate, sont des traits qui rappellent bien imparfaitement, sans doute, l’orga- nisation animale, mais qui toutefois, ne laissent pas de la rappeler.

Ce que je viens de dire suffit pour prouver que je ne me

(1) Voyez Exposition de la Théorie de l'Organisation végétale, Paris 1809.

en

D'HISTOIRE NATURELLE. 117

fais pas illusion sur lextrême difficulté d'établir un système général d'anatomie comparée des végétaux. Quelle que soit l’habileté et la persévérance de l'observateur, il ne doit point s'attendre à des résultats aussi brillans que ceux que présente la comparaison des organes des diverses espèces d'animaux. Cette belle partie de lhistoire naturelle, est devenue, de nos jours, une des sciences les plus vastes que l’esprit humain puisse embrasser. Les travaux d’un seul homme Pont portée tout-à-coup à un degré d’exactitude et de précision, auquel n’avoient pu atteindre encore les plus habiles naturalistes, et dont , sans doute, l’anatomie végétale ne sera jamais sus- ceptible. Mais sans prétendre dépasser les limites étroites qui nous sont assignées par la nature même des choses, nous pouvons nous flatter que nos recherches ne seront pas in- fructueuses.

La plupart des caractères de Panatomie comparée des vé- gétaux se doivent tirer de certains rapports entre la disposi- tion des vaisseaux nourriciers et la marche des développe- méns. Ceci mérite une attention particulière, et je vais expli- quer ma pensée. Tout animal (si j’excepte pourtant ces z00- phytes que la Nature a placés sur la limite des deux grandes classes du règne organisé pour servir de transition de l’une à l’autre), tout animal, dis-je, montre, dès sa naissance, l’en- semble des traits qui appartiennent à son espèce. Ses organes peuvent changer de volume, mais leur forme générale reste essentiellement la même. À la vérité, dans le cours de leur vie, les grenouilles et les insectes subissent une métamor- phose; ils prennent des organes qu’ils n’avoient pas d’abord; mais cette révolution organique s'opère dans un temps dé-

113 ANNALES DU MUSÉUM

terminé; la mesure et les résultats en sont certains, et dès qu'elle est achevée, la structure de lanimal ne souflre plus de changement. La plante, au contraire, prend un aspect dif- férent à mesure que son volume s'accroît : ses organes se multiplient à vue d'œil; chaque instant amène quelques pro- ductions nouvelles; on la croiroit composée d’une multitude de parties repliées les unes sur les autres, et que la force de la nutrition déploiroit successivement : en un mot, la plante végète, et c’est sur ce grand phénomène que repose toute . l'histoire physiologique des végétaux, et presque tous les ca- ractères de leur anatomie comparée. Ainsi, pour citer quel- ques exemples, les filets vasculaires disposés à la circonfé- rence des jeunes tiges monocotylédones, produisent nécessai- rement des feuilles engainantes dont on reconnoit le type dans l'unité de cotylédon et dans la structure de cet organe ; et, par une conséquence naturelle, l'unité de cotylédon est l'indice de l’engainement des feuilles, et la forme de celles-ci révèle Porganisation des tiges. Ainsi, les tiges dicotylédones à feuilles engainantes ont une écorce organisée à la manière des tiges monocotylédones (1), et ces dernières, lorsque leurs filets viennent à se réunir en couche, produisent, au lieu de feuilles engainantes, des feuilles rétrécies à leur base, parce que le développement des feuilles ne peut plus alors déter-

(1) J'ai observé dans un grand nombre de plantes dicotylédones à feuilles engai- nantes ; que l’écorce des tiges est formée de filets vasculaires parallèles, unis par un tissu cellulaire. Les feuilles ne sont qu’un prolongement de cette écorce qui a une ressemblance frappante avec la structure interne des tiges des plantes mo- nocotylédones. On peut voir facilement cette organisation dans la plupart des ombellifères. Elle est aussi très-apparente dans le tussilage odorant.

D'HISTOIRE NATURELLE. 119

miner la déviation de tous les filets vasculaires de la circon- férence, qui étant soudés les uns aux autres, s'élèvent en un faisceau (1).

C’est donc en étudiant la disposition des filets vasculaires et leur direction, que l’on peut connoître la marche des déve- loppemens, et saisir les rapports qui existent entre les formes extérieures et l’organisation interne.

Cette étude vraiment philosophique, tend à perfectionner les familles naturelles, et peut seule nous apprendre enfin, ce que nous devons penser de l'importance des caractères.

Cette importance des caractères est aujourd’hui un grand sujet de contestation entre les botanistes. Plusieurs croient pouvoir fonder les familles naturelles sur des principes fixes et invariables. Ils disent que les plantes ont de certains traits généraux qui doivent nécessairement déterminer leur réunion. Je vais, selon mes foibles lumières, examiner cette doctrine; et si dans la discussion que j'élève, il n'arrive de prendre le ton affirmatif, jéPuis dire en toute vérité, que ce ne sera point parce que je me crois assuré de la supériorité de mon opinion ;

(1) Les premières feuilles que la germination développe dans les plantes mo- nocotylédones sont toujours engainantes, et les jeunes tiges de ces plantes sont toujours formées de filets vasculaires, disséminés dans la moelle; mais il y a des espèces telles que celles des genres ruscus, smilax, tamnus, asparagus, qui of- frent peu après leur germination, des feuilles latérales , souvent pétiolées ; et ces espèces ont des tiges dont les filets vasculaires venant à s’épaissir et à se multi- plier au voisinage de l’écorce, se réunissent en une couche ligneuse après une assez courte végétation. Tout porte à croire que ces faits ont une étroite liaison, et que le changement d’organisation survenu dans les tiges , détermine le change- ment que l’on remarque dans la structure des feuilles.

120 ANNALES DU MUSÉUM

mais parce que j'ai le désir d’aller franchement au but, et que je ne veux pas embarrasser ce discours de circonlocutions bannales, qui paroïtroient moins des marques sincères de mon respect envers les hommes célèbres dont je combats la doc- trine, qu'une feinte condescendance dont eux-mêmes con- damneroient le motif.

Il existe, ce me semble , une tendance à s’abuser sur la va- leur des caractères. Elle provient de la trop grande extension qu’on a donnée à des principes peut-être fondés, mais dont il auroit fallu restreindre l'application dans de justes bornes. Les sectateurs des familles naturelles, après avoir banni les systèmes, se sont abandonnés à des opinions systématiques. Ils ont voulu trouver dans le vaste plan de la Nature, les lois d’une méthode aussi rigoureusé que le peut être une clas- sification arbitraire. Qu'on lise le discours préliminaire du Tableau du Règne végétal, par M. Ventenat; c’est que l'on peut voir développés dans tous leurs détails, les prin- cipes de cette méthode et la théorie de la ggadation des ca- ractères. L'auteur, grand partisan des familles. naturelles, habile observateur, botaniste consommé, a pris à tâche de rassembler en corps de doctrine, des pensées éparses dans plusieurs écrits; et ce n’est pas sans employer beaucoup d’art, qu'il est parvenu à élever un édifice dont cependant, les fon- demens sont ruineux. Je ne m’attacherai pas à réfuter de point en point ses opinions. Je vais les examiner d’une manière gé- nérale : c’est le seul moyen de rendre cette discussion lumi- peuse (1).

——_—_—__—_—_—_—_———— ro

(1) M. Ventenat et quelques autres botanistes modernes ont outré les consé-

=

D'HISTOIRE NATURELLE. 121 Li

Toute classification des plantes est fondée sur la ressem- blance et la différence des organes analogues dans les diffé- rentes espèces. Les anciens botanistes avoient cherché dans les formes variées qu’offrent les racines, les'uges, les rameaux et les feuilles, des traits caractéristiques, propres à la classifi- cation. [ls ne pensoient pas que la fleur, qui souvent vient si tard et passe si rapidement, qui d’ailleurs est quelquefois si difficile à apercevoir, dût servir à distinguer les végétaux , dont la vie est tout-à-fait indépendante du développement de cet organe. Voilà pourquoi le sage Théophraste, exami- nant les opinions adoptées par les botanistes grecs, va jusqu’à mettre en question si l’on peut même considérer comme organes de la plante, toutes les parties qui n'ont qu’une existence fugitive. Mais, se hâte-t-il de répondre, le végétal n’est dans son état parfait que lorsqu'il est en pleine végéta- tion, et c’est alors qu'il se couvre de feuilles, de fleurs et de fruits; l’autre état est une espèce de sommeil, une suspension des facultés vitales, et ne vouloir considérer le végétal que dépouillé de ses attributs de vigueur êt de santé, c’est fer-

. quences des principes posés par M. de Jussieu. Les disciples de Linnæus ont fait de même à l'égard de cet illustre naturaliste. C’est la marche ordinaire des es- prits. Plus le maître est habile, moins les élèves sont circonspects. Mais il est du devoir du critique de faire sentir la nuance qui sépare le chef d’une doctrine de ses sectateurs.

Au reste, on m’a assuré que, vers les derniers temps de sa vie, M. Ventenat avoit senti! toute La forblesse des opinions systématiques qu’il avoit adoptées à une époque il avoit moins de savoir et moins d'expérience. Il est malheureux que cet excellent botaniste soit mort sans laisser quelque écrit qui contint sa profes-

sion de foi à cet égard. 10, 16

122 ANNALES DU MUSÉUM

mer les yeux sur ce qu'il offre de plus aimable et de plus ins- tructif (1).

Ces idées si nettes, se marque toute l'étendue d’esprit de Théophraste, ne firent aucune impression sur les natu- ralistes, et l’expérience de vingt siècles d'erreurs, put seule les ramener aux vrais principes de la science.

Les feuilles, les racines et les tiges, servant à la respira- tion, à la nutrition et peut-être aussi à une sorte circu- lation de la sève, toutes fonctions très-importantes sans doute, mais qui, dans le végétal, sont vagues, obscures et difficiles à connoître, ne fournissent qu’un très - petit nombre de carac- ières dont le botaniste puisse faire usage. D'ailleurs, on ne sauroit classer les espèces d’après les rapports que présen- tent ces organes, sans rompre à chaque instant, les asso-

(1) J'ai resserré en quelques lignes le passage de Théophraste; mais on peut voir par la-citation suivante que je ne me suis pas écarté du fond de ses idées.

« Hoc enim ipsum primo non satis constat; quæ partes quæque non partes de= beant appellari; sed nonnullam controversiam recipit. Partes enim, quoniam suæ naturæ ratione consistunt, perpetuo durare videntur. Aut simplici absolu- taque ratione : aut postquar confectæ fuere. Ut scilicet animalium partes , quæ posteà accrescunt. Nisi quid morbo aut senecta aut lgsione perdatur. At in plantis nonnulla ita se habent, ut annua duntaxat potiantur natura : ut Jos, musous, folium, fruvtus. Denique omnia que ante fructus aut unà cum fructibus proveniunt. Quin etiam germen ipsum. Quippe cum arbores annuatim accremen- tum , Lam partis supernis quam cirea radices, semper capessant. Quamobrem si quis partes hœæc esse asserat; cum partium multitudinem incertam, tum partem. nunquamn eamdem esse sequetur: Sin autem parles esse negaverit, contingel protinus , ut ex parles minime sint, quibus plantæ perfectæ redduntur , tales que esse spectantur., Quippe omnes, cum. germinant, virent, fructum gerunt, pul- chriores atque perfectiores, et sunt et esse videntur. (T heophrasti de Historia plantarum, Theodoro Gaza interprete, Lib, I, Cap. I, p. 1 et 2.)

D'HISTOIRE NATURELLE. 193

ciations naturelles qui naissent de la ressemblance des fleurs ét des fruits. Ces considérations ont enfin déterminé les bota- nistes à chercher des caractères plus propres à Pétablissement des méthodes.

Gesner, sans égard aux préjugés de son temps, et par une de ces heureuses inspirations que lon attribueroit au hasard si elles n’appartenoient exclusivement aux hommes de génie, osa soutenir le premier, que les traits distincuifs des plantes étoient empreints dans les organes de la reproduction, et que l'on devoit désormais considérer comme caractères secon- daires, tous ceux qui modifient les autres parties. La fleur, comme on le sait, présente des modifications qui sont en gé- néral plus fortement marquées que celle du reste de la plante : presque toutes les parties qui la composent sont destinées à des fonctions très-importantes et bien déterminées. La forme des organes sexuels, leurs relations réciproques, les modes si divers de la fécondation, le développement des ovaires qui deviennent les fruits, le nombre et la situation des embryons, sont autant de faits curieux par lesquels il est facile de distin-’ guer et de classer les différentes espèces. Ces traits caracté- ristiques, que j'appellerai caractères de la reproduction , par opposition aux autres que je nomme caractères de la végéta- tion (1), ont donc été généralement adoptés parles botanistes, et sont devenus les bases de presque toutes les classifications

(1) M. Ventenat avoit déjà établi la distinction que je fais ici. Les organes des végétaux se divisent en organes conservateurs et en organes reproducteurs, dit-il ; mais ce botaniste considère l'embryon comme appartenant aux organes de Ja reproduction , ce qui est une erreur,

TON

124 ANNALES DU MUSÉUM

systématiques ou naturelles, imaginées depuis que les préjugés de l'école ont fait place aux théories de l'expérience et de l'observation. Mais de même que les caractères des organes de la végétation, rompent souvent la série des caractères fournis par les organes de la reproduction; de même aussi, ces der- niers détruisent l’accord et l'harmonie des premiers; en sorte qu'il n’est pas fare de voir un groupe de plantes dont les fleurs ont beaucoup de ressemblance, tandis que leurs racines, leurs tiges et leurs feuilles, offrent les différences les plus marquées. [Il est plus commun encore de rencontrer des plantes dont les racines, les tiges et les feuilles se ressemblent en tout point, tandis que les enveloppes florales, les organes de la génération et le fruit diffèrent sensiblement. Ces plantes. donc, suivant qu’on les considère sous un jour ou sous un autre, se rapprochent s’éloignent; et c’est lorsqu'il existe une parfaite concordance entre les deux grands systèmes or- ganiques, destinés, lun, à la conservation de l'individu , l’autre, à la reproduction de l’espèce, que les rapports sont les plus nombreux et les plus satisfaisans pour l'esprit. Mais les botanistes se sont crus obligés d'opter entre les deux sé- ries de caractères; et comme ils n’avoient pas été heureux en s’attachant aux caractères de la végétation, ils ont prétendu n’employer désormais, pour bases principales des méthodes,

que ceux de la reproduction (1).

(1) Dispositio vegetabilium primaria à solà fructificatione desumenda est.

{ Linn. Fundam. Bot. , n°. 164.)

« Les organes des végétaux, dit M. Ventenat, se divisent en organes conser— » vateurs et reproducteurs, Les organes conservateurs, envisagés uniquement » quant à leur extérieur, sont, du consentement unanime des botanistes, moins.

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En considérant combien ces caractères offrent de ressources pour l'étude, il est facile de concevoir que les botanistes se soient habitués de bonne heure à leur supposer une impor- tance supérieure à celle des caractères de la végétation , et qu'insensiblement cette opinion soit devenue un axiôme fon- damental de la science. Mais éloignons de notre esprit tout préjugé qui pourroit obseurcir la vérité, et nous reconnoîtrons que la suprématie d’une série de caractères sur l’autre, est bien plutôt l'ouvrage de notre imagination que celui de la Nature. Les organes qui servent à conserver et à développer Pindividu , ne sont réellement ni moins nobles ni moins im- portans que ceux qui sont destinés à propager lespèce. C’est ainsi que pense le naturaliste à l'égard des animaux ; et sil juge autrement quand il s’agit des plantes, c’est qu'il s’est ac- coutumé à regarder comme plus important en soi-même, ce qui n’est, à vrai dire, que plus commode pour la mémoire et plus favorable pour l'étude.

Enfin, veut-on une preuve convaincante que ce n’est qu’un préjugé? je la trouve dans une erreur d’autant plus remar- quable qu’elle a son origine dans le préjugé même que je com- bats. Césalpin, contemporain de Gesner, observa que les végétaux parfaits peuvent être divisés en deux classes, d’après la forme de leur embryon qui, tantôt a deux feuilles sémi- nales, et tantôt n’en a qu’une. Ce nouvel aperçu ne fut pas saisi d’abord : il dépendoit d'observations trop délicates. Il

» propresà fournir des caractères essentiels que les organes reproducteurs. » (Tabl. du Règ. vég., t. I, p. xxiv.) Cependant l'embryon féurnit les plus importans de tous les caractères, mais M. Ventenat le regarde comme appartenant aux or-

ganes de la reproduction.

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ne fit qu'une impression légère tant que l’on fut préoccupé d'idées systématiques. Il n’en fut pas de même lorsque l’on songea sérieusement à fonder une méthode sur les rapports naturels. Alors ce fait négligé de l'unité ou de la pluralité des cotylédons, parut d’une telle importance qu’on eu fit le signe caractéristique des principales classes du règne végétal; et comme on estimoit que les caractères de la reproduction étoient les seuls qui eussent une grande valeur, on décida que les cotylédons appartenaient à cet ordre de caractères (1). Cependant, qui ne voit aujourd’hui que l'embryon renfermé dans la graine, est un nouvel individu tout-à-fait indépen- dant de la plante qui lui a donné la vie, que ses cotylédons sont de véritables feuilles et que, par conséquent, on prend pour caractères de la reproduction, des traits qui appartien-

(:) M. Ventenat qui a répété d’après Linnæus, Jussieu et autres botanistes, que embryon est l’abrégé du végétal, ne le considère pas moins, ainsi que ses coty- lédons, comme faisant partie des organes reproducteurs abl. du Règ. vég.;t. I, p-xxiv et p.xliv ). Celte erreur se montre sous différentes formes, dans presque tous les ouvrages modernes. La plupart des botanistes voient dans le fruit un ap- pareil d'organes appartenant tout entier à la plante-mère. Cependant s’il est vrai que le péricarpe représente dans la plante-mère l’ovaire et la matrice de l'ani- mal, il n’est pas moins vrai que l’embryon contenu dans la graine, est semblable au fœtus contenu dans l’œuf ou dans le chorion. Or, il ne seroit pas raisonnable de croire que le fœtus fait partie de l’animal qui luia donné la vie.

Il me semble aussi que M. Ventenat a tort de nous dire que c’est dans l’em- bryon que l’on doit chercher les principaux caractères de la plante, parce que c’est en lui qu'est concentré l’ensemble de tous les caractères puisqu'il renferme les rudimens de tous les organes ( Tabl. du Règ. vég., t.f, p. 299 et 300). D'abord, il n’est pas du tout prouvé que l'embryon contienne les rudimens des branches , des feuilles, des fleurs, etg., que la végétation doit faire éclore un jour, et M, Ventenat ne s'aperçoit pas qu'il élève sur un système métaphysique une théorie

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nent aux organes de la végétation. Et cela est si vrai que lorsqu'on a cherché les rapports de la plante adulte avec son embryon, on les a trouvés, non dans la fleur et dans le fruit, mais dans l’organisation interne des tiges et des feuilles; car , comme la très-bien dit M. Corréa, il n’est aucun trait de la fructification des monocotylédons qui ne puisse appartenir aux dicotylédons; et j'ajouterai que la Nature qui a distingué ces deux grandes classes par les feuilles et par les tiges, nous montre dans l’une et dans l’autre, des fleurs presque analo- gues. C’est donc une erreur de croire que les caractères qui doivent servir de règles pour les divisions principales des vé- gétaux, existent uniquement dans les organes de la reproduc- tion (1).

Mais si l’on s’est trompé dans la théorie, il faut convenir qu'on ne s’est pas trompé dans la pratique; et c’est une justice à rendre aux savans botanistes qui, de nos jours, ont travaillé

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physique qui devroit reposer sur des faits matériels et palpables; mais je veux admettre qu’effectivement l’embryon contienne toutes ces choses, au moins est-il certain qu’on ne les y peut apercevoir, et qu’ainsi, leur existence est nulle dans la pratique.

La raison pour laquelle il convient d’étudier l'embryon avee soin, c’est que l’origine de tout être organisé offre en elle-même un beau sujet d'observations; c’est encore que la forme particulière de l'embryon indique souvent le mode de la germination, la structure intérieure des tiges et la forme essentielle des feuilles.

(1) Avant que je songeasse à écrire sur cette matière, M. Corréa s’étoit expri- de la manière suivante : « Les caractères qui peuvent faire de plusieurs genres » et de leurs espèces une association ou famille naturelle, ne peuvent être que la » symétrie commune des parties de la fructification de ces genres, et le port » commun de l’ensemble de la végétation et de ses parties dans leurs espèces, » ( Ann.,1.6,p. 377.)

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à établir les familles naturelles, de dire qu’ils n’ont pas cru si exclusivement à l'importance des traits caractéristiques de la reproduction qu'ils leur aient sacrifié dans une multitude de cas , la sage ordonnance des espèces (1). Quoi qu'ilen soit, une théorie défectueuse, accréditée par les suffrages des maîtres de la science, doit avoir tôt ou tard de graves inconvéniens. L'élève $égare en suivant cette lumière trompeuse. Accou- tumé à ne considérer les objets que sous un point de vue sys- tématique, il finit par ne les plus voir tels qu’ils sont réelle- ment, mais tels qu'il trouve commode de se les représenter.

Puisqu’on admettoit une différence si marquée dans la va- leur des caractères tirés des organes de la reproduction et de ceux de la végétation, il étoit naturel qu’on ne mit pas sur Ja même ligne, tous les traits caractéristiques que fournissent la fleur et le fruit; aussi, ne négligea-t-on rien pour établir une gradation, une échelle dans les caractères. Mais d’après quelles lois voulut -on fixer leur valeur? c’est ce que je vais tächer d’indiquér en exposant quelques idées générales sur Ja composition des familles naturelles. J'en distingue de deux sortes et qui me semblent bien différentes. Les unes, que je

(1)Si l’on ne s’étoit attaché qu'aux caractères de lareproduction,on n’auroit pas tant éloigné, sans doute, l’alisma des renonculacées et le tamnus des cucurbita- cées; mais si l’on faisoit plus de cas des caractères de la végétation on ne pense- roit pas à rapprocher aujourd’hui le nymphæa et le nélambo des plantes mono- cotylédones.

M. Ventenat lai-nrême est obligé de convenir que la position des feuilles est un caractère ‘essentiel dans les labiées et les rubiacées; et certes, il ne pourroit pas dire la même chose de Pabsence du périsperme dansda première famille et

de l’adhérence du calice à l'ovaire dans la seconde.

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nommerai fanulles en groupes, sont composées d'espèces dont la ressemblance s'étend à presque toutes les parties, ce qui fait que, sous quelque point de vue qu’on les envisage, on leur trouve toujours un air de famille auquel il est impossible de se méprendre. La forme des embryons, leur situation dans la graine, la manière dont ils s’en débarrassent à l’époque de la germination, la disposition des feuilles et souvent même leur forme, ainsi que celles des tiges, les enveloppes florales, les organes males et femelles, les fruits, tout enfin se réunit pour que les différentes espèces portent l'empreinte d’un même type. Chacune d'elles peut être considérée comme un centre autour duquel viennent se grouper toutes les autres; et les rapports multipliés qu’elles présentent, font naître dans notre esprit, une image abstraite de la famille, tee que nous la pouvons décrire en termes simples, clairs et aflirmatifs. Dans la plupart des groupes ainsi formés, il existe une con- cordance rigoureuse entre les caractères de la végétation et ceux de la reproduction; aussi ces familles se conservent-elles souvent toutes entières dans les systèmes; et comme l’ensem- ble des traits caractéristiques concourt à rapprocher les es- pèces, il n’a pas fallu un grand travail pour composer ces as- sociations, et il eût été même quelquelois plus difficile d’en séparer les membres que de les réunir.

Les autres familles, que je nomme famulles par enchatne- ment, sont'au contraire le résultat des plus profondes com- binaisons auxquelles le génie du botaniste puisse atteindre. Ces familles ne forment point de groupes, et il est impossible d'exposer leurs caractères par un petit nombre d’expressions afirmatives, parce qu’elles sont composées d’êtres qui font,

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pour ainsi dire, une chaine, et qui, de même que les anneaux d’une chaîne, ne se touchent quelquefois que par un point. On peut passer par des nuances insensibles de la première espèce jusqu’à la dernière; mais on ne peut rapprocher subi- tement les extrêmes en écartaft les espèces intermédiaires, attendu que les différences qui les séparent sont trop grandes et trop multipliées. On conçoit combien il a fallu de lumière et de sagacité pour ménager d’heureuses transitions entre ces êtres qui n’ont souvent que des rapports très-délicats et très- difficiles à saisir.

Considéré de ce côté, le travail des sectateurs de la méthode naturelle me paroît d’une admirable perfection ; mais s’il m'est permis de le dire, je ne suis pas également satisfait de la théorie que lon a voulu établir après coup: On a perdu de vue la route que esprit avoit suivie pour arriver à la forma- tion des familles. Au lieu de rester dans les étroites limites d’une analyse scrupuleuse, on a cru pouvoir compléter le tra- vail en faisant résulter de l'examen systématique des réunions existantes, les lois générales de toute association naturelle.

Il est évident, a-t-on dit, que les espèces d’une même fa- mille, ont un certain nombre de traits communs; et pour preuve de cette assertion, on a présenté les familles dont les espèces se groupent naturellement. Le principe une fois ad- mis, on a pris les familles formées par enchaînement; et, parce qu’elles sont aussi très-naturelles, quoique d’une autre manière, on a décidé que toutes les espèces qu’elles renfer- ment, devoient avoir également un certain nombre de traits communs qui formoient le nœud de leur réunion. Cependant, comme il n’est pas rare que les traits les plus apparens dif-

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fèrent d’une espèce à une autre, puisqu'elles ne se touchent souvent que par un point, on s’est vu réduit à chercher ces caractères prétendus, qui unissent toutesles espèces, dans des détails très-obscurs de l’organisation ; et à force d'examiner, on a cru découvrir que l’attache des étamines et le périsperme, petit corps farineux ou charnu caché avec l'embryon sous les tégumens de la graine, ne différoient point dans Les espèces d’une même famille (1). Quant aux exceptions qui se présen- toient, on ne s’en meltoit guère en peine, attendu que lorsqu'il s'agit de caractères si petits et si équivoques, il est toujours facile de se faire illusion sur la vérité.

Cependant, il est certain que l’on observe fréquemment dans une même famille des espèces qui ont ce corps épais que l’on nomme périsperme et d’autres qui, à la place de ce corps, ont une simple membrane, Mais qu’arrive-t-il? lorsque les botanistes imbus de ces idées systématiques, ne trouvent

(1) Dès l’année 1773, M. de Jussieu avoit élevé des doutes sur la valeur des caractères tirés du périsperme. « On pourroit demander, dit-il, si dans chaque » classe, les familles qui ont quelques ressemblances par ce dernier caractère ( le » perisperme ) doivent être rapprochées. Quelques observations rendent cette » opinion probable; mais des observations contraires semblent la détruire : cette » question est un vrai problème qu’on ne résoudra, qu'après avoir examiné » avec soin l’intérieur de toutes les graines, et établi entre les familles une com- » paraison fondée sur ce seul caractère. » ( Mémoires de l’Académie pour 1773, pP: 222.) Ù

Dans la belle préface de son Genera plantarum, M. de Jussieu s'exprime avec plus de circonspection encore : Seminis perispermum , dit-il, in gramineis habe- tur farinaceum , in liliaceis corneum , in umbelliferis ligneum, in labiatis et com- positis, et cruciferis nullum, in leguminosis nunc nullum, nunc rarius quasi existens..... ; unde signum anceps et in novis ordinibus pervestigandum, . ( Gen. pl., p. xl.)

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qu'une membrane, tie que, selon leur opinion, fondce sur les principes d’une fausse analogie, ils devoient trouver un périsperme, ils décident que cette membrane est un pé- risperme aminci; et lorsque au contraire, ils trouvent un pé- risperme au lieu d’une membrane qu’ils cherchoient, ils font de ce corps une membrane épaissie. À l’aide de ces distinc- tions ils sauvent le système sans porter atteinte aux familles naturelles (1).

Ïls suivent une marche peu différente pour ce qui concerne Pattache de la corolle et des étamines. Et s'il se rencontre, par exemple, une famille à fleurs monopétales telle que celle

(1) Le daphne, le stellera, le daïs et le pimelea appartiennent , comme l’on sait, à la famille des thymélées qui, selon M. Ventenat, est dépourvue de péris- perme. Gœærtner est d’accord avec ce savant pour ce qui concerne le daphne; mais trouve dans la graine du stellera, une lame charnue, attachée à sa membrane interne, et dans la graine du daïs et du pimelea, un périsperme très-mince.

M. Richard , qui a examiné aussi les graines des thymélées, pense que l’analo- gie fournit une méthode sûre pour concilier ces opinions différentes. Je vais ré= sumer en peu de mots ce qu'il dit à ce sujet.

La présence et l'absence du périsperme ( endosperme , Rich. ), dit-il, sont deux caractères de genre et d'ordre qui s’excluent mutuellement. Cependant, Quand le périsperme esttrès-mince, il est difficile de le distinguer de la membrane intérne (périsperme, Rich.). Mais, dans ce cas, l’aflinité naturelle ôu caractéristique peut éclairer sur la vérité. Lorsqu'on sait qu’une plante du mème ordre ou du même genre que celle dont on examine la graine, a un embryon revêtu d’un périsperme, on a droit de soupçonner l'existence de celui-ci dans cette graine; et cette présomption peut faire reconnoître cet organe dans certain cas où, sans elle , il pourroit échapper à l’œil de l'observateur. Si, par exemple, on analyse isolément la graine du daphne mesereum , on n’en distinguera pas d’abord le pé- risperme à cause de son excessive ténuité. Mais si l’on soumet à l'analyse, la graine du daphne laureola, on y découvre facilement un périsperme formé de deux lames charnues, fort épaisses, appliquées sur le dos des deux cotylédons, Repor=

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des primulacées, qui offre une espèce dont le calice fait corps avec l'ovaire, ce qui exclut visiblement l’hypogynie de la co-